La Syrie salue la levée des sanctions américaines de l'ère Assad
latribune.fr
La levée des sanctions doit permettre de « réaliser des investissements favorables à la stabilité et à faire progresser les efforts de redressement et de reconstruction », a fait valoir le secrétaire d'Etat américain.
Brian Snyder
Damas s'est félicité ce samedi de la levée formelle des sanctions américaines par l'administration Trump, une étape cruciale dans la reconstruction du pays.
[Article mis à jour le 24/05/2025 à 16:06 avec la réaction de l'ONU]
C'est une annonce qui en avait surpris plus d'un : le 13 mai dernier, lors d'une tournée dans le Golfe, le président américain, Donald Trump, avait annoncé à Ryad la levée de sanctions américaines en Syrie, disant vouloir « donner une chance de grandeur » aux nouvelles autorités de Damas.
Samedi, le pouvoir syrien a ainsi salué la levée formelle de ces sanctions, alors que le pays reste en proie à une grave crise économique après plus de 13 ans de guerre civile.
«La République arabe syrienne se félicite de la décision du gouvernement américain de lever les sanctions imposées à la Syrie et à son peuple depuis de longues années», a déclaré le ministère syrien des Affaires étrangères.
« Il s'agit d'un pas positif dans la bonne direction pour réduire les souffrances sur les plans économique et humanitaire », a-t-il ajouté. Pour rappel, le président par intérim, Ahmad al-Chareh, a dirigé la coalition de groupes rebelles islamistes radicaux ayant renversé en décembre l'ancien dirigeant Bachar al-Assad.
Retour des investissements
A l'origine, les sanctions américaines avaient été imposées pour la première fois en 1979, sous le régime de Hafez, le père de Bachar el-Assad. Elles avaient ensuite été fortement renforcées après la répression sanglante des manifestations antigouvernementales de 2011, qui avait déclenché la guerre civile dans le pays.
Depuis, elles représentent le principal obstacle à la relance de l'économie syrienne. En effet, Washington avait imposé des sanctions radicales sur les transactions financières avec la Syrie, et clairement indiqué qu'il n'hésiterait pas à punir quiconque serait impliqué dans la reconstruction tant que Bachar el-Assad resterait au pouvoir.
Par conséquent, la levée de ces représailles permettra le retour des investissements en Syrie, où le pouvoir s'emploie à trouver les fonds pour la reconstruction du pays dévasté par la guerre. Vendredi, le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a d'ailleurs indiqué que le département du Trésor et le département d'Etat mettaient « en œuvre des autorisations pour encourager de nouveaux investissements en Syrie ». Et ce, alors que la guerre a fait plus d'un demi-million de morts, provoqué l'exil de millions d'habitants et détruit les infrastructures sur le territoire.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Levée de la « loi César »
Concrètement, le département d'Etat américain a délivré une dérogation au titre de la « loi César » sur la protection des civils en Syrie « qui permettra à nos partenaires étrangers, à nos alliés et à la région d'exploiter davantage le potentiel [du pays] », ajoute le communiqué.
Cette loi de 2020 prévoyait des sanctions sévères contre toute entité ou entreprise coopérant avec le pouvoir déchu de Bachar al-Assad. L'exemption est valable pendant 180 jours, a précisé le secrétaire d'Etat Marco Rubio. Et d'ajouter que la levée des sanctions doit permettre de « réaliser des investissements favorables à la stabilité et à faire progresser les efforts de redressement et de reconstruction ».
Ces mesures « s'inscrivent dans le cadre d'un effort plus large du gouvernement américain visant à supprimer l'ensemble des sanctions imposées à la Syrie en raison des abus commis par le régime Assad », a ajouté le Trésor.
La tête d'Ahmad al-Chareh n'est plus mise à prix
Après une rencontre avec le ministère syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, à Damas samedi, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a appelé à la « poursuite du soutien fort de la communauté internationale et des acteurs régionaux » à la Syrie.
Mais Washington s'attend désormais à « une action rapide de la part du gouvernement syrien sur des priorités politiques importantes », a insisté Marco Rubio, en allusion au respect des droits des minorités et aux progrès sur le chemin de la démocratie. L'allègement des sanctions s'étend donc à condition que le pays ne fournisse pas de refuge aux organisations terroristes et garantisse la sécurité des minorités religieuses et ethniques, a ajouté le département du Trésor américain. Ces derniers mois, des massacres de civils alaouites étaient survenus dans le pays.
Le 20 mai, l'Union européenne a elle aussi annoncé la levée de toutes les sanctions économiques contre la Syrie mises en place sous le pouvoir Assad. Celle-ci concerne essentiellement le système bancaire syrien, jusque-là interdit d'accès au marché international des capitaux. Elle prévoit également un dégel des avoirs de la banque centrale syrienne.
En décembre, les Etats-Unis avaient abandonné l'offre d'une récompense de 10 millions de dollars pour l'arrestation d'Ahmad al-Chareh, datant de 2017. Celui-ci était à la tête de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda dissoute avec toutes les autres factions armées par le nouveau pouvoir. Il était donc lui-même considéré comme un « terroriste » par Washington, sa tête étant mise à prix à 10 millions de dollars.