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Match Trump/Biden : de la démocratie en Amérique

Irène Frat

Publié le 09 octobre 2020 à 06:00

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Trump refuse un debat a distance avec biden

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  • L'instant Sélection
Donald Trump n'a cessé, au cours de son mandat, d'entamer la confiance des citoyens dans les institutions. Et voici qu'à l'occasion de l'élection présidentielle du 3 novembre prochain, il délégitime le processus électoral. Une attaque envers la démocratie qui pourrait avoir des répercutions mondiales. Le point sur le match sur fond de Covid-19.

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Donald Trump a beau vouloir présenter son rétablissement rapide comme la marque d'un vrai « winner » qui ne se laisse pas « dominer » par le coronavirus, la piètre performance de son administration face à la pandémie a largement marqué le débat, le 7 octobre, entre son colistier Mike Pence et la candidate à la vice-présidence côté démocrate, Kamala Harris. Après une première rencontre télévisée surréaliste, le 30 septembre, entre Joe Biden et Donald Trump - ce dernier n'ayant cessé d'interrompre son adversaire et de divaguer, ce nouvel échange était censé apporter des réponses aux électeurs sur les programmes des deux camps en matière d'économie et de fiscalité, d'accès à la santé et à l'éducation, de lutte pour l'égalité raciale et contre le réchauffement climatique... Face aux attaques de Kamala Harris, Mike Pence a réitéré les contre-vérités trumpiennes sur la pandémie, mis en avant son scepticisme sur le changement climatique et éludé la question de l'acceptation des résultats du scrutin, en cas de victoire démocrate, par l'actuel président.

De quoi nourrir un peu plus, sur ce dernier point, les inquiétudes quant à l'avenir de la démocratie américaine, enchâssée dans les premiers mots de la Constitution, avec le fameux « We, the people »... Serait-elle en passe d'être piétinée ? « Notre Constitution n'assure pas une transition pacifique, elle la présuppose, plutôt », fait remarquer Lawrence Douglas, professeur de droit à l'université d'Amherst, dans son récent livre Will he go? (Partira-t-il ?). Or voici que Donald Trump déclare qu'il ne peut que gagner - et s'il venait à perdre, c'est que la consultation aura été truquée ! S'en suivrait, en cas de « non-concession », une bataille juridique acharnée, qui finirait sans doute à la Cour suprême... Certains envisagent même un 20 janvier, jour de la passation de pouvoir à Washington, inédit, avec deux présidents se présentant sur l'estrade ! Quant aux plus pessimistes, ils craignent des violences, de la part de milices d'extrême droite, armées jusqu'aux dents et prêtes à défendre la suprématie blanche et leur idole, Donald Trump, qui ne cesse de les cajoler... « En 2016, la Russie a cherché à manipuler l'élection. Aujourd'hui, les assauts contre la démocratie viennent de l'intérieur », regrette Sue Gordon, professeure de science politique à l'université Duke (Caroline du Nord), et ancienne sous-directrice du Renseignement national. Une situation qui ne peut qu'affaiblir cette démocratie, de même que l'image projetée par les Etats-Unis dans le monde. « Comment pourrions-nous demander des avancées démocratiques ailleurs dans ces conditions ? », se demande Sue Gordon. Un situation propice à « rendre, en ces temps d'incertitude mondiale, le totalitarisme attrayant », conclut-elle.  

L'avance de Biden suffira-t-elle ?

A moins, évidemment, que Joe Biden remporte une victoire sans appel, aussi bien en termes de vote populaire que de grands électeurs. Selon Real Clear Politics, un site d'agrégation de données, Biden bénéficie actuellement de 49,7% des intentions de vote, contre 43,1% pour Trump. A partir de ces chiffres, le Financial Times a calculé que si les élections avaient eu lieu le 1er octobre, alors qu'il faut 270 grands électeurs pour l'emporter, Biden obtiendrait à coup sûr le soutien de 190 d'entre eux, dans des Etats franchement démocrates comme la Californie, et qui, associés à 89 autres issus d'Etats penchants en sa faveur, lui donneraient la majorité. En revanche, Trump n'obtiendrait qu'un total de 125 grands électeurs, réparti entre 77 issus d'Etats solidement ancrés dans le camp républicain et 48 pour des Etats penchant davantage côté conservateur que démocrate, tandis que 134 sont en balance, notamment en Floride, dans l'Ohio ou en Caroline du Nord. Mais rien n'indique que ce scénario prendra forme... L'expérience malheureuse d'Hillary Clinton, il y a quatre ans, montre que, la plupart des Etats ayant un système de bascule automatique de l'ensemble de leurs grands électeurs, en fonction de la majorité, même infime, du vote populaire, l'élection peut se jouer à une poignée de voix, dans une poignée d'Etats, faisant par exemple basculer les 38 grands électeurs du Texas ou les 29 de Floride dans un camp ou dans un autre, lors de la réunion du collège électoral, le 14 décembre prochain.

