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ÉconomieInternational

Inde : Narendra Modi remporte les élections législatives face à une opposition grandissante

latribune.fr

Publié le 05 juin 2024 à 04:42 - Mis à jour le 05 juin 2024 à 08:51

Le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi et ses alliés ont remporté avec une confortable avance les élections législatives en Inde.

Le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi et ses alliés ont remporté avec une confortable avance les élections législatives en Inde.

Adnan Abidi

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le parti du Premier ministre indien (le BJP) a remporté les élections avec plus de 240 sièges. Mais contre toute attente, l'opposition incarnée par le Parti du Congrès a obtenu plus du double de sièges par rapport à son score de 2019.

[Article publié le mercredi 5 juin 2024 à 6h42, mis à jour à 10h51] C'est acté. Le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi a remporté avec une confortable avance les élections législatives en Inde, selon les résultats annoncés mardi soir. Le Bharatiya Janata Party (BJP) et ses alliés ont obtenu au moins 272 sièges sur 543, selon les résultats mis en ligne sur le site de la Commission électorale, alors que les résultats d'un petit nombre de circonscriptions restent à dépouiller. Le BJP, seul, devrait en obtenir 240, quand il en avait obtenu 303 sièges aux législatives de 2019.

Le Premier ministre a célébré la victoire bien avant ces résultats partiels. L'Inde a fait confiance à la coalition au pouvoir « pour la troisième fois consécutive », a-t-il écrit sur X.

«Nous poursuivrons le bon travail accompli au cours de la dernière décennie pour continuer à répondre aux aspirations du peuple ». « Ce troisième mandat sera celui des grandes décisions. Le pays va écrire un nouveau chapitre de son développement. Je vous le garantis», avait-il ensuite lancé devant une foule de partisans à New Delhi.

Modi a également été réélu comme député de la circonscription de Varanasi, sa troisième victoire aussi dans l'ancienne Bénarès, ville sainte de l'hindouisme.

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L'opposition en force

Contre toute attente, c'est la principale formation d'opposition, le parti du Congrès, qui a repris du poil de la bête : elle devrait obtenir 99 sièges à la chambre basse qui en compte 543, soit près du double par rapport à 2019. Le célèbre parti de la dynastie politique des Nehru-Gandhi était devenu l'ombre de lui-même après avoir subi deux défaites humiliantes en 2014 et 2019 face BJP du Premier ministre Modi.

Les sondages avaient prédit une nouvelle déconfiture pour le parti de Rahul Gandhi, l'héritier de la première dynastie politique indienne. Dans son programme électoral, le parti a promis de verser chaque année 100.000 roupies (1.100 euros) à chaque famille indienne pauvre et des emplois pour les jeunes, ce qui semble avoir séduit les électeurs.

Pour la première fois en une décennie, le parti de Narendra Modi, dont la campagne a séduit la majorité hindoue au grand dam des minorités religieuses, n'aura donc pas la majorité absolue seul et sera obligé de s'appuyer sur les alliés de sa coalition.

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«Le pays a dit à Narendra Modi: 'Nous ne voulons pas de vous'», s'est félicité devant la presse le chef du Congrès Rahul Gandhi, réélu avec une avance de plus de 364.000 voix dans la circonscription méridionale de Wayanad.

Face à un score meilleur que prévu de l'opposition et une majorité réduite pour le BJP, l'indice de référence Sensex a chuté de plus de 7% à la Bourse de Bombay, avant de se reprendre et de clôturer en baisse de 5,7%. Le cours de la principale entreprise cotée en Bourse du milliardaire indien Gautam Adani, un allié clé de Modi, Gautam Adani, a chuté en séance de 25%.

Instrumentalisation

Modi, 73 ans, qui reste très populaire après deux mandats, s'était déclaré ce week-end certain que « le peuple indien a(vait) voté en nombre record » pour le réélire, après une décennie passée à la tête du pays. Les opposants au Premier ministre, parfois paralysés par des luttes intestines, ont peiné face à la puissance de son parti et accusé le gouvernement d'instrumentaliser la justice à des fins politiques en multipliant les poursuites à leur encontre.

A titre d'exemple, la figure de proue de l'opposition, Rahul Gandhi, a été freinée notamment par la dizaine de plaintes déposées par des membres du BJP contre lui. Il a été brièvement exclu du parlement l'an passé après avoir été reconnu coupable de diffamation et les comptes bancaires de son parti ont été gelés par le fisc cette année.

