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ÉconomiePrésidentielle 2017

Quand le FN et Sarkozy prennent Trump pour modèle

Photo de Jean-Christophe Chanut

Jean-Christophe Chanut

Publié le 09 novembre 2016 à 10:33 - Mis à jour le 09 novembre 2016 à 13:23

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La victoire de Donald Trump aux Etats-Unis a tout de suite "réjoui" Marine Le Pen qui espère être portée au pouvoir en 2017 grâce aux mêmes ressorts qui ont servi pour la campagne du milliardaire. Nicolas Sarkozy aussi emprunte au style Trump.

Après l'annonce de la victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine, Jean-Pierre Raffarin (LR) a tout de suite sur RTL fait le lien avec la situation française :

"L'information principale, pour nous Français, aujourd'hui, c'est que Madame Le Pen peut gagner en France. Il faut respecter la démocratie. J'entends beaucoup de gens qui jugent. Le peuple américain est un grand peuple. Il décide. Il faut respecter ce qu'il décide. Moi, je ne suis pas fondamentalement surpris. J'avais pensé qu'après le Brexit, les peurs dans le monde entier, les montées des populismes partout, montrent que c'était possible ».

De fait, au Front National, on s'est immédiatement réjoui de la victoire du milliardaire américain atypique. Marine Le Pen, lui a adressé ses « félicitations » avant même qu'Hillary Clinton admette sa défaite. La présidente du FN y a vu une victoire « du peuple américain libre ». Pour le vice-président, Florient Philippot, cette victoire marque « une année très difficile pour l'oligarchie ».

L'espoir du FN: Brexit, Trump... Le Pen

Manifestement, le Front National espère profiter de ce tremblement de terre outre-Atlantique pour tenter de parvenir au même résultat au printemps prochain lors de la présidentielle avec une victoire de Marine Le Pen. Ce qui constituerait une sorte d'acte III dans le refus de la mondialisation après le Brexit et la victoire de Donald Trump.

Certes, le Front National peut nourrir des espoirs en constatant qu'à chaque fois c'est le même mécanisme qui est à l'œuvre : la revanche des « petits blancs » déclassés. C'est le ras-le-bol des exclus de la mondialisation, la peur de la perte d'identité via l'arrivée jugée massive d'immigrants, le sentiment de déclassement, la haine face à « l'établissement » qui nourrissent la montée des partis dénommés « populistes ». Après tout, le FN a raison, il n'y pas de différence entre un ouvrier du Michigan qui a perdu son emploi et sa maison après la crise des subprimes, un sidérurgiste au chômage du Pays-de-Galles et un habitant de la Lorraine qui voit les hauts-fourneaux s'éteindre successivement. A chaque fois, c'est la « faute de la mondialisation ».

Une géographie du déclassement similaire

De même, le FN peut jubiler en étudiant de près la carte des résultats électoraux américains. Si, grosso modo, les villes ont plutôt voté pour la candidate Démocrate, il en va tout autrement des périphéries où règnent le chômage, la peur du déclassement et de l'oubli. Ce phénomène peut être tout à fait transposé en France, comme l'a bien démontré le géographe Christophe Guilluy dans son livre « La France périphérique ». L'auteur constatait l'exode des classes populaires « françaises » vers le périurbain éloigné, loin des des banlieues proches à forte immigration récente et des métropoles, peuplées par les « bobos » et les classes dirigeantes. Or, cette population est très tentée, voire déjà acquise au vote FN. Les diverses élections « intermédiaires » - municipales, départementales et régionales - l'ont montré.

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Oui mais... Il y a une différence entre le phénomène Trump et la situation du Front National. : L'élection présidentielle française ne se déroule pas du tout sur les mêmes bases que l'élection américaine. Aux Etat-Unis, il s'agit d'un système indirect. Dans chaque Etat, on vote pour des grands électeurs qui eux élisent le président. Et le candidat en tête dans un Etat rafle la totalité des grands électeurs de cet Etat.

En France, il s'agit d'un scrutin direct majoritaire à deux tours. Beaucoup plus difficile dès lors d'obtenir une majorité absolue pour un parti isolé. Déjà, le parti de Marine Le Pen n'a pu emporter de régions (Hauts-de-France et Provence-Alpes-Côte d'Azur, notamment) faute d'alliance électorale possible. Résultat, le FN a atteint un « plafond de verre » à environ 42% des suffrages. Bien sûr, ce « plafond de verre » s'est déjà considérablement élevé mais il risque de connaître un pallier à la présidentielle. Marine Le Pen peut certes atteindre le second tour mais à ce stade il semble très peu probable qu'elle puisse rassembler 50% des électeurs sur son nom, malgré les tentatives de "dédiabolisation" du parti...

Quand Sarkozy copie le "style" Trump

Pour sa part, Nicolas Sarkozy aussi ne cache pas une certaine fascination pour le phénomène Trump... et s'en inspire, notamment dans le cadre de la campagne de la primaire à droite. Certes, Nicolas Sarkozy n'a pas les outrances de Donald Trump mais lui aussi n'a de cesse de parler « au nom du peuple », de truffer ses discours de « bonnes blagues » pour « faire peuple », de dénoncer « le système ». Tout comme le milliardaire américain il martèle la question identitaire - référence aux « Gaulois » - et tient des propos anxiogènes sur la question de l'immigration. Lui aussi est adepte des effets de menton - démantèlement de la jungle de Calais , enfermement des fichés « S », etc. Et à l'instar du président élu américain, Nicolas Sarkozy a fait part dernièrement de son climato-scepticisme : «  Il faut être arrogant comme l'homme pour penser que c'est nous qui avons changé le climat », avait-il lancé le 14 septembre...

D'ailleurs, cette attirance pour le style Trump ne date pas d'hier. Le Journal Le Monde rappelait qu'en mars dernier Nicolas Sarkozy avait déclaré lors d'une commission exécutive du parti « Les Républicains »: « Regardez ce que donnent aux Etats-Unis les candidats soutenus par l'establishment et les médias, ils sont balayés par les candidats du peuple... Vous verrez, en novembre, ce que cela donnera en France... »... Allusion à la position qu'il adopterait pour la primaire de la droite des 20 et 27 novembre. Et c'est ce qu'il a fait. Tout comme il avait déjà adopté ce registre avec succès lors de la campagne présidentielle de 2007 où il avait « siphonné» les voix du FN... et avec moins de réussite en 2012.

Alors certes, Nicolas Sarkozy avait pris soin de préciser le 6 novembre sur France 3 qu'il se sentait « assez proche d'Hillary Clinton » mais pour tout de suite indiquer que « Donald Trump, pour moi, c'est un symptôme, pas une cause »... Soit quasiment la même formule qu'il avait employée pour expliquer la montée du FN en France.

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> Suivez notre DIRECT : Trump 45e président des Etats-Unis
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Jean-Christophe Chanut

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