Vladimir Poutine : "L'Union européenne a complètement perdu sa souveraineté"

Son discours, sur la scène du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, était particulièrement attendu par le monde économique russe, plongé dans une économie de guerre depuis le début des bombardements par l'armée russe en Ukraine. Mais pour le chef du Kremlin, malgré les sanctions qui sont "une épée à double tranchant", la Russie sera "toujours plus forte", face à une Europe en plein déclin.
Jeanne Dussueil
Vladimir Poutine au Forum économique international de Saint-Pétersbourg en juin 2022.
Vladimir Poutine au Forum économique international de Saint-Pétersbourg en juin 2022. (Crédits : REUTERS/Maxim Shemetov)

Il était, avant la crise Covid, l'événement "international" de l'ouverture sur le monde de la Russie post soviétique. Le Forum économique, - et moins international -, de Saint-Pétersbourg (SPIEF), édition 2022, a donné l'occasion à Vladimir Poutine de tresser les lauriers au monde russe, lors d'un discours économique très attendu, quatre mois après le déclenchement de la guerre en Ukraine qui a fait basculer la Russie au rang des pays parias. Cette année encore, le chef du Kremlin est intervenu vendredi après-midi, au coeur de cet événement qui réunissait jadis l'élite mondiale de la politique et du business, à l'image d'Emmanuel Macron et de Christine Lagarde en 2018, dans la seconde ville du pays.

Quatre mois après les première sanctions occidentales contre Moscou, le discours du président Poutine devait montrer comment un pays - dont le PIB plafonne au 13ème rang du classement mondial, équivalent à celui de l'Espagne - adopte peu à peu une économie de guerre, tournant définitivement le dos à la mondialisation optimiste voulu sous le leadership des Etats-Unis.

Pendant une heure, au pupitre, tandis que son hôte, le président kazakh Kassim-Jomar Tokaïev patiente, Vladimir Poutine a livré sa vision du monde. "J'avais dit au Forum de Davos que le monde unipolaire était fini", a-t-il rappelé, après avoir été introduit par Maragarita Simonian, la patronne du média international d'Etat RT (Russia Today), dont les filiales européennes ont été interdites de diffusion dans les pays de l'Union européenne suite à l'entrée de l'armée russe en Ukraine. "Merci de nous faire l'honneur de venir, comme chaque année", a-t-elle entamé face à un auditoire composé des grands chefs d'entreprise russes, mais "sans présence de personnalités des pays inamicaux", avait prévenu un conseiller diplomatique du Kremlin.

"Les élites occidentales ont cru que la domination de l'ouest serait constante. Mais rien n'est éternel", a lancé le chef du Kremlin à la tête du pays depuis 1999.

"Ils pensent que les pays du reste du monde ne sont que des périphéries, des arrière-cours", a-t-il encore dénoncé.

Les Etats-Unis, coupables de la flambée des prix

De fait, comme l'a affirmé le président Poutine, la crise économique qui frappe le monde, a été causée par les Etats-Unis et ses alliés."Nous n'avons rien à voir avec la hausse des prix", a lancé le chef du Kremlin tout en pointant, aussi, les risques de famines en raison de cette politique américaine et des "erreurs systémiques" de l'Occident.

"A la sortie de la guerre froide, les Etats-Unis vainqueurs se sont arrogés le rôle de bienfaiteurs, mais sans devoirs", a lâché l'ex-agent du KGB qui dirige aujourd'hui le plus grand pays du monde. Selon le chef du Kremlin, l'inflation que traversent actuellement les économies développées n'est pas liée aux "opérations spéciales" menées par la Russie dans le Donbass, et aux perturbations sur les marchés de l'énergie. "Ils ont imprimé de l'argent", martèle Vladimir Poutine, qui ne prononcera jamais le mot "Ukraine", mais une seule fois "les gens à Kiev" et "les génocides, les nazis et la russophobie" dans le Donbass.

"Pendant longtemps, ils (les Etats-Unis) ont été un exemple en matière d'agriculture et d'exportations de nourriture. Mais maintenant ils impriment des billets (...) Il y a un déséquilibre mondial entre les importations et les exportations", a encore résumé le leader russe.

Les États-Unis et les pays européens font face à une inflation galopante qui atteint jusqu'à 11% au Royaume-Uni, tirée notamment par la hausse des prix du carburant. La Russie n'est pas en reste, avec une augmentation des prix de 16,7% sur un an.

La chute de l'Europe

La promesse d'une Russie "plus forte" va aussi de paire avec la chute de l'Europe, observée par Vladimir Poutine. "Le niveau de vie des Européens chute, leur niveau de compétitivité recule", a-t-il affirmé tout en prédisant l'accélération du"ralentissement de l'Europe" qu'il qualifie de "bureaucratique".

"L'Union européenne a complètement perdu sa souveraineté", a-t-il proféré.