La fondation américaine Freedom House a, elle aussi, estimé que le BJP avait « de plus en plus recours aux institutions gouvernementales pour cibler les opposants politiques ». Dénonçant un recul démocratique, l'opposition et les défenseurs des droits humains ont accusé Modi de favoriser les hindous, majoritaires dans le pays, au détriment d'importantes minorités, dont 210 millions d'Indiens musulmans, inquiètes pour leur avenir.

A l'inverse, Modi a accusé le Congrès de vouloir distribuer la « richesse nationale » aux « infiltrés », « à ceux qui ont le plus d'enfants », désignant ainsi la communauté musulmane. Indignée, l'opposition a saisi les autorités électorales qui n'ont pas sanctionné le Premier ministre.

Quelque 642 millions d'Indiens ont voté dans ce scrutin qui s'est déroulé en sept phases étalées sur une période de six semaines, suscitant une participation élevée. Sur la base des 968 millions d'électeurs recensés par la commission, 66,3% des électeurs ont pris part au scrutin, un peu moins qu'en 2019. Le taux de participation avait atteint 67,4%.

Acteur incontournable sur la scène internationale

Il n'empêche que, longtemps ostracisé par certains pays occidentaux pour son nationalisme hindou décomplexé, le Premier ministre indien Narendra Modi est aujourd'hui devenu un acteur incontournable sur la scène internationale. Le président russe Vladimir Poutine a dans le passé vanté le « partenariat privilégié » entre leurs deux pays, son homologue américain Joe Biden a évoqué des « valeurs communes » et l'a convié à s'exprimer devant le Congrès à Washington, Emmanuel Macron l'a convié en tant qu'invité d'honneur au défilé militaire du 14-Juillet à Paris l'an dernier, lui remettant la plus haute distinction nationale pour « l'excellente relation d'amitié et de confiance qui unit la France et l'Inde ».

Narendra Modi a d'ailleurs reçu de nombreux messages de félicitations ce mercredi à la suite de sa victoire. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a ainsi mis en avant « l'importance et le poids du rôle de l'Inde dans les affaires mondiales », dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. « Il est essentiel que nous travaillions tous ensemble pour garantir une paix juste pour toutes les nations », a-t-il écrit. Le Japon aussi s'est exprimé, par la voix du porte-parole du gouvernement, Yoshimasa Hayashi. « L'Inde est un partenaire important pour la réalisation d'une région Indo-Pacifique libre et ouverte, et nous continuerons à renforcer les relations entre le Japon et l'Inde », a-t-il indiqué. De son côté, la Chine s'est dite « prête à travailler avec l'Inde pour promouvoir le développement sain et stable des relations entre les deux pays », a déclaré à la presse Mao Ning, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Un parcours aux allures de revanche pour ce fils d'un simple vendeur de thé, qui avait été déclaré persona non grata aux Etats-Unis et au Royaume-Uni après des émeutes interreligieuses sanglantes en 2002 au Gujarat, un Etat dont il était alors le ministre en chef.

« Nouvelle Inde »

A l'approche du scrutin, Modi avait même promis de faire du pays l'une des « trois principales économies du monde » d'ici à 2027 et de « lancer un assaut final et décisif contre la pauvreté ». Il juge que sa politique permet à l'Inde d'enfin assumer pleinement son statut de puissance majeure, après des siècles d'asservissement aux Moghols musulmans puis à l'empire britannique.

La « nouvelle Inde » à l'économie modernisée et numérique est ainsi vue comme un contrepoids à la Chine et connaît la croissance la plus soutenue des grandes économies, dépassant l'ancienne puissance coloniale britannique et devenant un client de choix pour les exportations d'armes, de pétrole et d'avions.

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Néanmoins si l'Inde affiche un PIB élevé, rapporté à son nombre d'habitants la réalité est tout autre. Son PIB par habitant est ainsi de 2.410,9 dollars en 2022, d'après les chiffres de la Banque Mondiale, soit le plus faible des pays du G20. Concernant son indice de développement humain, le pays se classait au 134e rang mondial en 2022. De plus, pauvreté et chômage des jeunes pourraient rattraper politiquement le Premier ministre.

(Avec AFP)

latribune.fr

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