Guerre commerciale Etats-Unis vs Europe : un risque à 9 500 milliards de dollars

Maxime Heuze

Les échanges entre les États-Unis et l’Europe sont estimés à 9 500 milliards de dollars par an.
Reuters

Maxime Heuze

Les échanges entre les États-Unis et l’Europe sont estimés à 9 500 milliards de dollars par an.
Reuters
« Plutôt que de se livrer à une politique de représailles qui ne ferait que nuire aux deux économies, les États-Unis devraient s'asseoir à la table des négociations pour déterminer ce que pourrait être un accord positif pour l'économie transatlantique. » Le constat, implacable, est signé Malte Lohan, le président de la chambre de commerce américaine auprès de l'Europe (AmCham EU), et vient en réponse directe à la politique commerciale de Donald Trump.
Le nouveau président américain a annoncé ces dernières semaines une augmentation de 25 % des taxes sur l'acier et l'aluminium européen, et l'instauration de tarifs « réciproques » à ceux pratiqués en Europe. Une mauvaise idée estime l'AmCham EU dans un rapport. Ces mesures pourraient menacer les échanges entre les États-Unis et l'Europe estimés à 9 500 milliards de dollars par an. « Les conclusions de l'étude démontrent l'importance des liens économiques entre l'Europe et les États-Unis, ainsi que le risque de les voir se détériorer », alerte Malte Lohan, dans un communiqué.
Augmentation des coûts de production, baisse des exportations, baisse des investissements : revue de détail des conséquences pointées par l'AmCham EU.
L'imposition de droits de douane américains sur des produits comme l'acier et l'aluminium, pour lesquels les producteurs européens représentent environ 20 % des importations aux Etats-Unis, entraînerait une hausse des prix de ces matériaux. Or, selon le rapport de l'AmCham EU, ces matériaux sont présents dans de très nombreux produits européens achetés par les entreprises américaines : les pièces électroniques, automobiles ou encore les machines industrielles. A l'autre bout de l'échelle, la hausse pourrait se répercuter sur les produits finis américains et sur les consommateurs américains.
Le rapport pointe aussi les risques de l'instauration de tarifs « réciproques » sur les importations européennes. L'UE impose une taxe plus élevée de 1 % que les États-Unis sur les produits chimiques et pharmaceutiques. Si les Etats-Unis décident de s'aligner, il y aurait des conséquences immédiates pour les entreprises américaines outre-Atlantique. Pourquoi ? Car de nombreuses industries américaines, telles que la plasturgie, la pharmacie et l'agriculture, dépendent des produits chimiques européens comme intrants essentiels dans leurs processus de production. Là encore, il y aurait augmentation des coûts de production.
Autre conséquence attendue : les produits américains pourraient ne plus trouver de débouchés en Europe à cause d'une multiplication de produits européens qui eux, seraient trop chers pour le marché américain à cause des droits de douane.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Mais les exportations américaines sont surtout menacées par des « contre-mesures fermes et proportionnées » mentionnées par la Commission européenne en réponse aux annonces de Donald Trump. Le Texas serait l'État le plus touché : en 2023, ses exportations de marchandises vers l'Europe s'élevaient à 96,9 milliards de dollars. Le Texas serait suivi par la Californie, qui affiche 35,3 milliards de dollars exportés vers les Vingt-Sept en 2023.
Concernant les secteurs les plus touchés par des représailles européennes, on retrouve l'énergie et les services numériques. L'Europe représentait 55 % des exportations totales de GNL américain en 2024 et elle est la première destination des exportations de pétrole brut américain. Quant aux services numériques, assurés par les géants technologiques américains, l'Europe représente 49 % du total mondial des exportations américaines.
Au-delà de toutes ces surtaxes déjà en vigueur, Donald Trump a également menacer d'imposer des tarifs de 25 % ou plus sur les automobiles, les semi-conducteurs, les produits pharmaceutiques, et un tarif de 25 % sur toutes les importations en provenance de l'Union Européenne.
À lire également
Face à ces mesures, une forte incertitude demeure sur les représailles des pays surtaxés par le nouveau président américain. Le gouvernement des États-Unis prévoit des négociations pays par pays et produit par produit. Une approche qui risque d'ajouter encore de l'incertitude pour les entreprises américaines quant aux coûts futurs de leurs importations et exportations. Trois raisons qui peuvent encore paralyser un peu plus les entreprises américaines, estime le rapport.
Maxime Heuze