Attentat de Londres: Theresa May s’attaque aux géants d’Internet
Alice Cassoulat
Alice Cassoulat
Le "laisser-faire" des réseaux sociaux a été fortement critiqué mardi soir, lors du discours de la Première ministre britannique suite à l'attentat de Londres du samedi 3 juin. En effet, Theresa May n'a pas pesé ses mots dans son adresse aux réseaux sociaux, qu'elle accuse d'offrir un "espace sûr" au terrorisme.
Ce n'est pas la première fois que les géants d'internet sont au cœur des accusations des politiques, outre-Manche. Le 1er mai, suite à l'attentat du pont de Westminster à Londres, le Parlement britannique avait publié un rapport sur la responsabilité des réseaux sociaux dans cette attaque.
Ce projet d'augmentation de la surveillance sur Internet a aussi été repris lors du sommet du G7 en mai, au cours duquel les Etats ont fait appel aux grandes entreprises numériques pour mettre fin à la diffusion des messages en lien avec le terrorisme sur leurs réseaux. La ministre de l'Intérieur britannique Amber Rudd avait notamment critiqué l'application de messagerie Whatsapp qui offre selon elle par ses conditions de confidentialité, une cachette pour les terroristes.
Bien que le Royaume-Uni possède déjà un des meilleurs systèmes de surveillance, avec la mise en place du "Investigatory Powers Act" en 2016 par Theresa May elle-même lorsqu'elle était ministre de l'Intérieur, une loi qui permet d'intercepter et de retenir des informations confidentielles en ligne jugées dangereuses pour la nation, cela ne semble pas suffisant.
Les accusations de Theresa May ont suscité la réaction des grands d'Internet qui se sont empressés de rappeler leurs efforts de ces six derniers mois sur la question de la sécurité en ligne. Contrairement aux propos de la Première ministre, le directeur des affaires publiques de Facebook au Royaume-Uni, Simon Milner, et celui de Twitter, Nick Pickles ont assuré que leurs réseaux s'efforçaient d'être "un environnement hostile aux terroristes" et que leurs équipes réagissaient de plus en plus rapidement pour supprimer des contenus dangereux de leurs sites.
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En mars, Twitter avait déjà supprimé près de 400.000 comptes aux tendances extrémistes, et Telegram, une application de messagerie sécurisée souvent utilisée par les groupes de terroristes, en a bloqué 17.000 depuis le début de l'année 2017.
Facebook a de son côté embauché 3.000 modérateurs dont le rôle est de réagir et de supprimer un lien ou un contenu lorsque celui-ci leur est signalé par des internautes. Le géant des réseaux sociaux, ainsi que Google, sont aussi très actifs dans la lutte contre la propagande terroriste, en venant en aide à des groupes anti-terroristes en augmentant la diffusion de leurs comptes. Leur but final: "S'assurer que les terroristes n'ai pas de voix en ligne", d'après Google.
Toutes ses mesures ne sont pas passées inaperçues, l'ONU ayant même publié un rapport en décembre 2016, félicitant les géants numériques au sujet de leurs mesures anti-terroristes.
Un seul problème persiste : un contenu dangereux ne peut être retiré d'un site qu'après sa publication. Il est donc impossible de couper le message terroriste en ligne à sa source, sauf en installant une censure qui envelopperait tous les contenus sur Internet. Une mesure que le gouvernement de May aimerait faire passer et qui inquiète les entreprises de technologie. Les autorités britanniques voudraient pouvoir avoir accès à des conversations et des messages privés dans des applications comme Whatsapp, pour intercepter de potentielles attaques.
Une vague de critiques face aux accusations de Theresa May est très vite apparue. Le porte-parole de Telegram, Markus Ra a même fait part de son indignation sur son blog, en expliquant que mettre fin à des services de messagerie n'arrêterait pas les terroristes mais les pousserait seulement à employer des moyens de communication plus difficiles à tracer.
Beaucoup d'opposants à la Première ministre ont notamment pointé du doigt sa démarche en l'accusant d'opportunisme, à quelques jours des élections législatives du jeudi 8 juin. En effet, il semblerait que la conservatrice essayerait de faire oublier son erreur passée de réduire les effectifs de police lorsqu'elle était ministre de l'Intérieur.
Enfin, lorsque Theresa May a menacé de porter atteinte aux lois garantissant les Droits de l'Homme dans son discours, ses défenseurs et les opposants aux conservateurs se sont empressés de réagir. Le leader des Lib Dems, Tim Farron n'a pas hésité à faire un commentaire au Guardian quand Madame May expliquait que "si les Droits de L'Homme faisaient obstacle à ces démarches (de surveillance), nous n'hésiterons pas à modifier les lois pour les rendre possibles."
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Tim Farron a déclaré que cette réforme de la liberté d'expression serait un scandale.
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