Épargne : Face au risque de récession, le comportement des ménages américains scruté avec attention

Aux Etats-Unis, les ménages ont commencé à dépenser l'épargne qu'ils avaient mis de côté durant la pandémie de Covid-19. D'après le cabinet d'études économiques Oxford Economics, le rythme de dépense de cette épargne aura « d'importantes implications » pour la croissance au cours des prochains mois.
Les ménages américains ont eu tendance à épargner durant les deux ans de crise sanitaire.
Les ménages américains ont eu tendance à épargner durant les deux ans de crise sanitaire. (Crédits : Marcelo del Pozo)

Aux Etats-Unis, alors que plane le risque d'une récession économique, le salut pourrait venir du comportement des consommateurs. Comme en Europe, les ménages américains ont eu tendance à épargner durant les deux ans de crise sanitaire. Que vont-ils en faire, et à quel rythme vont-ils dépenser leur épargne ? Ces comportements sont aujourd'hui très scrutés dans la mesure où ces dépenses ont un impact direct sur la croissance, en berne. Dernièrement, le FMI a nettement revu à la baisse sa prévision de croissance pour les États-Unis et prévoit désormais une expansion de 2,9% pour le produit intérieur brut américain en 2022 contre 3,7% projeté en avril. Pour 2023, la croissance tombe à 1,7%, selon ces nouvelles projections du Fonds monétaire international. Dans ce contexte, et dans la mesure où la consommation est de loin la locomotive de l'économie américaine, le comportement des consommateurs va jouer un rôle crucial, selon le cabinet d'études économiques Oxford Economics.

La pandémie de Covid-19, qui a laminé des millions d'emplois, elle a eu pour effet inattendu de faire grimper le niveau d'épargne des Américains, en particulier celui des ménages aisés assignés à domicile et contraints de renoncer aux voyages et aux divertissements. Ces ménages ont drastiquement réduit leurs dépenses de loisir durant cette période. Quant aux foyers plus modestes, ils ont bénéficié de chèques de relance du gouvernement, des allocations chômage supplémentaires, et ils ont pu suspendre les mensualités de remboursement de crédits. Résultat : les Américains, plutôt connus pour leur forte propension à consommer compter et à crédit, ont mis de l'argent de côté.

Or, ils ont déjà commencé à puiser dans leurs économies. Oxford Economics estime que les surplus d'épargne « ont potentiellement diminué de plus 600 milliards de dollars en avril, soit plus de quatre fois la baisse présumée par les données mensuelles de revenus individuel ». Le cabinet justifie cette baisse plus importante par le fait que les Américains ont « payé des impôts record » en avril pour l'année fiscale écoulée.

La question du rythme de dépense des ménages

Le rythme sur lequel ils utiliseront ce surplus au cours des prochains mois aura « d'importantes implications » pour la croissance, souligne le cabinet d'études économiques. Dans une note, Oxford Economics envisage plusieurs scénarios de comportements des ménages américains avec ses impacts sur la croissance. « Notre prévision de base anticipe que les ménages utiliseront 1.100 milliards de dollars de leurs surplus d'épargne d'ici la fin 2023 ». S'ils ne puisaient que la moitié de cette somme, cela ôterait 1,2 point de pourcentage à la croissance du PIB en 2022, et 0,2 point en 2023, a calculé Oxford.

Inversement, si les ménages épuisaient quasiment leur surplus d'épargne, cela relèverait la croissance de 2,2 points « en 2022 en comparaison de notre prévision de base, et de 0,4 point en 2023 », précise le cabinet. « Si les surplus d'épargne restants sont concentrés parmi les ménages à plus hauts revenus, ils pourraient décliner plus lentement », analyse encore la note. Et si ce sont les ménages à plus bas revenus qui se trouvent à court d'épargne, ils pourraient être forcés à « mettre un frein à leurs dépenses, particulièrement sur les objets et services non-facultatifs ».

En France, les ménages ont continué d'épargner

En Europe aussi, alors que le continent est également menacée par la récession économique, le comportement des ménages qui ont également épargné durant la pandémie, est scruté avec attention par les économistes et les gouvernements. Elle est considérée comme un moteur essentiel de la reprise économique post-pandémie. En France, cette épargne supplémentaire n'a pas encore été utilisée. Contrairement aux Etats-Unis qui ont commencé à puiser dans leurs économies, le surplus d'épargne accumulé par les ménages français durant la crise sanitaire a même continué à croître en 2021 et au premier trimestre 2022, a rapporté mardi la Banque de France.

L'épargne totale des ménages s'est élevée à 319 milliards d'euros au premier trimestre 2022, dont 151 milliards sont dus au surplus, selon la banque centrale. Si elle avait continué à croître au même rythme qu'avant la pandémie, elle n'aurait été que de 168 milliards. L'accumulation d'épargne nouvelle s'est toutefois considérablement ralentie par rapport à 2020 et au premier semestre 2021, tout en restant un peu au-dessus de son niveau de 2019. Ainsi la hausse du surplus d'épargne n'a été que de 7 milliards d'euros au second semestre 2021 et de deux milliards au premier trimestre 2022.

(Avec AFP)

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