Voiture électrique : après s'être envolé, le prix des métaux pour les batteries va chuter... provisoirement

A court terme, les prix du lithium, du cobalt et du nickel devraient se tasser après leur forte progression en raison de l'arrivée de nouvelles capacités minières, assure un rapport de Goldman Sachs. Mais la hausse structurelle de la production de batteries pour les véhicules électriques dans les prochaines décennies va mettre la pression sur l'offre de ces métaux à moyen et long terme.
Robert Jules
Exploitation du lithium en Bolivie.
Exploitation du lithium en Bolivie. (Crédits : Reuters)

La ruée vers les métaux stratégiques pour produire les batteries, pièces maîtresses des véhicules électriques, fait craindre une pénurie dans le monde. Mais est-elle justifiée? A lire l'analyse de la banque américaine Goldman Sachs conduite par Nicholas Snowdon, intitulée "Analyse des métaux pour batterie: la fin du commencement", ce scénario noir est à tempérer. Le rapport qui se focalise sur les marchés du lithium, du cobalt et du nickel assure que "la hausse des marchés des métaux pour batterie a atteint un pic".

Reflux des prix en 2023

En termes de prix, la tonne de lithium devrait coûter en moyenne 54.000 dollars en 2022, alors qu'elle valait quelque 6.000 dollars en 2020. Et devrait refluer à 16.400 dollars en 2023. Cette variation s'explique par l'accélération de la production minière motivée par des prix élevés et la demande croissante des constructeurs automobiles. Alors que le marché était en volume en déficit de 11% en 2021, il devrait être en excédent de 25% d'ici 2025.

Nombre de projets miniers ont été lancés ou vont l'être prochainement dans le monde, notamment en Chine, en Australie, et au Chili. A l'exemple du groupe français Eramet, qui produit du nickel en Nouvelle-Calédonie et du manganèse au Gabon. Il commencera à produire début 2024 du lithium en Argentine, associé au groupe sidérurgique chinois Tsingshan. Et il étudie l'exploitation de nouveaux sites de production du lithium au Chili et en Bolivie.

Pour le nickel et le cobalt, la situation est moins spectaculaire. Pour ce dernier, Goldman Sachs prévoit un cours moyen de 78.500 dollars la tonne cette année et de 59.500 dollars en 2023. En revanche, le nickel qui devrait s'afficher à 31.000 dollars la tonne en 2022 restera stable à 30.250 dollars en 2023, "même si le prix pourrait atteindre 36.500 dollars avant de subir une correction à la baisse en fin d'année", précise le rapport.

En volume, sur la période 2022-2025, Goldman Sachs prévoit une hausse moyenne annuelle de 33% pour l'offre de lithium, de 14% pour le cobalt, et de 8% pour le nickel, qui dépasseront le rythme annuel de leur demande qui s'établira respectivement à 27%, 11%, et 7%.

La demande de batteries n'est pas cyclique

Pour autant, si "cette phase d'offre excédentaire va permettre de faire émerger un super cycle des matériaux pour batterie au cours de la seconde moitié de cette décennie", souligne le rapport, en revanche, durant cette même période, "la croissance de la demande sera structurellement plus importante que celle de l'offre", avertit-il. En effet, la demande de métaux pour les batteries va croître régulièrement, de 440% d'ici à 2030. "La demande de batteries n'est pas cyclique, elle est soutenue par de fortes incitations politiques et le développement rapide du marché des véhicules électriques", soulignent les experts de la banque américaine.

Une mise en garde qui rejoint celle contenue dans le rapport annuel sur l'électrification du parc automobile, publié le mois dernier, par l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Si les ventes de voitures électriques ont explosé dans le monde en 2021, la disponibilité future de matières premières comme le lithium est un sujet de préoccupation, indique l'AIE. Avec 6,6 millions d'unités écoulées dans le monde en 2021, dont la moitié en Chine, les ventes de voitures électriques ont doublé en un an, et s'octroient une part de 10% des ventes de voitures neuves. Et au premier trimestre 2022, elles ont encore accéléré, avec 2 millions d'unités vendues , soit +75% sur un an. Ces ventes bénéficient des subventions publiques, qui ont doublé en 2021 pour atteindre près de 30 milliards d'euros au niveau mondial.

Pour les constructeurs automobiles, il est donc vital de sécuriser l'approvisionnement de métaux pour produire les batteries. A l'instar de Renault qui a annoncé hier avoir signé un contrat d'approvisionnement en cobalt avec le groupe marocain Managem Group. L'accord prévoit la livraison annuelle de 5.000 tonnes de sulfate de cobalt à partir de 2025, pendant sept ans. La marque au losange avait déjà signé des contrats d'approvisionnement en nickel, avec le groupe finlandais Terrafame, et en lithium, avec l'allemand Vulcan Energy.

L'évolution du cours de ces métaux est d'autant plus importante pour les constructeurs automobiles que la batterie est l'élément le plus onéreux dans un véhicule électrique. Son coût de production majore ou minore le prix final du véhicule.

Baisse du prix moyen des batteries

Dans son enquête annuelle, publiée en novembre, BloombergNEF's indiquait que "les prix du modèle Lithium-ion avaient baissé en moyenne de 6% entre 2020 et 2021 pour s'établir à 132 dollars le kWh, alors qu'il était de 1.200 dollars le kWh en 2010, soit une baisse de 89% en termes réels. Mais il y a des différences régionales : le prix moyen du pack de batteries en Chine était de 111 dollars le kWh, alors qu'il est plus élevé de 40% aux Etats-Unis et de 60% en Europe".

De fait, la Chine a non seulement pris une longueur d'avance mais maîtrise aussi les marchés des métaux. ​​L'Europe produit un quart des voitures électriques, mais contrôle très peu de matières premières, tout comme les Etats-Unis. "Les gouvernements européen et américain ont pris des engagements forts pour développer des capacités de production de batteries, mais la majorité de la chaîne logistique devrait rester chinoise jusqu'en 2030", rappelle d'ailleurs l'AIE.

Robert Jules

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Commentaire 1
à écrit le 02/06/2022 à 19:48
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Toutes ces fluctuations rapides sont les conséquences de nos petits copains de wall street . Les fameux loups ou hyène à grandes dents plein d'héroïne .Ils adorent les guerres , c'est comme le tableau Oudry " Le Forhu à la fin de la curée" la chasse...

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