Starmer : comment atténuer les effets du Brexit sans braquer les eurosceptiques ?
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Le Premier ministre britannique, Keir Starmer.
Stephanie Lecocq
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Le Premier ministre britannique, Keir Starmer.
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À l'approche d'un sommet crucial avec l'Union européenne, le Premier ministre britannique Keir Starmer se trouve face à un défi de taille : renforcer les liens avec les 27 tout en évitant de donner des munitions à l'extrême droite eurosceptique et anti-immigration. Un exercice d'équilibriste délicat, tant sur le plan intérieur qu'international.
Le chef du gouvernement accueille lundi prochain à Londres la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa, pour un sommet inédit. L'objectif : amorcer un rapprochement entre le Royaume-Uni et l'UE, en rupture avec l'accord négocié par les conservateurs lors du Brexit. Keir Starmer, qui a récemment affiché son « ambition » de renouer des liens plus étroits avec Bruxelles, doit cependant composer avec deux menaces. D'une part, le parti anti-immigration Reform UK, dirigé par Nigel Farage, critique toute remise en question de la sortie de l'UE. D'autre part, il doit ménager le président américain Donald Trump, avec qui il espère conclure un accord de libre-échange, et qui affiche une hostilité manifeste envers l'Union européenne.
« Il marche sur deux cordes raides simultanément », résume Richard Whitman, professeur à l'Université du Kent et spécialiste des relations entre l'UE et le Royaume-Uni. « Starmer doit trouver un équilibre à la fois au plan international et sur cet enjeu de politique intérieure, et c'est ce qui rend la tâche si délicate ». Le parti anti-immigration Reform UK, héritier du Parti du Brexit, a gagné du terrain ces derniers mois, capitalisant sur les inquiétudes des Britanniques concernant l'immigration dans un contexte économique difficile. Les résultats des récentes élections locales en Angleterre, avec plus de 670 sièges remportés, deux postes de maires et un siège de député, témoignent de cette montée en puissance.
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Keir Starmer espère qu'un rapprochement avec l'UE stimulera la croissance, une de ses priorités. Mais conscient de la sensibilité politique autour du Brexit, il a promis de respecter le résultat du référendum de 2016, excluant tout retour dans le marché unique ou l'union douanière, ainsi que le rétablissement de la liberté de circulation. Il s'est longtemps montré réticent à la proposition européenne d'un programme de mobilité pour les jeunes Européens et Britanniques, même s'il a récemment laissé entendre que le gouvernement était plus ouvert au principe.
Une annonce majeure sur ce volet semble peu probable ce lundi, alors que Keir Starmer vient de dévoiler des mesures visant à réduire « significativement » l'immigration. « Annoncer un tel programme serait un peu périlleux politiquement », confirme Richard Whitman. En revanche, le sommet pourrait aboutir à la signature d'un accord de défense, sujet plus fédérateur en pleine guerre en Ukraine.
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S'il est sous pression de la droite, Keir Starmer doit également faire face aux revendications de certains membres de sa majorité qui prônent un rapprochement plus marqué avec l'UE. « Nous ne devons pas laisser le Brexit nous empêcher de défendre notre intérêt national », affirme la députée Stella Creasy, à la tête du groupe Labour Movement for Europe. « Il faut dépasser les désaccords et lignes rouges pour chercher à réduire la paperasserie et les lourdeurs administratives auxquelles nous sommes confrontés » depuis le Brexit.
Selon un sondage réalisé pour le groupe de réflexion Best for Britain le mois dernier, 53 % des électeurs au Royaume-Uni pensent qu'une relation plus étroite avec l'UE serait positive pour l'économie britannique. Au sein de l'échiquier politique, le parti Libéral démocrate et les Verts plaident également pour un retour dans le marché unique.
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« Le Labour a minimisé le risque de perdre des voix sur sa gauche », estime Anand Menon, directeur du groupe de réflexion UK in a Changing Europe. Selon lui, Keir Starmer, qui avait voté contre la sortie de l'UE en 2016, peut se permettre d'être plus audacieux et moins « sur la défensive », grâce à sa très confortable majorité, là où Reform UK n'a que cinq députés.
(Avec AFP)
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