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ÉconomieInternational

Rencontre entre Trump et Macron : ce qui les divise

Photo de Grégoire Normand

Grégoire Normand

Publié le 13 juillet 2017 à 12:35 - Mis à jour le 13 juillet 2017 à 12:50

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Donald Trump, actuellement en mauvaise posture aux Etats-Unis à cause de nouvelles accusations de collusion avec la Russie, est arrivé jeudi matin à Paris pour une visite de deux jours. Si le président américain et Emmanuel Macron vont s'entretenir sur des sujets consensuels, les dossiers potentiellement explosifs représentent également un risque pour les deux dirigeants. Revue de détails.

Donald Trump et Emmanuel Macron ont prévu de se retrouver jeudi et vendredi à Paris pour une rencontre diplomatique forte en symboles. Le chef d'Etat américain est l'invité d'honneur de la France pour le centenaire de l'entrée des Etats-Unis dans la Première guerre mondiale. Le président américain et son homologue français doivent avoir une réunion de travail en fin d'après-midi. A cette occasion, l'Elysée et la Maison-Blanche ont prévu d'aborder des sujets relativement consensuels comme la lutte contre le terrorisme ou la défense. Le conseiller économique de Donald Trump, Gary Cohn, a indiqué à Reuters que "les questions de sécurité et de défense devraient occuper une large place dans les échanges entre les deux chefs d'Etat," et a minimisé les désaccords de ces dernières semaines".

Du côté français, l'entourage de M.Macron a précisé à l'agence que "ce temps d'échange [...] n'occultera pas les sujets où nous avons des positions divergentes" mais "nous avons aussi des sujets sur lesquels nous sommes sur la même ligne et qui nécessitent une concertation très étroite et une action commune". L'objectif est donc d'afficher des relations au beau fixe entre les deux pays. Mais en réalité, les sujets de divergences sont assez nombreux pour provoquer de véritables tensions entre les deux dirigeants. Au lendemain de l'élection d'Emmanuel Macron, le directeur du conseil européen des relations internationales, Mark Leonard expliquait d'ailleurs dans les colonnes du New York Times :

"Le président français est l'antithèse de Donald Trump. Bien qu'ils soient tous les deux des outsider, même si en réalité ils ne le sont pas, il n'y a pas plus éloignés quant à leurs idées et leurs philosophies".

-

(Emmanuel Macron et Donald Trump lors du sommet du G20 organisé à Hambourg le 7 juillet dernier. Crédits : REUTERS/Carlos Barria.)

La question délicate du climat

La sujet du climat est au cœur des divisions entre les deux pays. Au début du mois de juin dernier, le septuagénaire a décidé de retirer les Etats-Unis de l'Accord de Paris au nom de la défense des emplois américains. Au delà du symbole, la décision du milliardaire a dessiné une véritable ligne de fracture entre les deux présidents. Décidé "à ramener à la raison" son homologue américain, Emmanuel Macron a lancé son slogan "Make our planet great again" ("Rendre sa grandeur à la planète"), en référence au slogan de campagne de Donald Trump "Make America great again" profitant ainsi d'un vrai coup de communication sur la scène internationale.

Il a d'ailleurs profité de cette allocution télévisée pour inviter "les chercheurs et les enseignants, les entrepreneurs, les associations et les ONG, les étudiants et toute la société civile à se mobiliser et à rejoindre la France pour mener la lutte contre le réchauffement climatique", rappelle le communiqué. S'il a suscité un intérêt outre-Atlantique, le succès de cet appel est encore difficile à mesurer seulement quelques semaines après cette initiative. Macron a par ailleurs annoncé la tenue d'un nouveau sommet mondial sur le climat en décembre prochain.

