Inflation, Ukraine : après la Fed, la Banque d'Angleterre remonte son taux à 1%, la BCE sous pression

L'économie de la zone euro stagne en raison de la guerre en Ukraine, ce qui complique la décision à prendre par la Banque centrale européenne. L'institution est en effet sous pression pour resserrer la vis monétaire afin de contenir l'inflation, à l'instar de ce que vient de décider la banque centrale américaine (Fed) en relevant ses taux d'un demi-point, première hausse de cette ampleur depuis 2000. Pression qui s'accentue avec, de l'autre côté de la Manche, la décision de la Banque d'Angleterre (BoE) de remonter son taux son à plus haut niveau depuis 2009, au moment de la crise financière.
Le contexte actuel de croissance molle et de poussée des prix « complique les choix » des gardiens de l'euro, prévient Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE.
Le contexte actuel de croissance molle et de poussée des prix « complique les choix » des gardiens de l'euro, prévient Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE. (Crédits : Ralph Orlowski)

La Banque centrale européenne (BCE) va-t-elle, à l'instar de ce qu'ont déjà commencé à faire ses grandes homologues, relever ses taux directeurs ? Une épineuse question dont la réponse devrait être donnée lors de la dernière réunion de politique monétaire de l'institution avant la trêve estivale, fixée au 21 juillet.

Le contexte fera pencher la balance d'un côté ou de l'autre. Actuellement, l'économie européenne « stagne de facto », après une timide croissance de 0,2 % au premier trimestre a reconnu Fabio Panetta, membre du directoire de la BCE, dans une interview au quotidien italien La Stampa ce jeudi 5 mai. Et les « principales économies souffrent » des répercussions du conflit en Ukraine, a-t-il appuyé.

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« La croissance du PIB a ralenti en Espagne, s'est arrêtée en France et s'est contractée en Italie », tandis qu'en « Allemagne, la dynamique de croissance est basse et s'affaiblit depuis fin février, le moment où tout a basculé », explique-t-il. L'activité ralentit pendant que l'inflation a atteint, elle, un niveau historique de 7,4% en mars, bien au-dessus de l'objectif de 2% visé par la BCE à moyen terme.

Ce contexte de croissance molle et de poussée des prix « complique les choix » des gardiens de l'euro, car « un resserrement monétaire visant à contenir l'inflation finirait par freiner une croissance déjà affaiblie », prévient Fabio Panetta, rangé parmi les "colombes" adeptes d'une politique soutenant l'économie, en opposition aux "faucons" qui sont, eux, favorables à une politique peu accommodante.

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Les discours divergent sur la position à adopter

L'hypothèse d'une hausse des taux est celle qui serait la plus probable. Si elle est actée, ce serait la première depuis 2011. Mais rien n'est encore décidé. « Nous devons attendre les chiffres du deuxième trimestre pour avoir une image claire" avant d'agir », temporise Fabio Panetta.

Des propos qui tranchent avec ceux plus volontaristes de deux des plus éminents membres du directoire de la BCE, soulignant les divergences d'appréciation en son sein. « Une augmentation des taux est à mon avis possible en juillet », avait soutenu Isabel Schnabel dans une interview au quotidien Handelsblatt publiée mardi 3 mai.

Fin avril, la présidente de la BCE, Christine Lagarde avait déclaré que les achats nets d'actifs, que l'institution monétaire envisage de cesser, auront une forte probabilité de finir dès le début du troisième trimestre, « probablement en juillet », ce qui laisserait « le temps d'examiner les taux d'intérêt ».

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Après la Fed, la Banque d'Angleterre décide de hausser ses taux

De son côté, la banque centrale américaine, la Fed, a de nouveau opté pour une hausse de ses taux directeurs pour tenter de contrôler l'inflation qui est au plus haut depuis 40 ans, mercredi 4 mai. Cette fois d'un demi-point de pourcentage, soit le premier tour de vis de cette ampleur depuis mai 2000.

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Le Comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed a ainsi porté ces taux d'intérêt dans une fourchette comprise entre 0,75% et 1%. Il estime en outre que « d'autres hausses seront justifiées », d'autant que la guerre en Ukraine et les nouveaux confinements en Chine aggravent la pression sur les prix et les problèmes de logistique.

Jerome Powell, le président de la puissante Réserve fédérale, a ensuite précisé au cours d'une conférence de presse que d'autres hausses d'un demi-point de pourcentage seraient « sur la table lors des deux prochaines réunions », soit les 14-15 juin et les 26 et 27 juillet. Il n'a pas donné d'indication sur la suite, sans pour autant affoler Wall Street qui a terminé dans le vert: le Dow Jones clôturant en hausse de 2,81% et le S&P de 2,99%.

Côté britannique, la Banque d'Angleterre (BoE), on s'y attendait, a relevé ses taux ce jeudi 5 mai, pour la quatrième fois consécutive depuis fin 2021. Pour l'institut monétaire, l'enjeu est d'empêcher que la hausse de l'inflation (+7% sur un an en mars, bien au delà de l'objectif de 2% de la BoE) ne se traduise par des hausses des prix et des salaires à long terme. La hausse décidée est d'un quart de point ce qui porte le taux de la BoE à 1%, son plus haut niveau depuis 2009, au moment de la crise financière.

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(avec AFP)

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Commentaires 2
à écrit le 05/05/2022 à 20:22
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2009 ? ils avaient déjà injectés comme des malades depuis 2008... on était à quasi 6 % en 2007... 15 % dans les années 90.. donc y-a d'la marge... j'pense que ça va en faire des pôvres toussa partout dans l'monde bientôt.. faudra penser à leurs dire ...

à écrit le 05/05/2022 à 13:50
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Oui mais nous on a un quoiquilencoute de dingue qui a plombé la caisse, alors les taux d'intérêts qui monte, ça nous arrange pas ; mieux vaut laisser le petit peuple payer via l'inflation ...

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