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ÉconomiePrésidentielle 2017

Après la primaire, la mort du parti socialiste?

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 21 janvier 2017 à 09:12 - Mis à jour le 21 janvier 2017 à 10:58

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A la veille du premier tour de la primaire du parti socialiste et de ses alliés ce dimanche 22 janvier, l'inquiétude prévaut au PS. Que se passera-t-il si le candidat élu ne perce pas face à Emmanuel Macron? Les socialistes devront-ils se désister au profit de l'ancien ministre de l'Economie. Cela signifierait la fin du PS né à Epinay en 1971.

Méthode Coué ? Posture ? Fanfaronnade ? Lors du dernier débat de la primaire du parti socialiste et de ses alliés, jeudi 19 janvier sur France 2, les quatre candidats encartés au PS ont évoqué avec ironie et humour le « cas » Macron. Vincent Peillon appelant même l'ancien ministre de l'Economie, « l'enfant prodigue » à rentrer au bercail. Benoit Hamon, lui, parie sur la dynamique créée par la primaire de gauche, dont le premier tour a lieu ce dimanche 22 janvier, pour faire plier un Macron qui grimpe encore dans les sondages...

Certes, les candidats socialistes sont dans leur rôle. Pour autant, hors caméra, ils n'affichent plus du tout la même sérénité face au "phénomène" Macron. Déjà, ils savaient que la campagne présidentielle 2017 allait être très difficile pour le candidat officiellement soutenu par le PS, tant le parti est discrédité à l'issue du quinquennat de François Hollande. Le PS connaît là le même sort que les autre partis sociaux-démocrates européens, laminés par l'exercice du pouvoir en raison des politiques qu'ils ont menées. Mais avec l'aventure Macron, les choses s'annoncent encore plus complexes.

Et, au-delà de la présidentielle, nombreux sont les députés du parti à commencer à s'inquiéter pour les législatives de juin qui, déjà, s'annonçaient très compliquées, mais qui pourraient virer totalement à la Bérézina si des candidats « macronistes » viennent débouler dans leurs pattes. Or, justement, Emmanuel Macron a lancé jeudi 19 janvier le processus de désignation de candidats pour les législatives. Le poids de la participation à la primaire de gauche va donc être crucial dans le rapport de force qui va s'instaurer entre le PS et Macron. Au-delà de la désignation d'un candidat à la présidentielle, c'est l'un des enjeux de ce scrutin. Mais ce n'est pas le seul. En filigrane, on sent bien également que ce scrutin ressemble à un pré-congrès du parti socialiste... ou de ce qu'il en restera.

L'opération "Peillon" pour barrer la route à Valls

La question du leadership sur le parti semble en effet centrale. Pour de nombreux socialistes, notamment du côté des aubrystes, la bataille pour la présidentielle de 2017 paraît déjà perdue. C'est dans ce sens que l'on peut interpréter les propos très durs sur «Hollande, Valls, Macron, responsables de l'échec du quinquennat », tenus par la maire de Paris Anne Hidalgo dans le quotidien Le Monde. C'est dans ce sens aussi qu'il faut comprendre le soutien de l'édile de Paris à Vincent Peillon. Le but est d'éviter que Manuel Valls gagne la primaire et s'impose ainsi « naturellement » à la tête d'un PS désemparé en cas d'échec à la présidentielle. Aux yeux des aubrystes, qui se posent en gardien du temple socialiste, Vincent Peillon représente la ligne traditionnelle - on oserait dire le « canal historique » de la social-démocratie - du parti face à la dérive droitière incarnée par Manuel Valls et aux "utopies" d'Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Aux yeux de nombreux caciques, le seul espoir pour limiter les dégâts aux législatives est donc de revenir aux « fondamentaux » du parti. Et, à un horizon plus lointain, il s'agit aussi de barrer la route à la prise du pouvoir des « libéraux » du PS dans la perspective de 2022. On comprend dès lors la manœuvre « Peillon ».

Mais on peut s'interroger sur la réalité de cette hypothèse. Car, encore faut-il que le PS survive à l'énorme crise qui se prépare. Que va-t-il en effet se passer si, en février/mars, le candidat choisi à la primaire reste scotché autour des 10% dans les sondages alors qu'Emmanuel Macron flirtera avec les 20% et que Jean-Luc Mélenchon continuera d'afficher 14 ou 15% ? Certes, Benoit Hamon affirme que la « légitimité » du vote de la primaire -encore faut-il qu'il y ait au moins plus d'un million d'électeurs qui participent au scrutin- l'emporte sur la « légitimité sondagière » sur laquelle s'appuie Emmanuel Macron.

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Un désistement du candidat au profit de Macron?

Mais, au-delà de ce beau principe, nécessité risque de faire loi. Le PS va-t-il aller malgré tout aller au combat au risque de connaître une formidable désillusion au premier tour avec un score à peine supérieur à celui réalisé par Gaston Defferre - son représentant d'alors, quand le parti s'appelait encore SFIO - à la présidentielle de 1969 avec ses 5,01% de voix ! La pression va être forte pour que le représentant PS se retire au profit d'Emmanuel Macron afin de laisser une chance au candidat « progressiste » d'accéder au second tour aux dépens de Marine Le Pen ou de François Fillon. C'est d'ailleurs déjà ce que dit ouvertement le sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb, le chef de file des « réformateurs » - l'aile droite- du PS qui a entraîné dans son soutien officiel à Emmanuel Macron 46 élus locaux du Rhône. Et nombreux sont les députés socialistes à s'interroger, plus ou moins discrètement, sur cette éventualité afin d'essayer de sauver leur siège aux législatives.

Si un tel scénario se concrétise, ce sera alors vraiment la fin du PS version Epinay. Les aubrystes auront bien du mal à calmer les forces centripètes qui agiteront le parti. Et si les socialistes vont à Canossa, Emmanuel Macron, sûr de son fait, dictera alors ses conditions pour que ce ralliement n'effraie pas ses soutiens centristes.

Un champ politique entièrement recomposé

Un scénario d'autant plus plausible que le PS est affaibli et n'exerce plus sa force d'attraction d'antan, ayant perdu quantité de collectivités territoriales lors des différentes élections intermédiaires. On ne voit pas comment un Benoit Hamon, un Arnaud Montebourg et à fortiori un Manuel Valls - qui, lui, de surcroît ce sera fait « voler » son espace politique par Emmanuel Macron - pourraient éviter un tel mouvement. Il en découlerait, à terme, un vaste redécoupage du champ politique avec un parti ouvertement « de gauche », regroupé derrière Jean-Luc Mélenchon ; un parti « progressiste », rassemblant les décombres du PS et diverses chapelles centristes, mené par Emmanuel Macron à la recherche de sa « majorité de projet » ; un  parti « conservateur », émanation du parti « Les Républicains » et ses alliés et, enfin, le Front National...

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Au-delà de l'échéance présidentielle, c'est ce sombre avenir possible que les candidats socialistes ont en tête. La décontraction affichée face au « phénomène » Macron est feinte. Pour Manuel Valls, il s'agit même d'une question de survie politique... Si l'ancien ministre de l'Economie réussit son pari, l'ancien Premier ministre n'aura en effet plus beaucoup d'espace politique, la place étant largement prise à sa gauche par Jean-Luc Mélenchon. Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, eux, survivront politiquement leur chemin, mais avec des troupes rabougries. C'est ce formidable potentiel séisme politique qui hante les esprits socialistes à la veille du premier tour de la primaire.

Jean-Christophe Chanut

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