Un déclassement qui se manifeste d'ailleurs dans la vie démocratique des Européens : "Les partis traditionnels n'ont plus les mêmes chances de succès (...) les mouvements extrêmes demandant un changement des élites ne vont cesser de croître", a-t-il lancé.

L'Union européenne est prise en étau entre la volonté de sanctionner Moscou pour son acte d'agression et la flambée des prix, une bombe sociale à retardement. "Les sanctions sont une épée à double tranchant", a expliqué le dirigeant russe.

Rassurer les patrons russes

Mais Vladimir Poutine se devait aussi de rassurer sur la capacité de l'Etat à surmonter le régime de sanctions et son isolement du reste du monde. "Ils essayent de détruire l'économie russe", a accusé le président qui aime à rappeler les "2.000 ans d'histoire de la Russie" et dont les accents patriotiques sont applaudis par la salle.

"L'économie a été stabilisée, les comptes publics sont stables", a-t-il assuré.

Et d'ajouter : "Evidemment, l'inflation est importante mais nous devrons l'affronter et nous réussirons à la surmonter (...) Nous allons booster la production, les chaînes d'approvisionnement, les taux des crédits", a-t-il promis. "Les taux d'intérêt baissent, nous pouvons le faire". Et de rappeler : "cela nous a permis de préserver les réserves de nos banques"

Sous le régime des sanctions internationales depuis 2014 et l'invasion de la Crimée, la Russie a encore accéléré sur ses mesures protectionnistes visant à rendre le pays autonome. Face aux dirigeants d'entreprise, il a assuré que ces mesures de soutien seraient effectives "jusqu'à la fin de l'année".

"La Russie est capable de maintenir ses exportations. Nous priorisons vers les pays qui ont besoin de cette nourriture et des engrais, notamment vers les pays africains", a-t-il justifié en réponse à la crise alimentaire.

Lire aussi 5 mnCrise alimentaire : face à Poutine, l'Afrique affirme être « victime » du conflit en Ukraine

La Chine en observatrice

Dans une Russie bientôt au firmament, Vladimir Poutine promet aussi "de nouveaux modèles d'échanges commerciaux". Ce que les deux interventions des présidents chinois Xi Jinping et égyptien Al-Sissi, devaient illustrer comme invités internationaux, avec la diffusion de deux enregistrements vidéos réalisés pour cette 25ème édition du SPIEF.

Tout en souhaitant la paix dans le monde, le président égyptien a surtout appelé à "réduire les conséquences de la crise économique".

De son côté, le président chinois n'a pas réchauffé davantage les nouveaux liens avec son grand voisin. Le leader de la première économie mondiale a évoqué "le bon momentum pour les relations entre la Chine et la Russie, à un carrefour". Et de saluer "la coopération bilatérale" entre les deux pays, "le renforcement des partenariats Nord-sud et sud-sud". La Chine, qui doit jouer un rôle clé dans le soutien de l'économie de guerre de la Russie, souhaite toujours "progresser dans la mondialisation, les règles internationales et les sanctions unilatérales pour stabiliser les chaînes d'approvisionnement". Le voisin chinois, un allié sage et distant, décrivant "une nouvelle phase de transformations et de déstabilisations" du monde.

Lire aussi 6 mnA Saint-Pétersbourg, la Russie place la Chine au coeur de son système d'alliances économiques

Jeanne Dussueil

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 21
à écrit le 20/06/2022 à 19:55
Signaler
Bonjour, Ils est claire que cette guerre devrait durer un temps certain.... Mais , comme l'Europe est incapable de prendre en compte a sont niveau la défense de notre union, cela nous laisse le temps de se bien comprendre que nous si sommes gouvern...

le 22/06/2022 à 5:18
Signaler
Pourtant, en matière de souveraineté il suffit d'alimenter un fonds d'aide à l'Ukraine d'un montant de 20 euros par mois et par habitant soit pour une coalition comprenant les Vingt-Sept plus GB et NORVEGE d'au moins de 500 000 000 h il en résulte...

à écrit le 19/06/2022 à 15:11
Signaler
Les pseudo-analyses de Poutine et de ses laquais n'ont évidemment aucun intérêt pour nous. Ce sont des propos de propagande à destination des russes et, éventuellement, de ceux qui voudraient continuer à faire copain-coquin avec eux. Cependant, si c...

à écrit le 19/06/2022 à 11:43
Signaler
Vladimir Putin n'a pour seul but la déstabilisation et le fractionnement de l'Europe avec ces propos. Rien de neuf et force est de constater que cela marche vu certains commentaires. N'oublions pas qu'en cas d'attaque Russe sur l'Europe, l'Europe ell...

