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Economie - La Tribune MontpellierRéseaux - La Tribune Montpellier

"Les SATT peuvent créer l’usine du futur"

Photo de Cécile Chaigneau

Anthony Rey

Publié le 15 novembre 2018 à 07:14 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:18

Philippe Nérin, président de la SATT AxLR

Philippe Nérin, président de la SATT AxLR

SATT AxLR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le réseau des 14 SATT (sociétés d’accélération du transfert de technologies) organise sa convention nationale le 16 novembre au Centquatre-Paris. C’est, pour son président, le Montpelliérain Philippe Nérin, l’occasion de réaffirmer une stratégie pourvoyeuse de technologies de rupture, à l’heure où les entreprises françaises cherchent à renforcer leur compétitivité.

Six ou sept ans après leur création, selon les cas, où en sont les SATT ?

Philippe Nérin : Elles ont vécu une croissance en trois vagues avec, d'abord, l'apprentissage de leur écosystème afin d'y trouver toutes les articulations nécessaires à leur bon fonctionnement. Cette maturation individuelle leur a pris plusieurs années, mais elles sont désormais bien identifiées par tous les acteurs. Les incubateurs travaillent avec nous, des organismes tels que bpifrance ou France Brevets ont eux aussi conventionné avec nous. Les SATT sont positionnées comme les opérateurs les plus pourvoyeurs de « Deep Tech », issues de leur travail de valorisation. Elles savent, par de la maturation de haut niveau, faire émerger des projets hautement qualifiés et prêts à être accompagnés par les dispositifs de préamorçage, amorçage, capital-risque, etc. Cette montée en puissance a débouché, dans un second temps, sur une étape plus collective, avec la création d'un réseau des SATT. Son objectif est de mettre en place une stratégie collaborative afin de trouver des synergies entre SATT et avoir une bonne articulation sur le plan national.

Comment se mesure-telle ?

P. N. : La convention nationale que nous organisons nous donne l'occasion de dévoiler des résultats à cette échelle, en présentant, par exemple, le nombre de brevets déposés, le nombre de startups accompagnées par les SATT et où celles-ci ont investi, le nombre de transferts de technologies réalisés en direction des industriels, etc. Il ne s'agit pas de faire de l'autosatisfaction. Ce sont les startups bénéficiaires qui viendront en parler, au travers d'une série de 14 pitches, tandis que 14 autres pépites seront présentes dans des stands aux côtés de PME et groupes confirmés.

Cette stratégie d'identification est-elle achevée ?

P. N. : Pas tout à fait car nous passons à une troisième étape, celle du rayonnement mondial. L'objectif des SATT est de développer une offre technologique pour les entreprises françaises opérant à l'international. Nous nous appuierons, pour cela, sur les 14 Hubs French Tech existant dans le monde. Ce sont les portails adaptés pour nous aider à trouver les entreprises qui exportent déjà et, ainsi, pour internationaliser nos technologies.

Quel est le degré de maturité des entreprises que les SATT accompagnent ?

P. N. : Les startups ne représentent que 50 % de notre activité. L'un des groupes de travail de la convention leur sera consacré : nous voulons travailler sur les moyens d'améliorer l'accès au financement de ces startups, de mobiliser des fonds propres et avec quels référentiels, etc. Il s'agit de standardiser les bonnes pratiques en termes d'ingénierie contractuelle et financière. L'autre moitié de notre action vise principalement les grands groupes. Jusqu'ici, chaque  SATT démarchait individuellement les entreprises du CAC 40, mais nous allons changer cette approche. Le Réseau SATT nous permet de présenter à ces groupes, en une fois, une veille technologique sur l'ensemble du territoire, en leur apportant rapidement une information qualifiée en terme de brevets, de résultats, etc. Nous formons un seul point d'entrée vers les 250 organismes de recherche que nous représentons. C'est inédit en France.

Les pôles de compétitivité sont engagés dans la phase 4 de leur évolution, qui pourrait se traduire par un certain nombre de fusions. Craignez-vous que l'État vous pousse aussi à réduire le tissu des SATT ?

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P. N. : Non, car les actionnariats des SATT sont différents. En revanche, nous pouvons progresser dans la mutualisation, par exemple avec des achats groupés, avec la mise en place de SI (systèmes d'information, NDLR) communs, de logiciels et de base de données tournées vers le partage d'informations, avec la réduction des coûts en jouant sur des facteurs d'échelle, etc. La SATT AxLR, que je préside, mène déjà plusieurs actions avec son homologue toulousaine, Toulouse Tech Transfer, notamment en co-investissement. Chacun de nous apporte des brevets et des ressources pour développer des technologies communes telles que, récemment, des inclinomètres haute sensibilité pour l'industrie pétrolière, ou des capteurs magnétiques conçus pour des mesures ultra sensibles de paramètres environnementaux.

Rentabilité, nombre de brevets, taux de création d'entreprises : souhaitez-vous pousser le Réseau SATT vers la réalisation d'objectifs de ce type ?

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P. N. : Aucun dispositif n'est pérennisable à long terme s'il ne peut pas démontrer son efficacité. C'est bien l'impact socio-économique des SATT qui sera surveillé par les pouvoirs publics, en termes de création d'emplois, de montée en gamme de l'industrie française, et de capacité à renforcer la compétitivité des entreprises. En 50 ans, la France s'est industrialisée puis a perdu à peu près toutes ses industries manufacturières car la mondialisation est sans limites et nous confronte à des pays à moindres coûts sociaux et fiscaux. Ce que l'État a créé avec les SATT, c'est un outil contribuant à renouveler ce tissu industriel, sur la base de nouvelles technologies, moins délocalisables. Nous pouvons créer l'usine du futur, nous permettant de réimplanter les métiers qui sont partis. De même, les métiers de demain, développés autour de la robotique ou de l'intelligence artificielle, sont étroitement liés à l'action que les SATT mènent dès aujourd'hui en investissement. Cette vision est le pendant de la théorie de la croissance endogène, validée par des économistes : dans chaque pays développé, l'industrie et les capitaux, au-delà d'une certaine masse critique, ne suffisent plus à créer de la croissance. Il devient alors nécessaire d'enclencher un troisième moteur, l'innovation, pour que se crée un nouveau cycle. Nous restons en-dessous des 3 % de dépenses en R&D préconisés par la stratégie de Lisbonne, mais j'encourage les entreprises à investir toujours plus car l'avance technologique que nous aurons - ou pas - dépend étroitement de ce levier.

Anthony Rey

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