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ÉconomiePrésidentielle 2017

Quelle doit être la priorité d’Emmanuel Macron ?

Photo de Fabien Piliu

Fabien Piliu

Publié le 09 mai 2017 à 07:45 - Mis à jour le 09 mai 2017 à 14:33

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Lors de sa campagne électorale, Emmanuel Macron a martelé sa volonté de transformer l’économie française. Chiche ? Le chantier est ambitieux.

Depuis qu'il s'est lancé dans la course à l'Elysée, Emmanuel Macron n'a eu de cesse d'afficher sa volonté de transformer l'économie française.

S'il est un sujet de transformation qui doit être prioritaire, c'est bien celui de la structure du tissu économique tricolore. En clair ? Le développement des entreprises.

En effet, comme l'ont indiqué la vingtaine de rapports parus sur le sujet ces dix dernières années, si l'économie française ne parvient pas à sortir durablement de la croissance molle et du chômage de masse, c'est vraisemblablement à cause de la nature même de sa structure économique. De ce point de vue, la comparaison avec l'Allemagne qui tutoie le plein-emploi - même si le nombre de travailleurs pauvres a augmenté depuis 2006 - et enchaîne les excédents commerciaux record, est très instructive.

Le Mittelstand, la force de l'économie allemande

Reprenant les données de l'Insee et de Destatis, son alter ego allemand, Natixis a récemment détaillé dans une note la structure économique des deux partenaires et rivaux. Premier constat, la France comptait 3,9 millions d'entreprises en 2014 quand l'Allemagne en affichait 300.000 de moins. Pourtant, en dépit de cet écart démographique, le PIB allemand était cette année-là plus de 40% supérieur au PIB français. Pourquoi ? Les entreprises de 0 à 9 salariés représentaient 94,8% des entreprises françaises, contre 80,7% des entreprises allemandes en 2014. Pour les entreprises de 10 à 49 salariés, les proportions étaient les suivantes : 4,3% et 15,6%. Pour les entreprises de 50 à 249 salariés, elles étaient de 0,7% et 2,9% et pour les entreprises de plus de 250 salariés elles s'élevaient à 0,2 et 0,7%.

Concrètement, l'Allemagne comptait donc 25.000 entreprises de plus de 250 salariés en 2014 - le fameux Mittelstand - contre 6.000 seulement pour la France.

Des rapports féodaux

Avec une telle structure démographique, déséquilibrée, la création d'écosystèmes vertueux est impossible. Nombreux sont les experts qui regrettent le caractère féodal des relations entre les entreprises françaises, les petites étant châtiées, pillées, par les plus grandes qu'elles, en témoignent l'allongement continu ou presque des retards de paiement qui provoquent 25% des faillites recensées chaque année.

Par ailleurs, pour combler les besoins de trésorerie que ces retards provoquent, ils doivent convaincre leurs banquiers de leur accorder des crédits à court terme que ceux-ci leur accordent avec parcimonie comme l'indiquent les statistiques de la Banque de France. Doit-on en vouloir aux banques d'accorder plus d'attention aux projets d'investissements qu'aux problèmes de liquidités des entreprises ? Est-ce à elles de supporter les mauvais traitements infligés aux TPE-PME ?

De véritables partenaires bancaires

En Allemagne, où les délais de paiement sont parmi les plus faibles de l'Union européenne, la situation est différente. Le financement de l'économie réelle est grande partie assuré par des acteurs locaux, les caisses d'épargnes régionales et les Hausbank locales. Parce qu'ils ont des responsabilités à assumer dans leurs territoires, ces établissements font de la prévention, en détectant les situations à risque, et, parce qu'elles connaissent bien leurs clients, accompagnent les stratégies de développement des entreprises locales.

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Si leurs clients se portent mal, c'est leur avenir même qui est en jeu puisque leurs ressources - l'épargne locale - dépendent de la vitalité de leur bassin économique.

