L'OCDE lance le combat contre l'évasion fiscale internationale

Ivan Best

Bermudes
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L'évasion fiscale internationale pratiquée par les grandes entreprises, qui représente jusqu'à 240 milliards de dollars de manque à gagner en recettes fiscales pour les Etats, c'est fini. Ou en tous cas, le mouvement s'inverse. C'est en substance le message de Pascal Saint Amans, directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE, qui a coordonné depuis deux ans les travaux sur le sujet. Le projet BEPS (Base Erosion and Profit Shifting), visant à mettre fin aux « pratiques fiscales » dommageables débouche aujourd'hui sur un consensus concernant 15 actions, visant les grandes entreprises.
Cela va de la « neutralisation des dispositifs hybrides » (quand les entreprises mettent à profit les différences de fiscalité entre pays sur les titres de dettes et les actions), à la question de l'économie numérique, en passant par l'encadrement des prix de transfert entre filiales des multinationales, la communication obligatoire d'informations et leur transmission entre administrations fiscales, et la limitation des déductions d'intérêt. A cet égard, l'organisation prévoit d'instaurer un « tunnel » pour les charges financières d'intérêt, qui devront se situer entre 10% et 30% de l'EBITDA (résultat d'exploitation). Objectif : éviter que les filiales localisées dans les pays à forte fiscalité s'endettent fortement afin de réduire le bénéfice imposable, au profit d'autres filiales s'endettant très peu car bénéficiant d'un impôt très faible voire nul.
Cet ensemble va-t-il vraiment changer la donne ? C'est le cas, assure Jean-Pierre Lieb, avocat associé chez EY, expert en politique fiscale.
Et au-delà de la question de la transparence, les entreprises multinationales vont-elles continuer à localiser les profits là où ils sont les moins imposés ? Jean-Pierre Lieb est catégorique.
Pour Pascal Saint-Amans, les profits seront, à terme, forcément localisés là où se trouve l'activité réelle, là où sont employés les salariés, et non plus dans un paradis fiscal où l'entreprise détient avant tout une boîte aux lettres. Un changement majeur pour les candidats à l'optimisation fiscale.
Même si certaines idées de l'OCDE, vendues comme devant être l'arme absolue, iront moins loin qu'annoncé. Exemple: le modèle de convention fiscale internationale, qui remplacerait rapidement les conventions existantes. Il est plus facile de remplacer tous ces accords bilatéraux par une convention unique que de les renégocier tous. Mais Jean-Pierre Lieb n'est pas entièrement convaincu.
Quant aux ONG, elles se montrent globalement beaucoup plus dubitatives.
estime Lucie Watrinet, chargée de plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire coordinatrice de la Plateforme Paradis fiscaux et judiciaires.
Et de déplorer le maintien de régime tels que les « patent boxes » (régimes d'imposition préférentiels pour les revenus tirés de la propriété intellectuelle), dont la suppression avait été un temps évoquée.
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Quant à la transparence, les ONG regrettent bien sûr l'absence d'obligation de publication concernant le reporting fiscal, l'obligation pour les entreprises de fournir des informations sur leurs activités (bénéfices, chiffre d'affaires, nombre d'employés) et les impôts qu'elles paient dans chacun des pays où elles sont présentes. De fait, ces informations, échangées entre administrations, devront rester strictement confidentielles.
Ivan Best