Vers une relocalisation : l’industrie face au défi Trump

Le nouveau protectionnisme économique américain, impulsé par Donald Trump en seulement deux mois et demi de pouvoir, n’en finit pas d’inquiéter le monde industriel.
LTD/Benoit Tessier/REUTERS

Le nouveau protectionnisme économique américain, impulsé par Donald Trump en seulement deux mois et demi de pouvoir, n’en finit pas d’inquiéter le monde industriel.
LTD/Benoit Tessier/REUTERS
Le nouveau protectionnisme économique américain, impulsé par Donald Trump en seulement deux mois et demi de pouvoir, n'en finit pas d'inquiéter le monde industriel. Mais selon une étude de l'institut de recherche du cabinet de conseil Capgemini, menée auprès de 1 400 hauts cadres du secteur, européens, américains et britanniques, une forme de riposte est en train de se mettre en place.
Les deux tiers des industriels européens envisagent des stratégies de réindustrialisation, soulignant une tendance significative vers un bouleversement de la géographie des usines.
➡️ « La production mondiale évolue d'une délocalisation axée sur les coûts, vers une focalisation sur la résilience et l'autonomie locale et régionale », conclut l'étude. En d'autres termes, la nouvelle politique commerciale agressive américaine, ainsi que les incertitudes géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien, tensions entre la Chine et Taïwan), pourraient accélérer le mouvement de réindustrialisation. Celle-ci est même perçue comme « une réponse stratégique » à la nouvelle donne économique imposée par l'administration Trump II.
➡️ Réindustrialiser permet de répondre à ce défi concret : « minimiser les risques de disruption de leurs chaînes d'approvisionnement ». Et ce, c'est important de le souligner, même si cela leur coûte plus cher, souligne Capgemini.
➡️ Si toutes les industries sont concernées, Capgemini indique que les industries des batteries et du stockage de l'énergie, de l'automobile et des télécommunications, sont particulièrement volontaires dans ce mouvement.
➡️ Principale donnée de l'étude : 60 % des dirigeants interrogés sont « déterminés à poursuivre leurs efforts » de réindustrialisation. Soit deux tiers du panel interrogés.
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➡️ Ces trois prochaines années, les intentions d'investissements des industriels européens, américains et britanniques sondés atteignent 4 700 milliards d'euros, contre 3 400 milliards l'an dernier. Ceci étant dit, Capgemini rappelle que 77 % des cadres sondés ont gelé ces investissements car ils attendent encore de clarifier les effets des taxes douanières de Donald Trump.
➡️ Plus de huit dirigeants sur dix (82 %) indiquent qu'ils prévoient de réduire leur dépendance à leur chaîne d'approvisionnement de Chine. « Une augmentation significative par rapport à 58 % en 2024 », souligne l'enquête de Capgemini. Et d'ajouter : « Les organisations interrogées ciblent à la place, comme destinations privilégiées, l'Amérique du Nord, le Royaume-Uni, le Mexique, le Vietnam, l'Inde et l'Afrique du Nord. »
➡️ 62 % des industriels s'attendent à une augmentation des coûts d'investissement au cours des trois prochaines années, liés à cette réindustrialisation. « Mais la moitié d'entre eux prévoient une réduction des coûts logistiques et des chaînes d'approvisionnement pendant la même période grâce à une plus grande proximité avec leurs marchés », précise l'étude.
📍 « Friendshoring »
➡️ Pour pouvoir accélérer cette réindustrialisation, trois quarts des cadres industriels interrogés estiment que « le recours au "friendshoring" est sur le point de devenir la stratégie privilégiée », souligne l'enquête du cabinet de conseil. Le « friendshoring » devrait même représenter 41 % de la capacité de production totale au cours des trois prochaines années, contre 37 % en 2024.
➡️ En quoi consiste ce processus ? Il s'agit d'une pratique commerciale selon laquelle la chaîne d'approvisionnement se concentre sur des pays considérés comme des alliés politiques et économiques. Le but est évident pour les entreprises : réduire au maximum l'exposition au risque.
➡️ D'après l'enquête, les nouveaux pays dans lesquels les industriels tablent pour installer leurs outils de production sont situés en Asie du Sud-Est : Vietnam, Thaïlande, Inde notamment. Des États considérés comme « fiables, à coûts modérés et dotés d'une main-d'œuvre qualifiée disponible », indique l'étude.
Celle-ci note aussi que face à la politique commerciale de Trump, les industriels du Canada et d'Europe devraient multiplier leurs coopérations industrielles et investir pour renforcer les capacités industrielles. Par exemple, dans le cadre de cette coopération Canada-Europe, les industriels peuvent envisager des investissements communs dans des sites industriels.
📍« Nearshoring »
➡️ D'après cette enquête, plus de la moitié des groupes industriels ont investi dans le « nearshoring » ou la relocalisation (« reshoring ») de leur production au cours de l'année écoulée. À noter aussi : 35 % prévoient d'augmenter leurs investissements dans le « nearshoring » cette année.
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➡️ En quoi consiste ce processus ? L'idée est de rapprocher l'outil industriel du siège social, ou de réinvestir de l'argent dans un site proche géographiquement, afin de le faire monter en cadence. Avantages : sécuriser la chaîne d'approvisionnement et à terme, réduire les coûts de logistique. Par exemple, le géant britannique de la pharmacie AstraZeneca a prévu de consacrer 135 millions de dollars supplémentaires à son site situé en Suède.