C'est une nouvelle étape dans le cadenassage de la Tunisie. Hier, la commission électorale devait publier la liste préliminaire des candidats à l'élection présidentielle du 6 octobre. Nul besoin d'y jeter un œil, car chacun sait, au pays du jasmin, que le scrutin sera favorable au président, Kaïs Saïed, qui brigue un second mandat. Le dirigeant de 66 ans a tout fait pour qu'il en soit ainsi. Le Palais de Carthage a usé de multiples manœuvres pour empêcher tous les adversaires crédibles du chef de l'État de se présenter. Lundi, la patronne du Parti destourien libre, Abir Moussi, a été condamnée à deux ans de prison pour des « insultes envers l'Instance supérieure » indépendante pour les élections. « Cette campagne ressemble plus à une campagne de répression qu'à une campagne électorale », résume Vincent Geisser, directeur de l'Institut de recherches et d'études sur les mondes arabe et musulman au CNRS.
Au total, près d'une dizaine de prétendants potentiels ont été empêchés de déposer leur candidature ou ont jeté l'éponge. L'élection à sens unique qui s'annonce est une nouvelle illustration de la dérive autocratique de l'ancien professeur de droit, démocratiquement élu en 2019. « À l'époque, il avait un discours anti-élites qui plaisait au plus grand nombre, analyse Vincent Geisser. Il a alors su convaincre la classe moyenne, les déçus de la politique de Ben Ali, mais aussi ceux qui avaient beaucoup attendu de la période démocratique qui s'était ouverte après la révolution de 2011. »