Baisse des dépenses publiques : "pas de recette miracle", selon France Stratégie

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Pour Bercy, la mission fixée par le gouvernement de réduire la dépense publique de trois points d'ici la fin du quinquennat est  loin d'être inatteignable.
Pour Bercy, la mission fixée par le gouvernement de réduire la dépense publique de trois points d'ici la fin du quinquennat est "loin d'être inatteignable". (Crédits : Reuters)
Les économistes de France Stratégie ont examiné les méthodes des différents pays européens pour réduire leurs dépenses publiques.

Alors que le gouvernement veut baisser la dépense publique avant la fin du quinquennat, France Stratégie vient de publier une note qui vise à étudier les stratégies utilisées dans les autres pays étrangers pour alléger cette dépense. Si les comparaisons internationales peuvent présenter des limites, notamment en termes de périmètre établi pour ce type de dépense, elles permettent d'avoir un éclairage sur les méthodes et les erreurs à ne pas commettre.

"En outre, la mesure du poids des dépenses publiques recèle toujours une part d'arbitraire comptable qui peut fausser un peu les comparaisons internationales" précise le document.

Dans son programme, Emmanuel Macron s'est engagé à réduire la dépense publique d'au moins 3 points d'ici à 2022, date à laquelle devrait atteindre 52% du PIB. Un objectif "loin d'être inatteignable" selon l'organisme.

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Le niveau de dépense de la France n'est pas "une anomalie"

Le niveau des dépenses publiques s'est élevé à 56,4% du PIB en 2017. "C'est 10 points de plus que la moyenne de l'Union européenne", souligne la note. Les auteurs expliquent néanmoins que "notre niveau de dépenses publiques, très élevé lorsqu'on le compare à la moyenne européenne, n'est pas en soi une anomalie". En France, de nombreux services et dépenses sont socialisés comme les retraites ou l'éducation alors que, dans d'autres pays, ces dispositifs sont financés sur des fonds privés.

Le centre de réflexion rattaché au Premier ministre souligne également que de tels écarts peuvent s'expliquer par des priorités données à certains secteurs comme la Défense. La France consacre par exemple près de 2% de son PIB à ce secteur alors que la moyenne européenne est deux fois inférieure. Enfin, les disparités peuvent également s'expliquer par des différences de structures démographiques importantes, "mais aussi des décalages conjoncturels".

> Lire aussi  : Loi de programmation militaire : les députés approuvent la hausse du budget de la défense

Des politiques publiques inefficientes

Pour les rédacteurs de la note, il convient néanmoins de s'interroger sur l'inefficience de certaines politiques publiques.

"Dans le cas de la France, de nombreux rapports et études mettent en évidence que, malgré des dépenses publiques plus importantes que chez nos voisins, notre pays n'obtient pas de meilleurs résultats pour beaucoup de politiques publiques, voire en obtient de moins bons."

Ce constat suggère "qu'il doit être possible de réduire la dépense pour des résultats identiques, ou d'obtenir de meilleurs résultats pour le même niveau de dépenses". Dans certains domaines, le rôle de la dépense publique est parfois controversé sur sa réelle efficacité ou son utilité.

Les pays scandinaves en exemple

Dans leur étude, les spécialistes ont passé en revue plusieurs pays européens divisés en trois grands groupes. Les dépenses Pays d'Europe centrale et orientale (PECO), les pays d'Europe du Sud et les pays d'Europe du Nord ont ainsi été passées à la loupe par ces experts.

Si les deux premiers groupes sont à leurs yeux peu pertinents pour établir des comparaisons avec la France, les États d'Europe du Nord ont retenu l'attention de l'organisme de réflexion et plus particulièrement la Suède et la Finlande.

Ces deux pays scandinaves "se distinguent par l'ampleur de la baisse structurelle de leur ratio de dépenses, chacun de l'ordre de 7 points de PIB en l'espace de cinq ans, de 1996 à 2001." La note souligne bien que, si les deux États ont pu profiter de la vigueur concomitante de leur croissance potentielle, ils sont passés par des transformations profondes "suite aux crises bancaires et aux récessions qui ont frappé les deux pays au début des années 1990". Ils citent notamment le cas de la Suède qui a réformé en profondeur son système de protection sociale avec le refonte du système des retraites.