En France, si la plupart des banques se déclarent être - entre autres -la banque des PME, peu jouent réellement ce rôle, leur stratégie en matière de distribution de crédit étant décidée à Paris. Les antennes régionales de BPI France pourraient à terme pallier ces défaillances du marché, à condition qu'elles aient une connaissance parfaite de leurs territoires et qu'elles soient autonomes dans leurs prises de décision.

Ne pas répéter les erreurs du passé

Dans ce contexte, la seule question qui vaille est donc la suivante : comment faire grandir les TPE en PME, les PME en ETI et transformer ces dernières en grands groupes ?

Jusqu'ici, pour accélérer la croissance des entreprises, les gouvernements ont actionné les mêmes leviers, classiques : la fiscalité, les délais de paiement, la commande publique, l'export, le financement et encore la simplification.

Classiques ? Toutes ces mesures ont déjà été lancées mais, en témoigne l'état actuel de l'économie française, la plupart de ces initiatives ont été des coups d'épée dans l'eau car elles ne s'inscrivaient pas dans une politique globale de développement des entreprises françaises. Peut-être aurait-il fallu que les ministres de l'Economie ne passent pas en coup de vent à Bercy ou, à défaut, que tous ces ministres partagent les mêmes idées.... Rappelons que Pierre Moscovici, Arnaud Montebourg, Emmanuel Macron et Michel Sapin ont occupé la fonction entre 2012 à 2016.

Des ministres apprentis sorciers

Or, là où le bât blesse, c'est que l'Etat n'a jamais eu de vision claire et assumée sur ce sujet crucial. Combien de ministres, de parlementaires ont un jour dirigé une PME ? Déconnecté de la réalité, l'Etat joue depuis trop longtemps les apprentis sorciers, créant un cadre fiscal, social, réglementaire inadapté qui bride le développement des entreprises.

Résultat, les dispositifs, les crédits d'impôts s'accumulent, naissent et parfois disparaissent avec les changements de majorité, complexifiant un peu plus chaque jour l'environnement des entreprises.

Des exemples ? Les ministres et leurs administrations ont décidé que les acheteurs publics étaient responsables pénalement de leurs choix, les empêchant donc de prendre des risques au profit des PME et en particulier des plus innovantes d'entre elles. Ils ont bridé le CICE empêchant de facto les TPE-PME d'embaucher des talents prometteurs à des salaires de marché. Ils ont multiplié les normes et règlements qui obligent les entreprises à investir pour simplement mettre leur appareil de production en conformité, les empêchant de ce fait de se moderniser réellement. Ils ont créé des niches et des dispositifs d'optimisation fiscale qui font que le taux d'IS acquitté par les TPE-PME est bien plus élevé que celui auquel sont réellement soumis les grands groupes...

Le fil rouge du gouvernement

Emmanuel Macron et son nouveau gouvernement répéteront-ils les erreurs de leurs prédécesseurs ?

Lors de la campagne, Emmanuel Macron ne s'est pas réellement distingué des autres candidats. Lui comme les autres a placé les PME au centre de son programme mais sans délivrer une véritable vision sur le sujet.

Espérons pour les millions de chômeurs que le renouvellement de l'action publique, via l'arrivée en masse de membres de la société civile au gouvernement et au Parlement, permette justement de corriger le tir.

Développer cette vision est cruciale. Elle devrait être le fil rouge de la politique économique des prochains gouvernements.

Ce n'est qu'en grandissant que les entreprises peuvent atteindre une taille critique leur permettant d'embaucher - autrement que par intérim -, d'investir, d'innover et d'exporter. Ce n'est pas un hasard si la France voit le nombre de ses entreprises exportatrices stagner aux alentours de 120.000 chaque année quand l'Allemagne en affiche plus de 330.000. Même l'Espagne (147.000 en 2015) et l'Italie (212.000 la même année) nous dépassent dans ce domaine.

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Mais cette vision commande de lancer simultanément un certain nombre de chantiers - fiscalité, droit du travail, simplification, commande publique... - pour optimiser ses chances de succès. Sinon, le bricolage restera la règle. Et la croissance molle et le chômage de masse perdureront.

Fabien Piliu

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