Son visage tantôt poupin, tantôt rubicond n'a pas encore été supprimé de toutes les affiches. Maximilian Krah reste la tête de liste de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne), le parti d'extrême droite, pour le scrutin européen du 9 juin. Son nom sera bien inscrit sur tous les bulletins de vote. Selon la loi électorale allemande, les partis ne peuvent plus modifier leur liste depuis le 22 avril.
Ce jour-là, son assistant au Parlement européen était arrêté, soupçonné d'espionnage au profit de la Chine. On lui reproche notamment d'avoir livré à Pékin des informations internes sur « la sécurisation des infrastructures critiques européennes contre l'influence de la Chine ». Jian Guo, un Chinois naturalisé allemand, travaillait pour Krah depuis 2019. En novembre de cette même année, l'élu part tous frais payés en Chine. Il passe plusieurs heures avec le responsable des « missions d'influence politique à l'étranger » des services secrets du régime. Krah n'a jamais démenti cette rencontre.
« Tu es un problème », lui a jeté la coprésidente de l'AfD, Alice Weidel, qui l'a convoqué dès mardi soir. Prié de faire profil bas jusqu'au scrutin, il est déclaré persona non grata aux meetings, comme hier pour le premier grand raout de la campagne. « L'entretien était glacial », raconte un fonctionnaire du parti, qui redoute pourtant que « Champagne Max » ne se laisse pas faire. « Avec lui, on ne sait jamais sur quel pied danser. Cela fait au moins trois ans qu'on lui dit de dégager ce Guo », révèle-t-il. Électron libre qui a fait carrière grâce à ses réseaux soigneusement entretenus dans des réceptions (d'où son surnom), Maximilian Krah est une « bombe à retardement », selon un de ses vieux compagnons de route. « Je m'attends à d'autres révélations d'ici au 9 juin », prévient cet eurodéputé.