LA TRIBUNE DIMANCHE - Pendant une période d'instabilité, comment fonctionnent les rapports entre l'armée et l'exécutif ?
GUILLAUME ANCEL - La difficulté, c'est que formellement le président est le chef des armées. Mais c'est un domaine partagé avec le Premier ministre. Le gouvernement peut s'opposer à la politique du président. À l'inverse, il ne peut pas fixer une politique sans l'accord du président. Il y a donc un partage déséquilibré où le chef de l'État a un droit de veto, mais où c'est le gouvernement qui dispose des clés du garage. Ce qui est compliqué pour les forces armées, c'est que le président est leur chef, mais aussi le chef d'état-major, nommé par le président, et la première autorité qui s'impose à eux est le ministre des Armées. Normalement, il y a donc une hiérarchie alignée, mais si elle ne l'est pas, ça bloque le système.
Donc, aujourd'hui, il n'est pas bloqué ?
Non, car le ministre et le chef d'état-major n'ont pas changé. Mais c'est une situation de transition, qui ne peut pas durer car les décisions ne se prennent que pour le moyen ou le long terme. Le dialogue ne pourra avoir lieu qu'avec un gouvernement stable. Aujourd'hui, aucune décision lourde ne peut être prise sans la certitude que le gouvernement sera encore en place d'ici plusieurs mois.