La Chine dévoile un plan ambitieux de relance budgétaire
latribune.fr
La deuxième économie mondiale, dirigée par Xi Jinping (photo), est confrontée à une crise de son secteur immobilier, une consommation chroniquement faible et un taux de chômage élevé chez les jeunes.
Tingshu Wang
Au moment où le gouvernement français cherche à renflouer les caisses de l’Etat, la Chine compte, elle, émettre plus d'obligations et ainsi augmenter le déficit budgétaire. En effet, le ministère chinois des Finances a dévoilé samedi un plan ambitieux visant à relancer l'économie et à atteindre l'objectif de croissance, fixé à 5% à la fin de l'année.
Soutenir une économie en perte de vitesse, menacée par d'importantes pressions déflationnistes. C'est l'objectif du gouvernement chinois, qui risque de manquer l'objectif de croissance de cette année en raison d'un fort ralentissement de l'immobilier et d'une confiance fragile des consommateurs.
En effet, après des annonces au compte-gouttes ces derniers mois et sans effet apparent, les analystes attendent du gouvernement un plan de relance « au bazooka ». Celui-ci passera par un recours massif à l'endettement public, a confirmé samedi le ministre des Finances, Lan Fo'an, déclarant que Pékin « était en train d'accélérer l'utilisation de bons du Trésor supplémentaires ».
Concrètement, « au cours des trois prochains mois, un total de 2.300 milliards de yuans(296,84 milliards d'euros) d'obligations spéciales pourra être utilisé », a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse. Le ministre a précisé que Pékin prévoyait également « d'émettre des obligations spéciales d'Etat pour soutenir les grandes banques commerciales publiques », sans en préciser le montant. Le but de ces fonds : aider « à reconstituer leur capital », améliorer « leurs capacités de prêt, et à mieux servir le développement de l'économie », a-t-il expliqué.
Fin septembre déjà, la Chine avait fait savoir qu'elle prévoyait d'émettre des obligations souveraines spéciales d'une valeur d'environ 2.000 milliards de yuans cette année, dans le cadre d'un nouveau plan de relance budgétaire, avait alors rapporté l'agence Reuters.
Le gouvernement cible ainsi le marché immobilier et les banques, la deuxième économie mondiale étant confrontée à une crise de son secteur immobilier, une consommation chroniquement faible et un taux de chômage élevé chez les jeunes.
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Fin septembre, les dirigeants chinois s'étaient engagés à s'efforcer d'atteindre l'objectif de croissance économique d'environ 5% d'ici 2024 et à stopper le déclin du marché immobilier - des perspectives que plusieurs analystes jugent optimistes. De fait, son économie a du mal à redémarrer depuis la levée, fin 2022, des mesures draconiennes qu'elle s'était imposées pour lutter contre la pandémie de Covid-19.
En 2023, le pays a ainsi connu l'une des croissances les plus faibles de ces trente dernières années (5,2%), selon un chiffre officiel qui laisse dubitatifs certains économistes compte tenu des difficultés pesant sur l'activité. Même si ce taux ferait rêver nombre de pays occidentaux, il reste pour la Chine bien loin de l'expansion fulgurante qui l'a propulsée ces dernières décennies vers les sommets de l'économie mondiale.
Samedi, Lan Fo'an a noté que le gouvernement central dispose d'une « marge de manœuvre relativement importante » pour augmenter la dette et le déficit budgétaire afin d'y remédier, bien qu'il n'ait pas fourni de détails. La Chine a fixé le déficit budgétaire de cette année à 3 % du PIB, contre 3,8 % l'année dernière.
Crise de l'immobilier
Dans le détail, le secteur du logement et de la construction a longtemps représenté au sens large plus d'un quart du PIB de l'économie chinoise. Mais il a été affecté depuis 2020 du durcissement par Pékin des conditions d'accès au crédit pour les promoteurs immobiliers, qui en a précipité certains (Evergrande...) au bord de la faillite, tandis que le recul des prix dissuade les habitants d'investir.
Or, cette crise de l'immobilier prive les collectivités locales d'une importante source de revenus fonciers et leur endettement atteint désormais plus de 5.000 milliards d'euros, selon le gouvernement central, une source d'inquiétude pour la stabilité de l'économie.
Résolution de la dette locale
Dans ces conditions, Pékin va également relever le plafond de la dette des collectivités locales pour leur permettre de dépenser davantage, renforçant ainsi leur capacité à soutenir l'économie.
Le vice-ministre des Finances, Liao Min, a en effet précisé samedi que les gouvernements locaux allaient recevoir des obligations spéciales leur permettant d'acquérir des terrains inutilisés ou en friche, ce qui pourrait stimuler le marché immobilier. Pékin encouragera également l'acquisition de propriétés commerciales existantes pour en faire des logements abordables. Ce qui améliora leur capacité des pouvoirs locaux à gérer l'offre foncière et allègera les pressions sur les liquidités, espère le gouvernement.
Les principales banques chinoises vont par ailleurs baisser les taux d'intérêt sur la plupart des prêts immobiliers existants à partir du 25 octobre, conformément à une demande de la Banque centrale, a annoncé samedi la chaîne d'Etat CCTV. Elle a précisé que l'ajustement sera automatique, les clients n'ayant « pas besoin d'en faire la demande ».
Soutien aux ménages à faible revenu
Enfin, le gouvernement va augmenter le soutien aux personnes à faibles revenus et aux étudiants afin de stimuler la consommation. Le nombre de bourses nationales pour les étudiants de premier cycle sera doublé, passant de 60.000 à 120.000 par an, et la valeur de chaque bourse passera de 8.000 à 10.000 yuans (1.300 euros) par étudiant et par an.
Mais Julian Evans-Pritchard, analyste chez Capital Economics, a regretté auprès de l'Agence France-Presse (AFP) l'absence de « toute mention d'une aide à grande échelle aux consommateurs ».
« Ces politiques vont dans la bonne direction », a quant à lui souligné Zhiwei Zhang, économiste en chef de Pinpoint Asset Management. Bien que (Lan Fo'an) ne l'ait pas dit explicitement, « je pense que ses commentaires impliquent qu'il est possible que le gouvernement augmente le déficit bugétaire au-dessus de 3% l'année prochaine ».
Selon l'économiste, une telle mesure représenterait un « changement significatif » et contribuerait à « stimuler la demande intérieure et atténuer la pression déflationniste ».