La Russie a dit aborder dans un état d'esprit « combatif et constructif » une série de négociations sur le dossier ukrainien, prévues à partir de ce dimanche soir avec les Américains en Arabie saoudite avant que le Kremlin précise que ce n'est qu'un « début ».
[Article publié le 23 mars 2025 à 13h00, mis à jour à 17h00]
Un round de négociations a débuté en Arabie saoudite. Des délégations ukrainienne et américaine se sont retrouvés dimanche soir à Ryad.
«Nous avons commencé la réunion avec l'équipe américaine à Ryad», a écrit sur Facebook Roustem Oumerov ministre ukrainien de la Défense, à la tête de la délégation venue de Kiev.«L'ordre du jour comprend des propositions visant à protéger les installations énergétiques et critiques.» a-t-il précisé.
Puis, lundi, sont prévues des discussions concomitantes entre Ukrainiens et Américains d'un côté, et Russes et Américains de l'autre. Il s'agira pour ces acteurs de tenter de s'accorder sur une trêve.
S'attendant à des « négociations difficiles », « nous n'en sommes qu'au début », le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a précisé à la télévision russe que le « sujet principal de discussion » lundi serait la reprise de l'accord céréalier en mer Noire, qui était en vigueur entre l'été 2022 et 2023, permettant à l'Ukraine d'exporter ses céréales, vitales pour l'alimentation mondiale. Le porte-parole du président russe Vladimir Poutine n'a pas parlé, dans cet entretien, de la demande de cessez-le-feu complet validée par Kiev et poussée par Donald Trump. Il n'a pas non plus évoqué un accord limité sur une cessation des hostilités visant les infrastructures énergétiques des deux belligérants, comme convenu entre Valadimir Poutine et le président américain plus tôt cette semaine.
Les Européens marginalisés
Afin de pousser à une trêve élargie, Kiev a choisi d'envoyer son ministre de la Défense, Roustem Oumerov, selon ce responsable, qui a précisé que l'Ukraine était toujours « prête » à un cessez-le-feu « général ». De son côté, Moscou affirme ne s'être entendu à ce stade avec les États-Unis que sur une pause concernant les infrastructures énergétiques, bien en deçà de la suspension générale de 30 jours des hostilités poussée par Donald Trump.
Samedi, l'émissaire américain Steve Witkoff a fait l'éloge de Vladimir Poutine dans un podcast : « Je ne (le) considère pas comme un mauvais type », a-t-il assuré à propos du président russe, qui a ordonné à son armée, en 2022, d'attaquer l'Ukraine. Il a dit sur Foxnews s'attendre à de « vrais progrès » dans les discussions lundi. « Il y a des griefs des deux côtés, mais notre boulot, sous la direction -- j'insiste -- du président (Trump), est de réduire les problèmes, réunir les parties, et mettre fin au massacre ».
Interrogé sur comment savoir que le président russe n'avancera pas plus loin que l'Ukraine si des concessions lui étaient accordées, l'émissaire américain a répondu : « Je ne le vois tout simplement pas vouloir s'emparer de toute l'Europe. C'est une situation bien différente de celle lors de la Seconde Guerre mondiale. » Il a jugé le président ukrainien Volodymyr Zelensky - contre qui Donald Trump s'était emporté lors d'une récente rencontre à la Maison Blanche - « dans une situation très, très difficile » : « C'est le meilleur moment pour lui de conclure un accord ».
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Parmi les sujets à aborder, nul doute que les Russes voudront imposer les « nuances » dont a parlé Vladimir Poutine concernant la mise en place d'un moratoire et son contrôle, le chef de l'État russe disant craindre que l'Ukraine n'utilise une telle trêve pour recruter des soldats supplémentaires et recevoir de nouvelles armes occidentales. Côté ukrainien, on explique que ces pourparlers en Arabie saoudite devraient se concentrer sur les aspects « techniques » d'un arrêt provisoire partiel des combats : « quels sites », « comment contrôler ce cessez-le-feu, quelles armes ? »
En attendant, les Européens sont marginalisés dans ces discussions, malgré l'envie affichée, notamment par le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron, de faire entendre la voix du Vieux Continent. Un sommet est prévu jeudi à Paris, en présence de Volodymyr Zelensky et des alliés de Kiev.
En parallèle des discussions diplomatiques, la Russie continue d'attaquer son voisin ukrainien, tandis que l'armée de Kiev tente en réponse de frapper le territoire russe pour perturber la logistique des forces de Moscou. La nuit de samedi à dimanche a encore été marquée par une attaque de drones russes sur Kiev, qualifiée de « massive » par le maire Vitali Klitschko. Elle a provoqué des dégâts dans au moins cinq quartiers de la capitale, ainsi que dans plusieurs localités de sa périphérie. Deux personnes ont été tuées dans deux endroits distincts de Kiev, selon les services de secours. L'armée russe a indiqué de son côté avoir intercepté 59 drones ukrainiens au cours de la nuit dans plusieurs régions russes et en Crimée, péninsule ukrainienne annexée en 2014. L'armée ukrainienne a par ailleurs anoncé avoir repris un petit village dans la région orientale de Lougansk, un succès rare sur le terrain pour les forces de Kiev dans cette zone presqu'entièrement contrôlée par la Russie.