LA TRIBUNE DIMANCHE - Le Parlement européen estime que le FN a détourné des fonds publics en finançant le parti avec les enveloppes de ses collaborateurs parlementaires. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
LAURENT WARLOUZET - D'abord, ce n'est pas tout à fait la même chose que l'affaire des eurodéputés MoDem, qui ont toujours été beaucoup plus impliqués dans les travaux du Parlement européen que ceux du Front national. Jusqu'à présent, le parti de Marine Le Pen s'y est très peu investi. Comme ils ont été en forte dynamique aux dernières élections, je pense qu'ils vont voir un intérêt à le faire davantage. Dans la période visée par l'enquête [2004-2016], il y a un contraste entre ce manque de travail de fond des eurodéputés FN, notamment en commission, et la manne financière dont ils ont profité grâce à l'Europe. Ils me rappellent Ukip, le parti souverainiste britannique. Au départ, comme il est fondé par un universitaire idéaliste - mon ancien collègue Alan Sked -, Ukip est très peu efficace sur le plan politique. Quand Nigel Farage en prend les rênes, il change de stratégie en participant aux élections, ce qui lui donne une petite audience mais surtout une manne financière. C'est la même chose que Marine Le Pen, qui vilipende l'Union européenne tout en ayant besoin de son argent à une époque où le FN a des difficultés pécuniaires.
Le Parlement européen a-t-il une grille de lecture trop bureaucratique des fonctions de l'élu et de son équipe, dont beaucoup sont des politiques avant tout ?
Les institutions européennes sont bureaucratiques pour des raisons de transparence. C'est paradoxal, mais pour être transparent, vous devez multiplier les procédures et les règles. Comme ces institutions sont fondées sur la nécessité de faire travailler ensemble 27 pays, donc 27 administrations, c'est compliqué de s'appuyer sur des normes informelles, comme si on était entre Français. Vous travaillez avec un Finlandais, un Bulgare, un Maltais... donc vous êtes obligés de tout coucher sur le papier. Les règles du Parlement européen sont davantage bureaucratiques car elles visent à être à la fois égalitaires et transparentes. Cela crée des rigidités.