Californie vs Trump : « C'est de l'inconscience, ce type détruit l'économie des États-Unis »

L’État démocrate dénonce en justice des droits de douane imposés sans feu vert du Congrès.
Fred Greaves

L’État démocrate dénonce en justice des droits de douane imposés sans feu vert du Congrès.
Fred Greaves
[Article publié le 8 avril 2025 à 10 h 02, mis à jour le 17 avril à 12 h 47]
« Où est le Congrès ? (...) Faites votre travail ! », a taclé le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, dans une conférence de presse mercredi 16 avril, aux côtés du procureur général, Rob Bonta. Les deux élus démocrates continuent leur offensive contre leurs opposants républicains. En ligne de mire désormais : le Congrès républicain, resté muet dans la tempête tarifaire lancée par Donald Trump.
« Trump n'a pas le pouvoir unilatéral de bouleverser radicalement le paysage économique du pays. Ce n'est pas ainsi que fonctionne notre démocratie », a ainsi protesté le procureur général de Californie, Rob Bonta. Et d'insister : « Le Congrès n'a pas autorisé ces droits de douane, et encore moins l'imposition de droits de douane pour ensuite les augmenter, les suspendre, puis les rétablir immédiatement sur un coup de tête ».
« C'est de l'inconscience (...) Ce type détruit l'économie des États-Unis », a lâché, de son côté, le gouverneur démocrate Gavin Newsom en conférence de presse. Le démocrate de 57 ans, auquel la presse américaine prête régulièrement des ambitions présidentielles pour 2028, réitère son attaque contre Donald Trump pour tenter de sauver la Californie de la guerre commerciale.
Début avril, il avait déjà lancé les hostilités sur le réseau social X : « Les droits de douane de Donald Trump ne représentent pas tous les Américains », avait annoncé Gavin Newsom dans plusieurs vidéos à charge contre le président Trump. « La Californie n'est pas Washington », avait-il ensuite officiellement déclaré dans un communiqué publié sur son site officiel.
Cette prise de position frontale du démocrate était intervenue dans un contexte de ripostes commerciales contre les surtaxes douanières de Trump. Vendredi 4 avril, la Chine avait en effet annoncé des droits de douane supplémentaires de 34 % sur les produits américains. Dans le même temps, l'Union européenne réfléchissait à des contre-mesures sur l'acier, l'aluminium et les services numériques.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Pour l'heure, ces contre-mesures sur les services numériques ont été mises sur pause par l'Union européenne le 10 avril dernier, après l'annonce de Donald Trump de suspendre pour 90 jours les droits de douane réciproques. Mais si elles étaient relancées, elles pourraient toucher de plein fouet la Silicon Valley californienne.
Siège de nombreuses multinationales de la tech américaine comme Google (Alphabet), Apple et Meta, la Californie historiquement démocrate ferait, en effet, les frais des décisions arbitraires du président républicain. De quoi faire dire au gouverneur Gavin Newsom : « Nous ne resterons pas les bras croisés pendant la guerre tarifaire de Trump ».
« Nous n'avons pas peur d'utiliser notre pouvoir de marché pour lutter contre la plus grande hausse des taxes douanières de notre vie », avait-il assuré sur X vendredi 4 avril dernier. Une déclaration accompagnée d'un communiqué de presse publié dans la foulée sur le site de l'État californien. Listant un à un les atouts économiques du « Golden State » (« État en or », surnom qui remonte à la célèbre ruée vers l'or californien entre 1848 et 1856), les autorités californiennes y indiquaient que « Le PIB de la Californie constitue la clé de la croissance économique des États-Unis. La Californie envoie chaque année plus de 83 milliards de dollars au gouvernement fédéral. » Pour rappel, avec 39 millions d'habitants, l'État le plus peuplé des États-Unis pèse à lui seul 14 % du PIB américain et demeure la cinquième économie mondiale, devancée seulement par le reste des États-Unis, la Chine, le Japon et l'Allemagne.
« Cette prise de position politique est un moyen de faire pression sur l'administration américaine pour engager une désescalade. », estime Vincent Vicard, économiste spécialiste des questions de commerce international au Centre français d'études et de recherche en économie internationale (CEPII).
La décision de la Californie d'aller chercher des accords commerciaux avec le reste du monde semble, en effet, être davantage un message politique plutôt qu'une réelle volonté d'indépendance économique. En d'autres termes, un appel à l'aide du Golden State, selon Vincent Vicard, qui y voit le message suivant : « ne centrez pas vos représailles contre la Californie, qui est démocrate. » Sur le réseau social X, le gouverneur Newsom a ainsi exhorté « ses partenaires commerciaux de longue date d'exempter les produits fabriqués en Californie de toute mesure de rétorsion ».
Mais « la politique commerciale américaine est du ressort de l'État fédéral et du Congrès, rappelle le chercheur du CEPII. Il est impossible pour la Californie de négocier les conditions douanières d'accès à son marché qui serait distinct du reste des États-Unis ».
Au-delà de l'Europe, la Californie dépend fortement des échanges avec le Mexique, le Canada et la Chine. « Plus de 40 % des importations californiennes proviennent de ces pays, soit 203 milliards de dollars sur les 491 milliards de dollars de marchandises importées par la Californie en 2024. », indiquaient, en effet, les autorités californiennes dans leur communiqué.
À lire également
Les droits de douane qui touchent le Canada affecteront également l'accès aux matériaux essentiels à la reconstruction de Los Angeles, ravagée par les incendies de janvier dernier, notamment le bois, l'acier et l'aluminium.