Grèce-Turquie : des manœuvres militaires rivales impliquant les États-Unis et la France se poursuivent malgré les appels à la désescalade

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Des navires militaires grecs et français naviguent en formation lors d'un exercice militaire conjoint en mer Méditerranée, dans cette image non datée obtenue par Reuters le 13 août 2020.
Des navires militaires grecs et français naviguent en formation lors d'un exercice militaire conjoint en mer Méditerranée, dans cette image non datée obtenue par Reuters le 13 août 2020. (Crédits : Reuters)
Dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l'Otan, qui se disputent des zones maritimes riches en hydrocarbures, des manœuvres militaires distinctes impliquant ces deux pays se déroulent en ce moment mais avec d'une part, les États-Unis aux côtés des Turcs, et d'autre part, aux côtés des Grecs : Chypre, l'Italie et la France. La France a averti Ankara que la Méditerranée orientale ne pouvait pas constituer "un terrain de jeu" pour des "ambitions" nationales. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a prévenu mardi que "la moindre étincelle pouvait conduire à une catastrophe".

Malgré les appels à la désescalade, des manoeuvres militaires rivales ont eu lieu mercredi en Méditerranée orientale, dans un contexte de tensions croissantes entre la Turquie et la Grèce, toutes deux membres de l'Otan, qui se disputent des zones maritimes riches en hydrocarbures.

D'un côté, des navires de guerre turcs ont procédé à des exercices *avec un destroyer américain, selon le ministère turc de la Défense.

De l'autre, "Chypre, la Grèce, la France et l'Italie se sont mises d'accord pour déployer une présence commune en Méditerranée orientale dans le cadre de l'Initiative quadripartite de coopération (QUAD)", a annoncé le ministère grec de la Défense.

Trois jours de manoeuvres rivales dans la même zone disputée

Ces manoeuvres ont commencé mercredi et doivent durer jusqu'à vendredi dans le sud et le sud-ouest de Chypre, selon une source militaire.

Elles interviennent en plein accroissement des tensions entre la Turquie et la Grèce en Méditerranée orientale, où la découverte d'importants gisements gaziers ces dernières années a aggravé des disputes anciennes entre ces deux pays voisins concernant leurs frontières maritimes.

Depuis le 10 août, le bâtiment sismique turc Oruç Reis accompagné d'une escorte navale se trouve dans cette zone, provoquant l'ire d'Athènes qui a répliqué en envoyant sur place des bâtiments.

La France lance un avertissement à la Turquie

La France a averti Ankara que la Méditerranée orientale ne pouvait pas constituer "un terrain de jeu" pour des "ambitions" nationales.

"Le respect du droit international doit être la règle et non l'exception", a déclaré la ministre française des Armées Florence Parly dans un tweet.

Erdogan sourd aux appels à la désescalade

En dépit des appels à la désescalade en provenance de l'Europe, des Etats-Unis et de l'Otan, le président turc Recep Tayyip Erdogan a aussitôt tenu dans un discours des propos au vitriol.

Il a averti que la Turquie ne ferait "aucune concession" pour défendre ses intérêts gaziers en Méditerranée orientale, appelant ses "interlocuteurs" à "se garder de toute erreur" qui mènerait à leur "ruine", dans une allusion à la Grèce qu'il n'a pas nommée.

Les forces armées grecques sur "le qui-vive"

"Nos forces armées restent sur le qui-vive", a de son côté prévenu le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis devant le parlement, "la Grèce est aussi forte sur le terrain qu'elle l'est dans le dialogue".

Le gouvernement grec attend que du président Erdogan qu'il "montre ce qu'il a dit à nos partenaires européens (...) c'est-à-dire qu'il amorce une désescalade dans sa rhétorique et dans ses actes", selon son porte-parole Stelios Petsas.

L'OTAN préoccupée, l'Allemagne craint "la moindre étincelle"

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg s'est dit "préoccupé par la situation en Méditerranée orientale", exhortant lui aussi à "la désescalade" et au "dialogue".

"Nous devons trouver un moyen de régler cette situation (...) sur la base de l'esprit de solidarité entre alliés et du droit international", a-t-il lancé.

Pour le ministère chypriote de la Défense, "les tensions et les tentatives de déstabilisation en Méditerranée orientale (...) ont atteint leur pic".

