Russie : la Banque centrale accélère la baisse de son taux directeur

21 jours après la dernière baisse, la Banque centrale russe réduit son taux directeur qui passe de 17% à 14%, une décision justifiée par « le renforcement du rouble et le recul de la consommation », malgré une inflation qui s'affiche à 17,6%. Si Vladimir Poutine considère que l'économie russe « se stabilise », le FMI, lui, prévoit que le pire est à venir en raison de l'impact croissant des sanctions européennes.
« Les risques pour les prix et la stabilité financière ont cessé d’augmenter, créant les conditions d’une réduction du taux directeur » d'après la Banque centrale russe.
« Les risques pour les prix et la stabilité financière ont cessé d’augmenter, créant les conditions d’une réduction du taux directeur » d'après la Banque centrale russe. (Crédits : LINDSEY WASSON)

Après avoir augmenté drastiquement son taux directeur de 9,5% à 20% dans la foulée des premières sanctions européennes suite à la guerre en Ukraine, puis réduit par surprise à 17% début avril, la Banque centrale russe vient de nouveau de le baisser à 14% ce vendredi 8 avril. L'institution monétaire estime en effet que « les risques pour les prix et la stabilité financière ont cessé d'augmenter, créant les conditions d'une réduction du taux directeur ». Les analystes s'attendaient à cette baisse de taux ce jour mais tablaient sur un geste de moindre ampleur.

« Bien que toujours élevés, les taux actuels de hausse des prix à la consommation ont nettement ralenti après avoir atteint un pic durant la première quinzaine de mars. Le ralentissement de l'inflation est en grande partie à attribuer au renforcement du rouble et au recul de la consommation », note la banque dans un communiqué. L'inflation sur un an a atteint 17,6% au 22 avril (après 16,7% en mars) et devrait continuer d'augmenter dans les prochains mois, pour s'établir à 18-23% en 2022, estime la banque.

« L'environnement extérieur demeure difficile pour l'économie russe et pèse lourdement sur l'activité économique », relève-t-elle, notant que « les entreprises font face à des difficultés considérables en termes de production et de logistique ».

Le PIB russe devrait chuter de 8% à 10% cette année, mais devrait recommencer à « croître rapidement en 2023 grâce à une transformation structurelle » de l'économie, selon les projections de la banque. En raison des effets de base, la hausse du PIB devrait toutefois demeurer dans la fourchette de -3% à 0% en 2023, avant une hausse de 2,5%-3,5% attendue en 2024.

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L'économie russe « se stabilise » selon Poutine

Cette baisse du taux directeur russe intervient quelques jours après que Vladimir Poutine a affirmé que l'économie de son pays était en train « de se stabiliser », après avoir été frappée par des salves de sanctions occidentales à la suite du déclenchement de son opération militaire en Ukraine.

« L'inflation a ralenti, la croissance hebdomadaire des prix s'est rapprochée de la normale et sur un certain nombre de produits, les prix ont déjà commencé à baisser », a déclaré Vladimir Poutine durant une réunion du gouvernement consacrée aux questions économiques ce lundi.

Cette résilience tient, selon lui, à deux facteurs : la bonne santé du rouble, qui s'est « activement renforcé ces derniers temps » jusqu'à revenir à des niveaux d'avant-crise. Et la « demande des consommateurs », revenue à la normale après un « pic en février-mars », lorsque les Russes se sont précipités dans les magasins et sur les biens de consommation courante par crainte de pénuries ou d'une chute du rouble.

Le président russe a appelé à « garantir une normalisation progressive de la dynamique des prix » et d'éviter « une baisse spectaculaire de la demande ».

La Russie a été frappée par plusieurs salves de sanctions occidentales après son intervention militaire en Ukraine lancée le 24 février, incluant des embargos sur des exportations clés qui ont accru l'inflation - déjà haute depuis la pandémie de Covid-19.

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Perturbations à l'horizon

Si Vladimir Poutine assure que l'économie russe a tenu le choc, des économistes estiment que le pire est à venir à mesure que l'impact des sanctions sera de plus en plus visible. La semaine dernière en effet, le rapport du Fonds monétaire international (FMI) indiquait que l'inflation devrait dépasser 20% cette année en Russie et l'économie russe pâtir à l'avenir d'une baisse des exportations de l'énergie qui sont pour l'heure largement compensées par la hausse des prix énergétiques.

« En Russie, les sanctions et l'incertitude sans précédent devraient peser lourdement sur les investissements et les exportations, ainsi que déprimer les importations et la consommation privée », résument les auteurs du rapport.

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Le FMI souligne que le secteur de l'énergie, « épine dorsale » de l'économie russe, a été exclu des sanctions. Mais « certains signes indiquent que les exportations russes d'énergie sont évitées sur le marché ». Le FMI a calculé qu'environ 60 à 70% de la demande russe actuelle de pétrole et de gaz naturel pourraient disparaître au cours des prochaines années, « ce qui obligera la Russie à diversifier ses exportations vers d'autres régions ».

L'inflation devrait dépasser 20% en 2022 en Russie, selon le FMI. Les auteurs du rapport notent que les mesures prises par le gouvernement ont été efficaces pour atténuer l'impact des sanctions imposés par les pays occidentaux en représailles à l'invasion russe de l'Ukraine. « Les dépôts et le taux de change se sont presque entièrement redressés à la suite des mesures prises par la Banque de Russie pour stabiliser la confiance dans le système financier », relèvent-ils notamment.

Le FMI table sur une contraction de 8,5% du produit intérieur brut de la Russie en 2022, principalement en raison d'une baisse des volumes d'exportation combinée à une baisse de la demande intérieure.

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(Avec AFP)

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Commentaires 2
à écrit le 30/04/2022 à 10:31
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C'est le temps qui va déterminer la fin de la guerre. Économiquement, la Russie est chaque jour un peu plus à la peine. En même temps, les Américains ont besoin d'un peu de temps pour se mettre au niveau des Russes en ce qui concerne les missiles hyp...

à écrit le 30/04/2022 à 9:28
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Une guerre bizarre en train de se banaliser, presque technocratiquement, c'est sûr après les législatives ils vont nous ressortir le pass vaccinal et les gestes barrières afin qu'on discute moins de leur nullité, de leur corruption et incompétence à ...

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