LA TRIBUNE DIMANCHE : Moody's et Fitch n'ont pas dégradé la note de la France. Est-ce un motif de soulagement pour vous aussi ?
VALÉRIE RABAULT : Non. Le chiffre du déficit de l'an dernier a donné l'impression d'une situation hors de contrôle. Il est impensable qu'il soit tombé à 5,5 % du PIB du jour au lendemain. C'est un trou béant de 18 milliards d'euros, comment ne pas l'avoir vu ? Les données du gouvernement montrent que ce creusement serait provoqué par des pertes de recettes de TVA et d'impôt sur les sociétés, deux impôts liés à notre moteur économique. S'ils rapportent moins que prévu, c'est qu'il y a un enjeu sur notre capacité à créer de la valeur. L'année 2023 montre un décrochage de l'Union européenne, dont la croissance économique a été de 0,5 %, contre 2,5 % aux États-Unis, 11 pays sur 27 affichant même une croissance négative.
J'ai conscience que la situation est complexe. Redresser la barre nécessite d'agir sur trois leviers : investir, au niveau européen, dans des secteurs qui ont un effet d'entraînement pour relancer l'économie ; répondre à l'urgence dans le domaine spécifique de la santé, et freiner le déficit. Or, s'agissant de l'investissement, nous ne parvenons pas à obtenir au niveau européen un accord sur le financement. La France a un tel niveau de dette qu'elle n'est pas crédible, et l'Allemagne a des règles constitutionnelles très contraignantes. Or ces deux pays représentent 40 % du PIB de l'UE : ils ont une responsabilité pour toute l'Europe. En tout cas, les socialistes français travaillent avec le SPD allemand et le PSOE espagnol pour définir de nouvelles solutions.