Dans le cadre de sa mission de médiation entre Ankara et Athènes, le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, avait prévenu mardi que "la moindre étincelle pouvait conduire à une catastrophe".

"Personne ne veut régler ce différend par des moyens militaires", avait souligné le ministre allemand, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE.

La petite île grecque de Kastellorizo, située à deux kilomètres des côtes turques, cristallise la colère d'Ankara.

Selon Athènes, les eaux l'entourant sont sous souveraineté grecque, ce qui priverait Ankara de dizaines de milliers de kilomètres carrés de zones maritimes riches en gaz.

Ankara réclame "un partage équitable des eaux en Méditerranée" et s'est dit prêt mardi à "un dialogue sans conditions préalables" avec la Grèce, qui, pour sa part, s'est dite disposée à dialoguer "mais pas sous les menaces".

Menaces de la Turquie

"Ceux qui veulent s'opposer à nous et qui sont prêts à en payer le prix, qu'ils le fassent. Sinon, qu'ils s'écartent de notre chemin", a encore averti le président Erdogan mercredi.

Selon le ministère turc de la Défense, "la frégate turque TCG Barbaros et la corvette TCG Burgazada ont effectué des manoeuvres d'entraînement militaire avec le contre-torpilleur américain USS Winston S. Churchill", le même qui avait participé à un exercice avec la Grèce lundi.

De son côté, la France a engagé trois avions de chasse Rafale, une frégate et un hélicoptère dans les manoeuvres communes, selon la ministre des Armées.

Les Italiens ont quant à eux engagé dans ces opérations une frégate, les Grecs une frégate et des moyens héliportés tandis que Chypre a déployé des moyens héliportés et un patrouilleur, selon le ministère français.

"Il y a une volonté de ces pays (...) de renforcer leur présence et de réaffirmer à la fois le droit international et la liberté de navigation", a précisé le ministère, selon lequel ce déploiement est "planifié depuis un certain temps."

Le différend gréco-turc sera à l'ordre du jour d'un conseil des ministres des Affaires étrangères de l'UE jeudi et vendredi à Berlin.

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Commentaires
a écrit le 01/09/2020 à 6:59 :
Je reste particulièrement surpris de l'attitude des américain , qui soutiennent les turque et qui souhaitént vendre des F35 à la grece ...
Tres ambigüe cette histoire...
N'importe comment, Mr Erdogan souhaitent la confrontation, comme les dictateur conquérant... Mais , îls á oublier que dàns se jeu àu 21 eme siècle , les chef d'état joues leur tete.... Se qui n'est que justiçe .
a écrit le 28/08/2020 à 12:11 :
Penser que deux pays appartenant en théorie à la même alliance militaire (l'OTAN en l'occurrence) sont à couteaux tirés (depuis des années) serait cocasse, si les risques n'étaient pas aussi graves: la perspective d'un conflit maritime en Méditerranée orientale. Rajoutons à tout cela le problème de Chypre, toujours coupée en deux entre grecs en turcs également...
a écrit le 28/08/2020 à 1:16 :
L armée turque c est pas l armée du Mali c est un os pointue dans votre gorge votre armée de croisé est oublie pas les couches
Réponse de le 06/10/2020 à 10:58 :
Ce que tu n'as pas compris c'est la Turquie fait partie de l'alliance américano sioniste.
a écrit le 27/08/2020 à 21:31 :
Après avoir volé l'argent de l'UE et donc également des Français, la Grèce attend du soutient dans un dossier ou elle a tord !
a écrit le 27/08/2020 à 16:12 :
La France dispose de l'arme atomique. Macron doit rappeler à Erdogan que la dissuasion française s'appliquera si un membre de l'UE est attaqué!
a écrit le 27/08/2020 à 16:08 :
""la Grèce est aussi forte sur le terrain qu'elle l'est dans le dialogue"."

