Plafond de la dette : l'inutile prise de risque des Etats-Unis

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Steven Mnuchin a adressé une lettre aux chefs des partis au Congrès fin juillet. Le secrétaire du Trésor explique qu'il est urgent que le relèvement du plafond de la dette soit acté d'ici le 29 septembre au plus tard.
Steven Mnuchin a adressé une lettre aux chefs des partis au Congrès fin juillet. Le secrétaire du Trésor explique qu'il est "urgent" que le relèvement du plafond de la dette soit acté d'ici le 29 septembre au plus tard. (Crédits : Reuters)
Le Congrès tarde à relever le plafond de la dette américaine obligeant le secrétaire du Trésor à user de mesures extraordinaires pour financer les dépenses du gouvernement. Ce n'est pas la première fois que les parlementaires jouent à ce petit jeu qui fait pourtant perdre de l'argent aux Etats-Unis et laisse planer un risque de défaut sur la dette américaine.

Le Congrès américain a fait sa rentrée mardi, et parmi les dossiers chauds qu'il doit traiter, l'épineuse question du plafond de la dette arrive en première ligne. Depuis un siècle, le gouvernement fédéral a pour obligation de ne pas dépasser un certain niveau d'endettement, réévalué au besoin par le Congrès. Ce plafond a été suspendu en 2015 pour une durée de deux ans et devait être fixé au niveau auquel serait la dette lorsque la suspension arriverait à échéance. Ce fut le cas en mars dernier. La dette s'élevait alors à un peu plus de 19.800 milliards de dollars, montant devenu le nouveau plafond, selon l'Associated Press (AP).

Déjà au plafond, de facto, le gouvernement américain n'a plus le droit d'emprunter pour se financer depuis. Le secrétaire du Trésor, Steven Mnuchin, a dû employer des "mesures extraordinaires" pour trouver du cash, notamment en suspendant le paiement de la dette du fonds de pension des employés fédéraux. Mais ces pansements ne suffisent plus. Les Etats-Unis pourraient ne pas honorer certains obligations financières, notamment un prochain versement important au fonds pour les Anciens combattants (81 milliards en 2016) prévu pour le 2 octobre, selon le think tank Bipartisan Policy Center.

Dans ces conditions, Steven Mnuchin a adressé une lettre aux chefs des partis au Congrès fin juillet. Le secrétaire du Trésor explique qu'il est "urgent" que le relèvement du plafond de la dette soit acté d'ici le 29 septembre au plus tard.

"Aucune chance" que le Congrès échoue

Les risques sont importants pour l'économie américaine, voire mondiale. Si le plafond n'est pas relevé à temps et que le département du Trésor ne peut honorer ses obligations financières, les Etats-Unis pourraient faire défaut sur une partie de leur dette. Or, si les investisseurs ne peuvent avoir confiance dans la première économie mondiale, à qui pourraient-ils se fier ? Les marchés seraient gagnés par la panique, ouvrant la voie à une nouvelle période de récession comme en 2008.

Les responsables politiques américains sont conscients de ce risque. La Chambre des représentants adoptera le projet de loi incluant un relèvement du plafond de la dette, a assuré fin août son speaker, le républicain Paul Ryan. Dans le même ton, le chef de fil de la majorité républicaine au sénat, Mitch McConnell, a affirmé qu'il n'y avait "aucune chance" que le Congrès échoue à relever ce plafond avant fin septembre.

Le relèvement de la dette aurait pu être voté avant l'été

Dans ce cas, pourquoi les parlementaires attendent-ils le dernier moment ? D'autant que la question pouvait être réglée avant l'été. Le relèvement du plafond de la dette devait en effet être intégré à un projet de loi de réforme du ministère des Anciens combattants, le V.A Bill. Chose que souhaitait le président américain. Finalement, la loi a été votée, mais sans le relèvement du plafond, provoquant les foudres de Donald Trump sur Twitter à l'encontre les leaders de la majorité :

"J'ai demandé que Mitch McConnell et Paul Ryan incluent la législation sur le plafond de la dette dans le populaire V.A Bill (qui vient juste d'être voté) pour qu'elle passe facilement. Ils ne l'ont pas fait donc maintenant nous avons un gros problème avec les démocrates qui les tiennent (comme d'habitude) sur l'approbation du plafond de la dette. Ça aurait pu être si simple, maintenant c'est un désastre !"

