La Chine suspend les livraisons de Boeing
latribune.fr

La Chine a annoncé suspendre les livraisons du constructeur américain.
Peter Cziborra
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La Chine a annoncé suspendre les livraisons du constructeur américain.
Peter Cziborra
[Article publié le 15 mars à 10 h 59, mis à jour à 06 h 46 le 16 mars]
Boeing est la nouvelle victime collatérale du conflit commercial sino-américain. Ce mardi, le média américain Bloomberg révèle que le gouvernement de Pékin a donné l'ordre à ses compagnies aériennes de suspendre les livraisons de nouveaux avions Boeing et leurs achats de pièces détachées fabriquées aux États-Unis. La Chine a également demandé aux compagnies aériennes du pays « de stopper tout achat d'équipements et de pièces détachées pour avions auprès d'entreprises américaines ». L'annonce vient confirmer les rumeurs qui bruissaient ces derniers jours et notamment depuis que la compagnie chinoise Juneyao Airlines a repoussé la livraison d'un 787-9 Dreamliner.
La suspension annoncée aujourd'hui est la conséquence des représailles de Pékin la semaine dernière. En effet, après la hausse des tarifs douaniers décidée par Donald Trump, la Chine avait déclaré la mise en place de barrière douanière à hauteur de 125 % sur les produits américains. Ces surtaxes font plus que doubler le coût des avions et des pièces détachées fabriqués aux États-Unis et arrivant sur le sol chinois. Elles auraient donc imposé un surcoût difficilement supportable pour les compagnies aériennes chinoises qui avaient passé commande auprès de l'avionneur américain. Certains Boeing 737 Max dont la livraison était attendue d'ici peu pourraient être autorisés à entrer au cas par cas.
Selon Bloomberg, le gouvernement chinois envisage également d'aider les transporteurs qui louent des avions Boeing et doivent faire face à des coûts plus élevés.
Vers 16h45, heure de Paris, Donald Trump a interprété à sa façon la décision de Pékin, mêlant les questions agricoles et aéronautiques : « La Chine a été brutale avec nos agriculteurs, j'ai demandé à ces patriotes de tenir bon et un grand accord commercial a été conclu. J'ai récompensé nos agriculteurs en leur versant 28 milliards de dollars dans le cadre de l'accord avec la Chine. C'était une excellente transaction pour les États-Unis, jusqu'à ce que l'escroc Joe Biden n'intervienne et n'applique pas l'accord. La Chine a largement renié l'accord (bien qu'elle se soit comportée pendant l'administration Trump), n'achetant qu'une partie de ce qu'elle avait convenu d'acheter. Ils ont eu ZERO respect pour l'administration Biden véreuse, et qui peut les blâmer pour cela ? Il est intéressant de noter qu'ils viennent de revenir sur le grand accord avec Boeing, en déclarant qu'ils "ne prendront pas possession" des avions pour lesquels ils s'étaient engagés. »
À la suite de ces annonces, l'action de Boeing chutait de 2,5 % en pré-ouverture de Wall Street, tandis qu'Airbus — qui pourrait profiter de la mesure — prenait 1,2 % à Paris. L'impact est majeur pour le constructeur américain, déjà en difficulté, et dont le marché chinois représentait il y a encore peu un quart de ses exportations.
Par ailleurs, la Chine devrait représenter jusqu'à 20 % du marché mondial au cours des deux prochaines décennies. Selon les statistiques américaines, les exportations d'avions commerciaux ont atteint 4,23 milliards en août mais seulement 2,56 milliards en septembre, 2,34 milliards en octobre et 1,76 milliard en novembre.
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Le carnet de commandes de Boeing contenait à fin mars, d'après son site, 130 avions achetés par des clients chinois (compagnies aériennes et sociétés de leasing). Mais certains clients préférant rester non identifiés, ce pourrait être davantage. D'après les analystes de Bank of America, Boeing doit livrer 29 avions en 2025 à des entreprises chinoises identifiées, mais une « large » partie des clients non identifiés ayant acheté 668 avions seraient en réalité chinois.
Ainsi parmi les commandes officielles, China Southern Airlines est dans l'attente de 37 Boeing 737 MAX ainsi que 2 787-9. China Eastern Airlines attend 7 modèles 737 MAX 8 et 6 modèles 787-9. Enfin, Air China est dans l'attente de 4 MAX 8. En mars dernier, Development Bank Financial Leasing, la division aéronautique de cette banque chinoise, a annoncé qu'elle allait acheter 50 737 MAX 8, soit la plus grosse commande de Boeing par la Chine depuis 10 ans.
La grande gagnante de cette suspension pourrait être la Comac (Commercial Aircraft Corporation of China), l'équivalent de Boeing ou Airbus en Chine et dont le PDG accompagne actuellement Xi Jinping dans sa tournée en Asie du Sud-Est. L'an dernier, la Comac continuait de prendre des parts de marché. Son modèle phare, le C919 — équivalent du 737 Max — représentait l'an dernier 25 % des ventes d'avion à travers le monde.
Cependant, selon Bank of America, le concurrent européen Airbus ne peut se substituer à Boeing ne serait-ce que parce que son carnet de commandes affiche complet jusqu'à la fin de la décennie et le chinois Comac « est très dépendant de fournisseurs américains ».
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Enfin, la Chine n'est peut-être pas la seule menace pour Boeing et Washington. Michael O'Leary, patron de Ryanair, première compagnie aérienne d'Europe en nombre de passagers, a également envisagé mardi de repousser la réception de 25 Boeing attendus à partir d'août si leur prix augmentait à cause des droits de douane. Ce très gros client a notamment passé commande en mai 2023 pour 300 737 MAX 10, pour un prix catalogue « évalué à plus de 40 milliards de dollars ».
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