Au moment du dépouillement à Saint-Malo dimanche dernier, Pierre-Louis Auffret a très vite senti le vent tourner. « J'étais assesseur dans un bureau d'un quartier réputé aisé. Bulletin après bulletin, on s'est aperçus que Jordan Bardella n'était pas loin de l'emporter », raconte-t-il. Le sentiment de ce fin observateur de la vie politique locale s'est confirmé quelques heures plus tard. Dans une salle municipale, la proclamation des résultats par le maire de la commune, Gilles Lurton, a donné des sueurs froides à la poignée de citoyens présents. Avec trois voix d'avance, le Rassemblement national (RN) de Jordan Bardella arrivait en tête, juste devant la majorité présidentielle. Un séisme pour la commune. Après recomptage, c'est finalement la liste portée par Valérie Hayer qui l'emportait de huit voix.
Mais le malaise demeure : face à la percée bleu foncé, la cité corsaire ne tient plus qu'à un fil. « Pendant très longtemps, la Bretagne a été réputée imperméable aux idées du RN, analyse Pierre-Louis Auffret, professeur agrégé d'histoire. On parlait de plafond de verre incassable. » La preuve, à Saint-Malo, lors du dernier scrutin présidentiel, Marine Le Pen était arrivée en troisième position, bien loin d'Emmanuel Macron et juste derrière Jean-Luc Mélenchon.