Semi-conducteurs : une stratégie en forme de boomerang pour les Etats-Unis
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A trop vouloir ralentir Pékin, Washington pourrait surtout fragiliser ses propres champions.
Florence Lo
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A trop vouloir ralentir Pékin, Washington pourrait surtout fragiliser ses propres champions.
Florence Lo
Les États-Unis veulent empêcher la Chine de prendre la tête dans la course à l'intelligence artificielle (IA). Pour y parvenir, le président américain Donald Trump envisage d'aller plus loin encore que son prédécesseur, en bloquant totalement les exportations de puces américaines, même celles conçues spécifiquement pour contourner les restrictions actuelles.
La décision de la Maison Blanche vient notamment du succès de la start-up chinoise DeepSeek, qui a réussi à construire des modèles d'IA comparables à ceux d'OpenAI (ChatGPT) et des autres leaders américains, avec des composants moins sophistiqués et en moins grand nombre (dont les H20).
« Le pays va souffrir encore plus que les entreprises individuelles », prévient Jack Gold, analyste indépendant. Pour lui comme pour d'autres experts, ces nouvelles restrictions constituent en réalité une « victoire importante » pour la Chine. Privée de GPU (cartes graphiques) de dernière génération (comme les H100 ou les H20 de Nvidia), la Chine n'aura d'autre choix que d'accélérer la conception de ses propres semi-conducteurs. « Une fois qu'elle sera compétitive, elle commencera à vendre dans le monde entier. Et il sera ensuite très difficile de récupérer le marché, une fois que la chaîne d'approvisionnement aura changé », résume l'expert. « C'est un véritable gâchis. »
Le durcissement annoncé a déjà coûté cher aux groupes américains. Nvidia a prévenu qu'il allait enregistrer 5,5 milliards de dollars de charges exceptionnelles au seul titre du trimestre en cours. AMD évoque un manque à gagner de 800 millions.
Nvidia, en particulier, est au cœur de la vague de l'IA générative, avec ses cartes graphiques massivement utilisées par OpenAI, Google, Meta et les géants chinois. En 2024, le groupe a réalisé 17 milliards de dollars de chiffre d'affaires en Chine, soit 13 % de ses revenus globaux. D'où l'inquiétude croissante des investisseurs, renforcée par les récentes chutes en Bourse.
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Le président républicain mise sur un retour massif des chaînes de production aux États-Unis. Mais selon les analystes, le pari est risqué, voire illusoire. « Il faut entre 20 et 40 milliards de dollars pour construire une fonderie et cela prend 3 à 4 ans. D'ici là, on paye des surtaxes ! », ironise Jack Gold. Même l'annonce faite cette semaine par Jensen Huang - une production de puces 100 % américaine pour supercalculateurs - n'a pas suffi à rassurer. Car la réalité, c'est que les États-Unis manquent cruellement de main-d'œuvre qualifiée, selon Jacob Bourne, analyste chez Emarketer. Et la politique migratoire défendue par Donald Trump ne risque pas d'améliorer la situation.
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Autre faiblesse structurelle : la dépendance américaine aux terres rares, indispensables à la fabrication des puces. « Certes, il y a des gisements aux États-Unis », reconnaît Bourne. « Mais le pays ne dispose ni de l'expertise, ni des infrastructures pour les exploiter. » Les coûts d'extraction, alourdis par les taxes à l'importation, et les impacts environnementaux freinent les velléités de relocalisation minière.
(Avec AFP)
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