Deux visions du commerce international

Les deux chefs d'Etats n'ont jamais caché leur divergence sur le commerce international. M.Macron prône un libre-échange et favorise des relations multilatérales alors que M.Trump défend un fort protectionnisme et un bilatéralisme dans les échanges. Pendant la campagne présidentielle, le milliardaire avait vivement critiqué l'accord de partenariat transpacifique (TPP) entre les Etats-Unis et onze autres pays :

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"Le TPP,, tel qu'on le connaît, donnerait un coup fatal à l'industrie américaine. (...) La vague de mondialisation a anéanti, totalement anéanti notre classe moyenne. La mondialisation ne doit pas nécessairement se dérouler comme cela, nous pouvons nous redresser vite".

Il avait expliqué par la suite que "cet accord est un désastre. [...] A la place, nous négocierons des traités bilatéraux qui ramèneront nos emplois à la maison". Concernant l'accord de libre-échange TTIP entre les Etats-Unis et l'Europe, la Maison-Blanche a changé d'avis au mois de mai dernier et semble favorable à la poursuite des négociations comme l'a expliqué le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross :

"Il est judicieux de continuer les négociations sur le TTIP et de travailler à une solution qui augmente nos échanges de manière générale tout en réduisant notre déficit commercial."

> Lire aussi : Accord de libre-échange TTIP : les Etats-Unis "ouverts à la discussion" avec l'UE

L'autre point de dissension concerne le rôle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en tant qu'arbitre des échanges internationaux. Lors de la campagne, il avait qualifié l'institution internationale de "désastre" et envisageait même un retrait des Etats-Unis. Et la Maison-Blanche continue d'entretenir une ligne dure à l'égard de l'OMC. Dans un rapport récemment révélé par le Financial Times, il est précisé que l'administration américaine étudie sérieusement des pistes pour échapper aux règles du commerce international.

"Depuis que les Etats-Unis ont gagné leur indépendance, il existe un principe de base pour notre pays : les citoyens américains sont soumis aux lois et régulations faites dans notre pays, et non pas des règles choisies par des gouvernements étrangers ou des institutions internationales.[...] Par conséquent, l'administration Trump défendra avec agressivité la souveraineté américaine sur les sujets de politique commerciale."

De son côté, Emmanuel Macron a souligné des "différends sur le commerce" en regrettant "une tentation protectionniste qui renaît aux Etats-Unis". L'ancien ministre de l'Economie a également dit qu'il "souhaitait qu'on défende le libre et juste commerce. Le protectionnisme est une erreur, c'est le frère jumeau du nationalisme et cela conduit à la guerre", insiste-t-il, tout en assurant "qu'on peut trouver des espaces communs pour lutter contre les pratiques inacceptables comme le dumping".

Le dossier périlleux de l'Iran

Paris et Washington affichent également un désaccord important au sujet de l'Iran. Lors d'un déplacement en Arabie Saoudite au mois de mai dernier, le magnat de l'immobilier s'en est violemment pris à l'Iran l'accusant de "soutenir le terrorisme". "Du Liban à l'Irak en passant par le Yémen, l'Iran finance, arme et entraîne des terroristes, des milices et d'autres groupes terroristes qui répandent la destruction et le chaos à travers la région" a souligné le président américain en appelant tous les pays à isoler la première puissance chiite.

De son côté, Emmanuel Macron joue la politique de l'apaisement avec Téhéran. Le président français a salué la réélection du président iranien Hassan Rohani en mai dernier. Dans un communiqué publié par l'Elysée, le chef de l'Etat a déclaré :

"Il souhaite que ce nouveau mandat confirme l'amélioration des relations anciennes entre la France et l'Iran.La réélection du Président Rohani renforce l'espoir que son gouvernement applique rigoureusement l'accord historique du 14 juillet 2015, qui a permis de régler par la diplomatie le différend nucléaire et d'engager une nouvelle étape entre l'Iran et la communauté internationale.La France continuera à exercer toute sa vigilance sur la stricte mise en œuvre de cet accord, dans toutes ses composantes."

L'exécutif a tenu également a réaffirmé sa volonté d'intensifier des liens économiques avec l'Iran. Ce que le dernier contrat historique de 4,8 milliards de dollars entre Total et l'Iran semble illustrer.

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> Lire aussi : Patrick Pouyanné (Total) signe un contrat historique sur un gisement de gaz en Iran

Grégoire Normand

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