En Somalie et au Tadjikistan, le père Noël est persona non grata

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Le gouvernement somalien a interdit, mardi 23 décembre, les célébrations de Noël et du Nouvel An dans le pays à majorité musulmane, expliquant qu’elles pourraient susciter des attaques des islamistes chabab.
Le gouvernement somalien a interdit, mardi 23 décembre, les célébrations de Noël et du Nouvel An dans le pays à majorité musulmane, expliquant qu’elles pourraient susciter des attaques des islamistes chabab. (Crédits : Reuters Stefan Wermuth)
En raison de possibles attaques terroristes du groupe islamiste des Chabab, le gouvernement somalien a interdit les célébrations de Noël et du Nouvel an. Au Tadjikistan, pays musulman mais laïc d'Asie centrale, elles sont également bannies.

"Noël ne sera pas célébré en Somalie pour deux raisons : tous les Somaliens sont musulmans et il n'y a pas de communauté chrétienne ici. L'autre raison est la sécurité", explique un porte-parole du maire de Mogadiscio à l'agence de presse Reuters.

Le 23 décembre, le gouvernement somalien a interdit les célébrations de Noël et Nouvel an en raison des risques d'attaques terroristes.

Un courrier du ministère des Affaires religieuses demandant "d'empêcher les célébrations de Noël" a également été adressé à la police, au service de renseignements pour la sécurité nationale, et aux responsables de la capitale Mogadiscio.

L'argument sécuritaire en Somalie

S'il est vrai que les musulmans représentent une écrasante majorité de la population (environ 99%), affirmer que tous les Somaliens sont musulmans est faux. Il existe en effet une minorité chrétienne en Somalie, principalement représentée par l'Eglise éthiopienne orthodoxe. Elle est toutefois menacée.

Le rapport 2015 de l'ONG chrétienne "Portes ouvertes" note que la Somalie est le deuxième pays, sur 50, où le fait d'être chrétien est le plus dangereux. L'extrémisme islamiste est le principal mécanisme de persécution. "C'est le cas dans 40 des 50 pays de l'index, que ce soit une persécution violente ou d'oppression", note l'ONG. En Somalie, ce sont les Chabab qui font régner la terreur. Ils veulent instaurer la charia, et éradiquer toute présence chrétienne.

Le pays accueille 22.000 hommes de la Mission de l'Union africaine pour aider l'armée somalienne à combattre ce groupe islamiste. Né en 2006 en Somalie, il a contrôlé les deux tiers du territoire entre 2008 et 2011 (dont la capitale), et garde encore la main sur le sud du pays. Ces terroristes mènent régulièrement des attaques sanglantes, comme en février 2015 dans un hôtel de Mogadiscio.

 >>>LIRE AUSSI : la persécution des chrétiens dans le monde, rapport 2015, Portes ouvertes

Chrétiens visés par les extrémistes

Au Kenya, ils sont notamment responsables du massacre du campus de Garissa du 2 avril 2015 où 148 personnes ont été tuées. Plusieurs témoignages ont rapporté que les Chabab avaient effectué un tri entre les étudiants musulmans et chrétiens. Ces derniers ont ensuite été éliminés. Cette milice est aussi responsable du massacre du centre commercial de Nairobi du 21 septembre 2013.

Les soldats de l'Union africaine, originaires du Burundi, de l'Ouganda, d'Ethiopie ou encore du Kenya (un pays majoritairement chrétien avec 82% de la population) sont aussi la cible des Chabab. Le 25 décembre 2014, c'est le quartier général de l'Union africaine, à Mogadiscio, qui a été visé. L'argument sécuritaire, avancé par les autorités pour interdire les festivités autour de Noël, n'est donc pas sans fondement.

 Pas d'arbre de Noël ni de cadeaux dans les écoles au Tajikistan

En Asie centrale, c'est le Tajikistan - pays majoritairement musulman mais laïc - qui durcit le ton en interdisant les célébrations des fêtes de Noël et du Nouvel an. En 2013, le gouvernement avait déjà pris la décision de bannir des écrans de télévision la version russe du père Noël, "Father Frost".

>>>LIRE AUSSI : Tadjikistan, une campagne maladroite pour la laïcité

Cette fois, un décret du ministère de l'Education a interdit l'installation d'un arbre de Noël dans les écoles et universités - qu'ils soient naturels ou artificiels, précisent les autorités. La distribution de cadeaux est également bannie. Le gouvernement cherche-t-il à éviter des dérapages communautaires ?

Tensions communautaires

Le 31 décembre 2011, un jeune homme de  24 ans déguisé en père Noël  avait été poignardé par un groupe d'individus dans la capitale. Si la police assure que les assaillants étaient ivres, la famille de la victime évoque plutôt des motivations religieuses. Des témoins ont assuré que le jeune homme avait été qualifié d'"infidèle"avant d'être tué.

Le rapport de l'ONG Portes ouvertes - qui dresse un classement sur les pays où le fait d'être chrétien représente une menace grave - rapporte d'ailleurs que le Tajikistan se classe 45è sur 50.

Privations de libertés

Le gouvernement a également interdit toute célébration du Nouvel an à l'instar des "feux d'artifices" ou des "repas de fête". Il y a quelques années, Saidmukarram Abdulkodirzoda, à la tête de la plus haute autorité religieuse du pays (Ulems), avait assuré que le nouvel an était "étranger au peuple et à la religion" tadjik. Pourtant, le 1er janvier est toujours férié dans le pays... et s'accompagne d'une allocution télévisée du président.

Noël et le jour de l'an ne sont pas les seules fêtes proscrites par le gouvernement tadjik, le pays applique également des règles très strictes pour les grandes occasions. Ainsi, à Douchanbé, en août, un homme a écopé d'une amende de près de 400 dollars. Le motif ?

Le jeune homme a partagé sur Facebook les photos de sa soirée d'anniversaire dans un pub irlandais de la capitale. Mais, en vertu de l'article 8 relatif aux coutumes et traditions de la République d'Asie centrale, les célébrations d'anniversaires sont proscrites, sauf dans l'intimité du cercle familial.

Mieux vaut ne pas être trop démonstratif, et pas trop extravagant. Des cas d'arrestations ont également été rapportés le soir d'Halloween en 2013 et 2014. Dracula et consorts n'étaient pas les bienvenus, semble-t-il.

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Commentaires
a écrit le 25/12/2015 à 14:49 :
François Baroin président de l'association des maires de France est contre l'exposition des crèches dans nos mairies.
Mr Baroin place ainsi la France en troisième position, juste derrière la Somalie et le Tadjikistan. Je crois savoir qu'il rendra hommage en 2016, en remplaçant les crèches par un portrait de Jules FERRY père de la laïcité.
a écrit le 24/12/2015 à 15:38 :
Si on arrive pas à se débarrasser du PS en France, il y a des chances que Noël disparaisse aussi :-) Bon, je sais, il leur faut faire le plein d'électeurs et qui, si ce ne sont les immigrés, va continuer à voter pour eux ???

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