Oh mince notre président s'est trompé de pays ! ^^
a écrit le 27/08/2020 à 15:54 :
L'Allemagne essaie de jouer les modérateurs. J'espère qu'elle est hyperactive en toute discrétion parce qu'on entend pas parler beaucoup d'elle. Ce qui m'embête, c'est que si Erdogan se montre aussi agressif, c'est pour le gaz mais aussi pour montrer à son peuple qu'il se bat pour ses intérêts. Ce serait bien que les dirigeants allemands se montrent plus protecteurs pour les terres européennes.
Quant au rôle des Etas-Unis, il est ambigü. D'un côté, l'OTAN et, en premier lieu, les Etats-Unis, laissent la Turquie faire n'importe quoi depuis l'intervention turque en Syrie; Macron a raison de dire que l'OTAN est en état de mort cérébrale. D'un autre côté, ils font des manoeuvres militires avec la Turquie. Contrairement à de nombreux commentaires que j'ai vu, je n'y vois pas que du mal. C'est aussi le meilleur moyen de s'assurer que la Turquie ne fasse pas n'importe quoi.
Réponse de le 27/08/2020 à 16:55 :
"Macron a raison de dire que l'OTAN est en état de mort cérébrale".

Fallait surtout pas y revenir:

La réintégration de la France dans le commandement intégré de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord est annoncée par le président de la République Nicolas Sarkozy au Congrès à Washington le 7 novembre 2007.
a écrit le 27/08/2020 à 11:41 :
Pourvu que ça pète =>baril à 70 $ !
a écrit le 27/08/2020 à 11:36 :
L'Allemagne essaie de jouer les modérateurs. J'espère qu'elle est hyperactive en toute discrétion parce qu'on entend pas parler beaucoup d'elle. Ce qui m'embête, c'est que si Erdogan se montre aussi agressif, c'est pour le gaz mais aussi pour montrer à son peuple qu'il se bat pour ses intérêts. Ce serait bien que les dirigeants allemands se montrent plus protecteurs pour les terres européennes.
Quant au rôle des Etas-Unis, il est ambigü. D'un côté, l'OTAN et, en premier lieu, les Etats-Unis, laissent la Turquie faire n'importe quoi depuis l'intervention turque en Syrie; Macron a raison de dire que l'OTAN est en état de mort cérébrale. D'un autre côté, ils font des manoeuvres militires avec la Turquie. Contrairement à de nombreux commentaires que j'ai vu, je n'y vois pas que du mal. C'est aussi le meilleur moyen de s'assurer que la Turquie ne fasse pas n'importe quoi.
a écrit le 27/08/2020 à 11:07 :
Avec des serviteurs des marchés financiers comme dirigeants européens, Erdogan peut tout se permettre. Facile même tellement ils sont faibles.
a écrit le 27/08/2020 à 4:41 :
Une fois de plus, Ankara profite des événements conflictuels, migratoires ou bien sanitaires, afin de se positionner de manière invasive et intrusive sur l’échiquier géostratégique (Syrie, Kurdistan, Irak) et maintenant Grecque. Comment arrêter l’appétit de conquête du ce petit sultan ?!!
a écrit le 27/08/2020 à 4:39 :
Une fois de plus, Ankara profite des événements conflictuels, migratoires ou bien sanitaires, afin de se positionner de manière invasive et intrusive sur l’échiquier géostratégique (Syrie, Kurdistan, Irak) et maintenant Grecque. Comment arrêter l’appétit de conquête du ce petit sultan ?!!
a écrit le 27/08/2020 à 3:59 :
Ce serait une grave erreur de croire que la Turquie ne veut qu'un peu plus de ZEE, son plan "officiel"( appelé patrie bleue) ne réclame pas moins qu'annexer la moitié des iles grecques, si vous commencez à céder, alors erdogan le dragon en voudra toujours plus, prendre ici, prendre là, faire pression du fort au faible, jusqu'à dépecer tous ses voisins. D'autant plus que le dictateur a aussi un plan de "peuple supérieur" voulant son espace vital et son plan c'est coloniser l'europe, faut lire ses discours, ils sont sidérants et font réellement fureur. Faut dire stop dès le départ.
Il y a des gens foncièrement mauvais ou simplement fous, dans une foule, un groupe, tout le monde se regarde, alors il se tiennent à peu près encore correctement mais les signes apparraissent, et c'est quand ils obtiennent le pouvoir qu'il peuvent alors pleinement se libérer, et tout leur délire devient apparent, et il est trop tard pour agir.
a écrit le 27/08/2020 à 1:06 :
L'argument turc de la proximité de ses côtes de l'île grecque vers laquelle elle se permet de chercher du gaz ne tient pas, imaginons que ce soit l'inverse! On peut être assuré que la Turquie de M.Erdogan ne le supporterait pas et qu'elle aurait déjà déclenchée les hostilités.
Le président Erdogan se comporte en belliqueux et semble vouloir reconstruire l'empire Ottoman!
a écrit le 27/08/2020 à 0:36 :
Ça fait un petit moment déjà que la Turquie défie l'Europe, notamment la France mais la avec en + énormément d'argent en jeux ça peut aller loin. En même temps je comprends leur position, passer à coter de tout ça a cause d'un petit bout de terre grec a des centaines de kilomètres de la Grèce et seulement 7km de la Turquie... reste à savoir si les américains sont la par coïncidence sur une manoeuvre prévue de longue date ou s'il s'agit d'une nouvelle tentative de déstabilisation de l'UE. Les anglais en moins et l'Allemagne qui à trop à perdre pour se mouiller, c'est pas avec les grecs chypriotes ou italiens qu'il faudrait se lancer dans une guerre. J'espère qu'un terrain d'entente sera trouver rapidement.
Réponse de le 27/08/2020 à 2:26 :
Pas à des centaines de km de la Grèce... Puisque c'est déjà la Grèce à ce point précis
a écrit le 27/08/2020 à 0:05 :
la france est loin de la turquie...... pourquoi toujours envoie ses militaires .....en Afrique exploit d'uranium en Mali gratuit.....au Maroc le fosfate....
Réponse de le 27/08/2020 à 3:45 :
D’une part, car la Grèce fait partie de l’UE. Violer les eaux territoriales Grecques revenait à violer l’ensemble des pays de l’UE. Et d’autre part, car la France a des intérêts à ce que les gisements restent dans les eaux territoriales de l’UE. (Possibles futurs accords sur l’énergie)
a écrit le 26/08/2020 à 23:39 :
Sur ce dossier la Grèce ne lâchera rien et c'est tant mieux.
La Grèce a des alliés et la Turquie a beaucoup d'ennemis. Erdogan n'est pas stupide, si la situation dégénère, les évènements ne tourneront pas en sa faveur.
Réponse de le 27/08/2020 à 17:01 :
Il pourra toujours balancer dans l'UE les 3 millions de syriens qu'il a sur son sol si les évènements ne tourne pas en sa faveur quitte a perdre le pognon qu'on lui verse .Il en joue pas mal de ça.
a écrit le 26/08/2020 à 22:40 :
Ridicules et ridiculisées, les mises en garde de ces trois Européens : Le Turc a gagné