à écrit le 19/06/2022 à 0:00
Signaler
Il n'a pas inventé l'eau chaude notre Poutine. On sait que les pays européens ont perdu toute souveraineté depuis la seconde guerre mondiale. Je ne comprends pas pourquoi l'Angleterre qui a quitté l'union européenne insiste pour que l'Ukraine en fass...

à écrit le 18/06/2022 à 14:06
Signaler
Le Président de Russie a dit une grosse bêtise, car, L'Europe n'a jamais été souveraine. En conséquence elle ne peut pas avoir perdu une souveraineté qu'elle n'a jamais eu. Jean Monnet "père fondateur" était un espion à la solde des américains. Rob...

à écrit le 18/06/2022 à 12:44
Signaler
Juste un pamphlet anti européen de plus. Analyse tirée par les cheveux, florilège des titres de presse que ses services ont consulté sur Internet. Une question : les auteurs de discours et police idéologique du régime ont-ils accès à l'internet non-c...

à écrit le 18/06/2022 à 9:24
Signaler
Vladimir dit là une grande vérité dérangeante.. Les deux façons de détruire un pays sont la guerre et la dette nous avons l'une, l'autre se précise et nos dirigeants sont absents.. Notre président à Kiev fut une belle pitrerie, qui lui a écrit son di...

à écrit le 18/06/2022 à 7:52
Signaler
L'avantage pour les dirigeants autoritaires de tout pays c'est que le néolibéralisme financier leur laisse des milliers de bâtons à terre n'ayant plus qu'à se pencher pour les ramasser et nous taper dessus avec.

à écrit le 18/06/2022 à 2:38
Signaler
Poutine n'a pas tort. L'UE est devenue l'annexe économique de l'OTAN et la Commission ne fait qu'appliquer les décisions américaines, dans tous les domaines.

à écrit le 18/06/2022 à 1:49
Signaler
Ce qui est désolant est que les pays de l'UE suivent tels des moutons de panurge ce que leurs dictent Washington. Les gouvernants européens, incapables de résister aux Etats-Unis qui veulent se servir de la guerre en Ukraine pour préparer leur GRANDE...

à écrit le 17/06/2022 à 21:24
Signaler
C'est la Russie (PNB de l'Espagne) qui va sortir ruinée de sa folle et criminelle agression. Mais, comme toujours, le peuple va payer la note: aujourd'hui ses enfants reviennent en cercueils, et demain les riches oligarques vont suivre Poutine, réfug...

le 17/06/2022 à 23:06
Signaler
Vous vivez dans le virtuel, regarder la realité c'est nous qui nous nous appauvrissons à vitesse incroyable . Le prix de l'energie est chaque mois en augmentation , quand c'est pas le gaz , c'est l'essence et demain l'électricité , hors energie les c...

le 18/06/2022 à 9:32
Signaler
La Russie est un pays gigantesque qui regorge de gaz de minéraux et de blé, tout l'essentiel qui nous manque et pour la technologie il y a la Chine... La Russie possède par contre des frontières turbulentes qu'elle cherche à stabiliser... S'attaquer ...

à écrit le 17/06/2022 à 18:01
Signaler
Bonjour Certe cette guerre en Ukraine nous conduit à envisager une nouvelle mondialisation.... Moins de richesse de Russie et plus de souveraineté économique pour les nations européennes... D'ailleurs la mondialisation a surtout enrichir le capita...

à écrit le 17/06/2022 à 17:58
Signaler
C'est une litote. L'Europe est poussée dans cette guerre par l'impérialisme US qui ne risque rien de l'autre côté de l'Atlantique et à la fin c'est la Russie qui va tenir par le menton cette pauvre Europe qui sombre après 40 ans de reaganisme thatché...

le 17/06/2022 à 19:40
Signaler
Pourquoi écrivre vous "Communiste" ? Poutiniste serait plus pertinent. Un peu comme Pétainiste

le 17/06/2022 à 19:41
Signaler
Je pense que les US n'ont rien à gagner avec cette guerre. Ce qu'ils font, c'est de dépenser des milliards pour démontrer à des nations européennes alliées qu'ils ne se cachent pas sous la couverture quand le tonnerre gronde. Car vous oubliez une cho...

à écrit le 17/06/2022 à 17:57
Signaler
L'Europe décline? Certes, quant à la Russie elle ne risque pas de décliner puisqu'elle n'a jamais rien fait de positif. La Russie, c'est le declin perpétuel sur fond de nationalisme. Le nationalisme, c'est la guerre. La Russie est le pays de la gu...

le 17/06/2022 à 18:36
Signaler
Tu aurais pu remplacer "Russie" par "Etats Unis", ça les décrit bien.

le 17/06/2022 à 19:39
Signaler
" La Russie est le pays de la guerre de la noirceur, celui des oligarques mafieux, des mercenaires, des voyous. " Intéresses toi sur ce sujet à l'Ukraine ,y compris sur la shoa d'ailleurs tu vas rire .

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.