Match Trump/Biden, les (faux) espoirs des Européens
Marc Endeweld
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Jonathan Ernst
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En France, pas moins de quatre chaines « tout info » ont décidé cette semaine de retransmettre en direct (et donc en pleine nuit, heure française), le premier débat télévisé entre Donald Trump et Joe Biden. On connaît la suite. Au final, les échanges entre les deux prétendants à la Maison Blanche furent tellement au ras des pâquerettes, qu'il était bien difficile pour les commentateurs français de discerner qui avait pris l'avantage !
Bien évidemment, les télés françaises avaient été alléchées par un éventuel buzz. C'est entendu : Donald Trump dérange, exaspère ou fascine, c'est selon, mais l'actuel président des États-Unis suscite l'intérêt et fait vendre. Et puis, bien sûr, comme tous les quatre ans depuis une vingtaine d'années, si les médias du monde entier s'intéressent autant à la prochaine élection présidentielle américaine, c'est que quelque soit le prochain locataire de la Maison Blanche, il sera à la tête de « l'hyper puissance ».
L'élection américaine de 2020 a pourtant un goût particulier pour les élites européennes : quasiment toutes dans leur ensemble espèrent un échec de Donald Trump. Il n'y a qu'à voir la manière dont les médias du « vieux continent » relaient ces derniers jours le scoop du New York Times sur les (très faibles) impôts payés par Donald Trump durant une dizaine d'années. Cette focalisation sur ce dernier scandale laisse à penser que les Américains pourraient être influencés négativement. C'est croire encore à l'influence d'un titre comme The New York Times sur l'ensemble de la population américaine. Comme si nous étions au temps du Watergate, ou des Pentagon Papers. Or, la presse, pilier de la démocratie américaine, est confrontée à une crise sans précédent. Une crise économique, mais également de confiance. Car si le quotidien new yorkais se démarque, en engrangeant de plus en plus d'abonnés, numériques comme papiers, cela fait bien longtemps que les informations qu'y sont délivrées n'impriment plus auprès des électeurs de Donald Trump. Comme le symbole d'une crise démocratique profonde.
Quand ce n'est pas un scoop du New York Times, on préfère se rassurer avec les (toujours) bons sondages pour Joe Biden. Les commentateurs oublient un peu vite qu'en 2016, les mêmes enquêtes d'opinion penchaient déjà en faveur du camp démocrate. Les mêmes ne se souviennent pas qu'Hillary Clinton, malgré sa défaite sur l'ensemble des Etats américains, avait toutefois réussi à doubler Donald Trump en nombre de voix.
Toutes ces analyses qui s'apparentent en réalité à de la méthode Coué oublient deux éléments importants. D'abord, Trump n'est pas un accident dans l'histoire américaine. Trump est d'abord le résultat de l'Amérique, et même son pur produit. C'est ce que rappelle le journaliste Fabrizio Calvi dans son livre d'enquête "Un parrain à la maison blanche" (Albin Michel, juin 2020). Selon cet enquêteur chevronné, l'actuel président des Etats-Unis doit en partie son ascension à ses accointances avec les mafias italo-américaines et russes, en affaires depuis longtemps. À travers son enquête décapante et détaillée, on apprend ainsi que les tours d'habitation que Trump a fait construire à New York l'ont pu l'être grâce aux mafias, et que de nombreux mafieux y ont acheté des appartements pour blanchir l'argent de leurs différents trafics ; on y découvre aussi le rôle historique auprès de lui de Roy Cohn, l'un des avocats les plus puissants de New York jusqu'à sa mort du sida au milieu des années 1980. Cet ami diabolique (Fabrizio Calvi n'hésite pas à parler d'un « Pacte avec le diable ») était à la fois l'un des principaux conseil de la mafia, et fut également l'ancien collaborateur de Joseph Mc Carthy au moment de la chasse aux communistes dans les années 1950...
Durant de nombreuses années, Cohn et Mc Carthy, tous deux gays au placard, ont également pratiqué le harcèlement d'Etat à l'égard des homosexuels, comme le rappelle Philippe Corbé, le correspondant de RTL outre Atlantique dans une passionnante biographie (L'avocat du diable, Grasset, septembre 2020). Donald Trump est donc bien le digne représentant d'une face sombre, encore trop souvent occultée, des États-Unis. On est bien loin, très loin, de cette Amérique libérale, de cet « esprit Obama » si chéri par les commentateurs en France ou dans de nombreux pays européens.
Marc Endeweld