Il a pour alliés et soutiens : Russie et U.S.A
a écrit le 26/08/2020 à 22:01 :
En tout cas ils s’en tapent «  tous » du covid qui a tué plus de 870 000 personnes dans le monde !
a écrit le 26/08/2020 à 20:20 :
Les USA jouent contre l'Europe, comme d'habitude : c'est flagrant. Des amis qui nous veulent du bien... La Fayette, reviens, tu n'as plus rien à faire là-bas !
a écrit le 26/08/2020 à 19:41 :
Si l'Europe se montre comme a son habitude incapable de trancher on pourra definitement enterrer le projet d'armee europeenne car les pleutres refuseront toujours d'envoyer des hommes au front et obligeront les autres a constamment negocier... L Europe est une poule mouille qui va ce faire plumer par les turques.
Réponse de le 26/08/2020 à 20:19 :
C'est malheureusement mon impression aussi. Pour moi, la ligne semble simple, si un pays menace les intérêts d'un membre de l'UE, tous les membres de l'UE doivent faire bloc ensemble. Dans le cas actuel, la Turquie joue le jeu des muscles à raison, car il n'y a en face que des paroles sans conséquences. Ils sont où les grands hommes (ou femmes) qui ont fait nos nations?
Réponse de le 26/08/2020 à 20:29 :
L'Allemagne tout le temps en dessous de ce qu'il faudrait quelle soit , les marchés d'abord car elle vend des armes des équipements à son ancien allié
la Turquie . Pour Erdogan ses revendications pourraient aller à étendre sa zone maritime jusqu'au Pirée . C'est quelqu'un de dangereux et il ne faut pas plier comme chamberlain . L'histoire se répète .La fermeté est la seule chose à faire .

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