Il est atlantiste et europhile, favorable à un renforcement militaire de l’Allemagne, mais contre un envoi de troupes en Ukraine. Des prises de décision vont rapidement s’imposer au chef de la CDU et probable futur chancelier.Les Allemands possèdent de nombreux mots sans équivalent français, à l'origine d'incompréhensions entre Paris et Berlin. Parmi eux, verschlimmbessern illustre à merveille ce que devront éviter les conservateurs, arrivés en tête dimanche soir aux élections fédérales. Ce verbe désigne une action louable, qui a pour but d'améliorer une situation souvent périlleuse, mais qui, in fine, produit tout l'inverse.
Le leader allemand de l'union conservatrice CDU/CSU, Friedrich Merz, probable futur chancelier, pourra-t-il éviter ce processus ? L'homme de 69 ans a de grandes ambitions, et a notamment pour projet de redonner un peu de grandeur et de place à l'Allemagne sur la scène internationale. Mais à l'image de ses nombreux compatriotes à la fois atlantistes et europhiles, le retour de Donald Trump pourrait l'obliger à devoir faire un choix entre ces deux tropismes.
« Depuis Helmuth Kohl - et même encore avant - l'Allemagne a entretenu le Westbindung, c'est-à-dire un ancrage à l'Ouest. Celui-ci prend d'abord la forme d'une profonde relation transatlantique pour les questions de défense. Ensuite, cet ancrage à l'Ouest s'illustre par la transformation de l'Allemagne en moteur économique de l'Union européenne. Enfin, cela passe aussi par un renforcement des relations Paris-Berlin »,explique Paul Maurice, Secrétaire général du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'Ifri.
Slalom entre Union européenne et États-Unis
En somme, la question qui se dessine pour Friedrich Merz est simple : l'Allemagne peut-elle rester à la fois atlantiste et europhile ? Naturellement, la question se serait posée à n'importe quel autre vainqueur des élections fédérales, mais il est presque ironique que Merz soit celui qui devra y répondre, tant son parcours semble empreint de ce slalom entre Union européenne et États-Unis. Pour la relation transatlantique, le passage de son CV le plus évocateur se déroule entre 2009 et 2019, période durant laquelle il travaille pour le fonds d'investissement américain BlackRock et préside le groupe d'influence Atlantik-Brücke, souvent présenté comme un réseau composé de membres de l'élite favorables à l'Otan. À Berlin, les réseaux atlantistes restent particulièrement puissants, bien que les forces américaines sur le sol allemand soient passées de 200 000 soldats en 1990 à 34 500 aujourd'hui.