Un vent de révolte antiaméricain souffle sur l’Hexagone : près d’un tiers des Français (32 %) déclare actuellement boycotter des produits d’une marque ou d’une entreprise des États-Unis. Un rejet en signe de protestation contre Donald Trump qui ne place toutefois pas tous les produits à la même enseigne.
Les appels au boycott des produits américains lancés ces dernières semaines ont-ils été suivis d'effet ? Oui, à en croire une étude Ifop réalisée pour le site de tourisme NYC.fr* et publiée ce mercredi. Si la majorité des Français (62 %) disent les soutenir, près d'un tiers (32 %) déclare déjà boycotter actuellement des produits d'une marque ou d'une entreprise basée outre-Atlantique.
Coca, McDo, Tesla particulièrement ciblés
Il ressort de cette étude que Coca-Cola est la marque la plus boycottée par les Français (citée par 48 % des personnes interrogées). Suivie par McDonald's (44 %) et Tesla (19 %), le constructeur automobile détenu par Elon Musk en pleine zone de turbulences. Une autre de ses entreprises, le réseau social X, fait également l'objet d'un rejet (10 % des sondés). Tout comme les enseignes de restauration rapide Starbucks (15 %) et KFC (12 %).
« Tous les secteurs américains sont potentiellement touchés par ce boycott, mais avec des intensités qui dépendent principalement de deux facteurs : la visibilité américaine de la marque et l'existence d'alternatives crédibles », indique l'étude.
La tech moins touchée
Quand il existe des alternatives européennes ou asiatiques facilement substituables, les marques américaines sont davantage menacées. C'est le cas, par exemple pour les voitures (menacées de boycott par 61 % des personnes interrogées), des marques de chaussures de sport (53 %) ou de vêtements (52 %).
En revanche, les Français s'avèrent moins enclins à se détourner des géants américains dans le secteur de la tech, auxquels ils sont souvent très dépendants. C'est notamment le cas des réseaux sociaux (44 %), des plateformes d'e-commerce ou de livraison comme Amazon ou eBay (41 %) ou des logiciels professionnels tels Microsoft Office, Zoom ou Teams (41 %).
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La faute à Donald Trump
Les raisons de ce rejet « Made in USA » ne sont pas difficiles à trouver. Depuis son retour au pouvoir le 20 janvier dernier, le président américain Donald Trump a multiplié les menaces de guerre commerciale avec l'ensemble de ses partenaires, dont l'Union européenne. Si bien que le soutien des entreprises américaines au milliardaire, sa politique intérieure et étrangère constituent le premier motif du boycott des Français (cités par 62 % des personnes interrogées).
En parallèle, ce ressentiment envers le dirigeant républicain a fait naître un certain patriotisme national et européen chez les Français. Ainsi, parmi les justifications données, 62 % des sondés ont aussi mis en avant le soutien aux entreprises et à l'emploi français et 56 % la défense des intérêts économiques européens.
Cette « diversité de motivations », couplée à « une mobilisation forte des seniors et des catégories aisées », donne à ce boycott un aspect « inédit », estime l'étude.
« Cette structuration générationnelle, conjuguée à l'ampleur du soutien dans l'opinion publique, laisse présager que ce mouvement ne sera pas qu'un feu de paille dans le paysage de la consommation française, notamment pour les produits associés à l'administration Trump ou facilement remplaçables », estime François Kraus, directeur du pôle Politique & Actualités de l'Ifop, cité dans l'étude.
Interrogé sur le devenir de cette mobilisation, plus d'un Français sur deux (57 %) affirme avoir l'intention de boycotter des produits ou services de marques américaines dans les mois à venir.
Les Français n'aspirent plus à l' « American dream »
Conséquence d'avoir un président aussi clivant : jamais les Français n'ont ressenti une telle aversion pour les États-Unis. Seul un quart d'entre eux (25 %) affiche de la sympathie pour le pays de l'Oncle Sam, contre encore 65 % en 2010, date de la dernière mesure prise lors de la deuxième année du mandat de Barack Obama.
« L'image des États-Unis auprès de l'opinion publique française tombe ainsi à son niveau le plus bas des 40 dernières années, battant même les records d'impopularité mesurés sous George W. Bush au lendemain de la crise irakienne de 2003 », indique l'étude Ifop.
Évolution de la cote de sympathie des Français pour les États-Unis depuis 1988 (Crédits : Étude Ifop réalisée pour le site de tourisme NYC.fr)
Dans ce contexte, moins d'un quart des Français dit vouloir aller aux États-Unis pour étudier (22 %, contre 48 % en 2010) ou travailler (20 %, contre 37 % en 2010). Des niveaux là encore au plus bas sur les vingt-cinq dernières années.
L'attractivité du pays comme lieu de vie durable se dégrade aussi, mais moins fortement (-8 points depuis 2010, à 22 %). Idem du point de vue touristique : une majorité de Français (55 %) indique toujours vouloir voyager aux États-Unis au cours de leur vie, en recul de seulement quatre points en trois ans. Pour le moment.
*Étude Ifop pour NYC.fr réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 14 au 17 mars 2025 auprès d'un échantillon national de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.