Trump plombe la fête nationale suisse : surtaxe de 39 % pour le pays d’Heidi

La Suisse voit rouge car elle récolte une surtaxe douanière de 39 %.
Dado Ruvic

La Suisse voit rouge car elle récolte une surtaxe douanière de 39 %.
Dado Ruvic
Gueule de bois en Helvétie. En ce jour de fête nationale, la Suisse s'est vu offrir un « cadeau » amer venu tout droit des États-Unis. Dans la nuit, Donald Trump a signé un décret infligeant à la Confédération suisse une surtaxe douanière de 39 % effective dès le 7 août, dépassant largement les 31 % annoncés en avril.
Le petit État alpin, pourtant habitué à jouer dans la cour des grands, s'est incliné face aux États-Unis, incapable de conclure un accord. La Confédération se retrouve avec le 5e taux douanier le plus lourd au monde, derrière des pays comme le Brésil (50 %), la Syrie (41 %), le Laos et la Birmanie (40 %). Un coup dur pour le pays helvète, surtout quand sa voisine, l'Union européenne, a décroché en début de semaine une surtaxe bien plus clémente, plafonnée à 15 %.
À Berne, l'échec des négociations avec Washington laisse un goût amer. Les critiques fusent contre une diplomatie suisse jugée trop sûre d'elle et manifestement mal préparée à affronter la brutalité du nouveau rapport de force imposé par le président Trump.
Donald Trump a frappé dans la nuit de jeudi à vendredi en dévoilant une liste détaillant les nouveaux droits de douane pour les pays n'ayant pas encore conclu d'accord avec les États-Unis. Quelques heures plus tôt, la présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter, avait annoncé sur X l'échec de son « dernier entretien » avec Trump, juste avant l'expiration du délai de négociation. Le président américain aurait clairement mis en avant le déficit commercial important des États-Unis vis-à-vis de la Suisse pour justifier sa décision.

Pour René Schwok, professeur à l'université de Genève et spécialiste des relations de l'Europe avec la Suisse, c'est un échec patent des négociations : « La présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter, a été directement impliquée dans les discussions. Elle a eu des échanges téléphoniques directs avec Trump et ne cachait pas sa confiance dans la qualité de leur relation, mais cela n'a manifestement pas convaincu le président américain. »
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Le professeur de l'université de Genève dresse un constat lucide : la Suisse se trouve dans une position bien plus délicate que l'Union européenne pour décrocher un accord, ce qui explique la difficulté particulière des négociations - et ce, pour trois raisons.
Ce matin, les experts du Centre de recherches conjoncturelles KOF (en allemand Konjunkturforschungsstelle), affilié à l'École polytechnique fédérale de Zurich, ont mis en garde contre les retombées sévères que pourraient entraîner les nouvelles surtaxes américaines de 39 % sur l'économie suisse.
Si ce taux entre en vigueur le 7 août, les effets sur le PIB suisse pourraient osciller entre 0,3 % et 0,6 %. Dans un scénario catastrophe, le recul du PIB suisse pourrait même atteindre 1 %, faisant planer la menace d'une récession. L'institut estime que cette surtaxe « coûtera en moyenne 300 francs par habitant ».
Les conséquences pour l'économie suisse sont déjà visibles : en mai, alors que le taux plancher des droits de douane était de 10 %, les exportations suisses vers l'Amérique du Nord ont chuté de 39,6 %, soit une perte de 2,3 milliards de francs. D'après l'Office fédéral de la douane suisse, il s'agit du niveau d'exportations le plus bas enregistré depuis la fin 2020.
Les États-Unis sont un partenaire économique de premier plan pour la Suisse, à qui elle vend principalement des médicaments, mais aussi des montres, des machines, du fromage et du chocolat. En 2024, le marché américain a représenté 18,6 % des exportations suisses de marchandises.
Selon l'institut KOF, la première victime de cette guerre commerciale sera l'industrie horlogère helvétique. Les États-Unis constituent son principal marché, absorbant 16,8 % des exportations suisses en 2024. Déjà fragilisé par la chute de la demande chinoise, le secteur devra encaisser cette surtaxe de 39 %, trop élevée pour être supportée même pour les fabricants de montres de luxe.
« Dans ces branches, un nombre important de sociétés n'ayant pas une part de marché importante devront massivement réduire leurs exportations aux États-Unis, voire [...] quitter le marché américain », alerte le KOF.
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Les retombées sur l'industrie pharmaceutique restent, elles, encore incertaines. Le gouvernement suisse et les acteurs du secteur s'activent actuellement en coulisse pour tenter de limiter les dégâts. Tout pourrait dépendre de la réponse de ces laboratoires helvètes aux pressions américaines visant à faire baisser les prix des médicaments.