ENTRETIEN. La hausse des droits de douane promise par Donald Trump ne compensera pas les baisses d’impôts en vigueur depuis 2017, prévient Christophe Blot, directeur adjoint à l’Observatoire français des conjonctures économiques.LA TRIBUNE - Comment se sont traduites les mesures fiscales prises par Donald Trump durant son premier mandat (2017-2021) ?
CHRISTOPHE BLOT - Il y a eu un gros paquet de mesures voté fin 2017 - le Tax cuts and jobs acts (TCJA) -, et dans lequel on trouve des baisses d'impôts pour les entreprises et les ménages. Du côté des entreprises, cela s'est matérialisé par la mise en place d'une flat tax de 21% sur les bénéfices. Auparavant, le taux marginal d'imposition des sociétés s'élevait à 35%. Le système a donc été simplifié et l'imposition des entreprises réduite. En parallèle, les ménages ont aussi vu leur fiscalité baisser avec une modification des tranches d'imposition et une diminution du taux marginal de 39,6% à 37%.
À qui ces baisses ont-elles le plus profité ?
L'objectif était de favoriser la consommation de l'ensemble des ménages. Mais elles ont clairement profité aux plus aisés. Et cela, au prix d'un creusement du déficit américain dès 2018-2019, bien avant la crise sanitaire. En 2024, le déficit américain a atteint 6,3% du PIB, soit 1.830 milliards de dollars. Mais il faut rappeler que ces mesures, votées en 2017, l'ont été pour 8 ans seulement.
Au Sénat, le futur secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a indiqué cette semaine vouloir pérenniser ces mesures fiscales. Qu'est-ce que cela vous inspire-t-il ?
L'aggravation du déficit américain va être, en partie, liée à la pérennisation de ces mesures. La secrétaire au Trésor sortante, Janet Yellen, a chiffré à 400 milliards de dollars par an le coût d'une telle politique. La prolongation du TCJA va donc avoir un impact sur la trajectoire du déficit américain. Mais il faut rester prudent. Reste à savoir ce que l'administration Trump va faire du côté des dépenses. Pendant son audition au Sénat, Scott Bessent a dit : « Nous n'avons pas un problème de revenus fiscaux aux États-Unis, nous avons un problème de dépenses. » C'est ce qui rend incertaine la trajectoire du déficit américain aujourd'hui.