Au cours de la dernière année, la Chine a importé ou produit de nombreuses matières premières, afin de constituer des stocks. Cette stratégie suscite de nombreuses interrogations. Les motivations de Pékin sont diverses : spéculation, anticipation d'un conflit, opportunisme et coercition économique.
Acier, pétrole, soja, blé, viande de porc, or, cobalt, graphite... La Chine ne cesse d'accumuler d'importants stocks de matières premières depuis 2023. Au premier trimestre 2024, la Banque populaire de Chine (PBoC) comptait, dans ses coffres, 290 tonnes d'or de plus que l'année précédente. Selon le World Gold Council (WGC), la banque a acheté plus d'or que toutes les autres banques centrales combinées en 2023. Schéma similaire pour le pétrole : la capacité de stockage est passée en 4 ans de 1,7 à 2 milliards de barils.
Au total, au cours de l'année 2023, la Chine a importé 16% de matières premières en plus que l'année précédente. Et pour beaucoup de ces biens, les importations ne sont pas proportionnelles à la consommation intérieure.
Des images satellites permettent d'évaluer certains stockages, mais pas la totalité, d'autant plus que « le gouvernement chinois a récemment cessé de publier ses stocks de matières premières, rendant l'analyse encore plus opaque », assure Damien Cubizol, enseignant-chercheur, économiste au Centre d'études et de recherches en développement international.Un ralentissement économique qui n'explique pas tout
Toute l'ambivalence de ces importations réside dans le contexte de ralentissement de la croissance chinoise. En plein relâchement, l'économie de l'Empire du Milieu nécessite théoriquement moins de matières premières pour une production baissière. Mais selon Bloomberg, une partie des stocks de matières premières trouve son origine dans une mauvaise anticipation du ralentissement économique par les commerciaux chinois.
Dans le même temps, des pans entiers de l'industrie chinoise sont en surproduction. L'acier représente un cas emblématique de ce problème. Le secteur immobilier chinois, dans la tourmente depuis 2020 en raison de l'endettement des promoteurs, se retrouve dans l'incapacité de construire de nouveaux logements.
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