Il faut avoir en tête que les républicains ont une aversion pour la dette et ne jurent que par sa baisse. A l'inverse, Donald Trump prend la question plus à la légère, durant sa campagne il lançait fièrement qu'il était le "roi de l'endettement" et qu'il savait "jouer avec les dettes". Son méga plan d'investissement de 1.000 milliards de dollars était loin de faire l'unanimité chez les républicains. C'est en partie pour cela que la frange la plus conservatrice du parti ne voulait pas entendre parler d'un relèvement du plafond, sans y joindre un projet de loi de baisse drastique des dépenses publiques, selon Politico. D'où l'absence de majorité pour son intégration dans le V.A Bill.

> Lire aussi : Etats-Unis : Donald Trump va-t-il faire exploser la dette américaine ?

A trop tarder, les Etats-Unis perdent de l'argent

Ce même scénario "d'impasse" avait déjà eu lieu en 2011 et 2013. Les républicains refusaient d'approuver le relèvement du plafond pour faire pression sur le président Obama, afin qu'il engage des baisses des dépenses. La loi avait été votée au dernier moment.

Problème, avec cette stratégie les Etats-Unis perdent énormément d'argent. S'il est presque sûr à 100% que le Congrès accordera un relèvement du plafond avant la fin du mois, un léger doute persiste tant que la loi n'est pas votée. Ce doute est suffisant pour créer un brin d'inquiétude sur les marchés et faire augmenter les taux obligataires, ce qui est déjà le cas note le Washington Post.

Une étude de la Fed montre d'ailleurs que lors des situations "d'impasse" de 2011 et de 2013, les taux des bons du trésor américain ont pris entre 4 et 8 points de base. Autrement dit, le coût de l'endettement a augmenté durant ces périodes.

L'aide aux victimes de la tempête Harvey, une porte de sortie ?

Après le désastre causé par le tempête Harvey dans le Texas au mois d'août, Donald Trump a demandé au Congrès de débloquer une aide de 7,9 milliards de dollars. Les parlementaires doivent s'y pencher cette semaine, mais le gouvernement souhaite qu'ils incluent dans le texte le relèvement du plafond de la dette, a indiqué Steven Mnuchin lundi selon AP.

"Si le Congrès valide le budget, mais que je n'ai pas la possibilité d'emprunter plus d'argent pour le financer, nous ne serons pas capables d'obtenir cet argent pour l'Etat [du Texas]", a déclaré le secrétaire du Trésor. Les parlementaires vont-ils céder aux demandes du gouvernement ?

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Commentaires
a écrit le 06/09/2017 à 14:18 :
Dette publique abyssale, dette privée gigantesque, déficit commercial monstrueux, déficit publique à plus de 3% et tout ca après un cycle d'expansion de plusieurs années et avec des services et équipements publiques plus que bof...
Pas besoin d'être un nobel d'économie pour comprendre qu ils vont dans le mur en klaxonnant. La seule question qui vaille pour nous est de savoir si nous aurons fait le job pour nous isoler de cet homme malade du monde. C'est comme un Ponzi le premier qui sort ne perd pas trop de plumes, dépêchons nous!
a écrit le 06/09/2017 à 13:11 :
Des chiffres a donner le vertige
a écrit le 06/09/2017 à 10:02 :
Aux états unis on ne fait pas de politique d'austérité, certes on engraisse également en masse les milliardaires, mais comme le peuple américain trouve cela normal il n'est pas la peine de faire semblant de s'attaquer à un problème qui au final n'en est pas un, on relève le plafond de la dette parce qu'on sait très bien que jamais les banques n'oseraient s'y attaquer.

Tout comme elles n'oseraient jamais s'attaquer à l'europe si celle-ci était unie et non dépendante du bon vouloir des allemands.
Réponse de le 06/09/2017 à 13:03 :
Si les États-Unis ne finançaient pas leur dette avec des billets de Monopoly imprimés par leurs créanciers ce ne serait en effet pas un problème.
Réponse de le 06/09/2017 à 17:54 :
Votre phrase consolide mon commentaire, jamais les banques ne s'attaqueront aux états unis qui peuvent donc se permettre ce qu'ils veulent, alors qu'elles peuvent s'attaquer aux pays européens désunis pire appauvris par l'allemagne, cette dernière donc ne risque rien mais tous les autres vont connaitre un sort à la grec.

Plus le temps avance et mieux nous voyons la stratégie se mettre en place.
a écrit le 06/09/2017 à 9:40 :
Comme à chaque fois le même cinéma.....

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