Toujours est-il que les électeurs, qui ne se précipitent pas d'ordinaire pour voter - en général, le taux de participation au scrutin présidentiel dépasse à peine les 50% - semblent avoir pris la mesure des enjeux de cette 59è présidentielle. En raison de la situation du pays, aux prises avec une crise économique et sanitaire d'une rare ampleur, mais aussi parce que la personnalité des deux candidats est diamétralement opposée, de même que leur philosophie, tant sur le front intérieur qu'en matière de politique internationale. Selon les données recueillies à la mi-août par le Pew Research Center, 83% des inscrits - un score inédit - déclaraient ainsi que le prochain président leur importait, contre 74% il y a quatre ans. La proportion est quasi identique côté démocrate et républicain. Au point que de nombreux électeurs ont profité de la possibilité de voter en avance, offerte cette année par davantage d'Etats, dans un bureau de vote ou par correspondance, pour s'exprimer. D'ailleurs, selon les données de l'université Quinnipiac (Connecticut), célèbre pour ses recherches électorales, 45% des inscrits seulement pensaient,  au début septembre, se rendre dans un bureau de vote le 3 novembre, date officielle du scrutin, et 35% avaient l'intention de voter par correspondance. Parmi ces derniers, les démocrates sont plus nombreux que les républicains - d'où la volonté de Donald Trump de délégitimer cette pratique, pourtant courante, avec des critiques, infondées, de fraudes à grande échelle... En outre, 49% des inscrits interrogés par le Pew Research Center en août dernier s'attendaient à avoir des difficultés à voter, alors qu'à l'aube des élections de mi-mandat, en 2018, 85% estimaient le contraire. Le fait que Trump demande à ses supporters d'aller « vérifier » ce qui se passera dans les bureaux de vote le 3 novembre y est sans doute pour quelque chose.

Peu d'indécis

Quoiqu'il en soit, les électeurs semblent avoir déjà fait leur choix. Quinnipiac annonce seulement 3% d'indécis, tandis que 5% seulement des inscrits déclaraient à la mi-août au Pew Center qu'ils pouvaient encore changer d'avis (quel que soit leur candidat favori). A la même époque en 2016, 8% des pro-Hillary Clinton avaient déclaré pouvoir encore changer d'avis... Cela dit, les supporters de Trump sont plus engagés : 66% d'entre eux déclarent soutenir « fortement » leur candidat, contre 46% seulement des pro-Biden.

Et c'est, entre autres, sur cette mobilisation, pour ne pas dire cette fanatisation, de sa base, que mise le camp républicain. Au-delà des évènements de campagne, que le candidat a maintenu malgré la pandémie, et au cours desquels il a chauffé à blanc les foules, avec des propos de plus en plus outranciers sur la « gauche radicale » et le « chaos » qui résulterait à coup sûr d'une victoire démocrate, les Républicains font tout pour limiter le vote de ceux qu'ils considèrent en leur défaveur, et ce, depuis des mois. Cela va de la reconfiguration des cartes électorales à de nouvelles lois votées dans les Etats où ils dominent pour limiter la participation des minorités, réputées démocrates, sans oublier, particulièrement ces dernières semaines, les critiques incessantes sur le vote par correspondance, alors que Trump lui-même enverra son bulletin en Floride par la poste !

Quant à l'issue du scrutin, qui décidera de quel contrat social et de quelle politique étrangère, isolationniste ou multilatérale, l'Amérique se dote, elle reste plus que jamais ouverte...


Irène Frat

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