"Aucune recette magique"

Dans leur conclusion, les experts ont mis en exergue trois éléments. D'abord, les pays étudiés "ont fait porter une part substantielle de leurs ajustements sur la masse salariale publique et sur les transferts sociaux (y compris crédits d'impôt)". Dans les cas de la Suède et de la Finlande, les ajustements les plus importants, se sont accompagnés de réformes touchant les procédures budgétaires elles-mêmes. Enfin, les rédacteurs soulignent que l'objectif de la baisse structurelle du poids des dépenses publiques, de 2 à 3 points sur cinq ans n'est pas un objectif irréaliste.

"21 pays de l'UE sur 27 y sont parvenus au moins une fois, les pays européens y sont parvenus au moins une fois au cours des vingt dernières années, et certains d'entre eux l'ont fait dans un contexte de croissance potentielle modérée, hors toute période de crise aiguë."

21 sur 27, car quatre pays n'y sont pas parvenus : l'Italie, la Belgique, le Danemark et... la France.

En dépit de ces trois leçons, l'étude conclut qu'il n'y a pas de "recette magique" pour réduire la dépense,  "tant les choix opérés dans les ajustements budgétaires reflètent en réalité des inefficiences ou des préférences collectives propres à chacun des pays considérés."

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a écrit le 28/05/2018 à 9:35 :
France stratégie n'a pas d'idée pour diminuer la dette publique. Moi, j'en ai quelques unes dont celle-ci. Arrêter immédiatement le versement de subventions à des gens qui ont d'important patrimoine, tels les céréaliers, les patrons marins pêcheurs, les arboriculteurs , les éleveurs ect
a écrit le 28/05/2018 à 2:41 :
et oui, aucune recette miracle pour ne plus gaver d'aide sociale les 7 millions de ponctionnaires
a écrit le 27/05/2018 à 19:25 :
Quand on crée une communauté de communes, on ne supprime pas les services communaux qu'on veut mutualiser mais on recrute une équipe supplémentaire au niveau de la communauté. Quand on crée des "EPT" dans la métropole du Grand Paris, c'est la même chose et en plus les départements sont conservés... Alors forcément, à force de ne pas choisir, on n'y arrive pas...
a écrit le 27/05/2018 à 18:34 :
Pourquoi ne pas avouer que notre modèle économique dépend d'un endettement massif croissant que seuls les Etats peuvent assumer? Vouloir réduire les dépenses publiques sans remettre en cause le système économique mondial et le système de création moéntaire est voué à l'échec.
a écrit le 27/05/2018 à 14:56 :
Il a y quand même de grosses pistes à étudier pour réduire la dépense publique. La fusion des régions n'a pour l'instant apporté aucune économie et il faut relire Zoé Shepard pour comprendre l'ampleur du problème. Une diminution de 30% du personnel des collectivités régionales et départementales est à rechercher au plus vite et le budget global "petits fours" est à diviser par 10. Ensuite, le nombre de commune étant pléthorique, imposer une fusion des communes de moins de 1.000 habitants, et de leurs services, avec leurs voisines est à envisager. Il faut ensuite mutualiser de très nombreux services, à commencer par l'informatique, au niveau des régions/départements/communautés et sans doute au-delà.
Pour la fonction publique d'Etat, deux pistes sont à exploiter : 1) la réduction du nombre de statuts (toujours promise, jamais réalisée) dont les coûts de gestion internes sont énormes (notations, entretiens, commissions, pour chaque statut ou presque - délirant !) et 2) le passage d'une notation des personnels de 12 à 18 ou 24 mois car les RH consomment un temps fou et n'ont qu'une utilité très faible pour la plupart des statuts.
Ensuite, il faut simplifier et décloisonner l'Etat et son fonctionnement sur un plan général. La dernière réforme de simplification a été torpillée en interne, il faut la reprendre et aller bien plus loin.
a écrit le 27/05/2018 à 11:01 :
deux conseillers pour macron :
link de black rock (reçu à trois reprises en an un par macron) et l UE et ses lobbies financiers.
hormis cela rien de nouveau
a écrit le 27/05/2018 à 9:20 :
Attention, Pas de commentaires qui ne soit pas réglementairement en extase devant l'inanité de France Stratégie et le cirque macronien, sinon, poubelle.
a écrit le 27/05/2018 à 7:58 :
La différence provient du prix de l'énergie. Voir la note n°6 du CAE. Il faut répartir les charges sociales sur le travail et sur la consommation d'énergie.
a écrit le 26/05/2018 à 20:00 :
Pas de recette miracle tant que le pouvoir sera a Bruxelles et a Washington!
a écrit le 26/05/2018 à 19:54 :
Il faudrait faire en sorte que les retraites évoluent exactement comme les recettes de TVA, d'ailleurs une partie de la retraite (la CNAV) pourrait être financée par la TVA. Sinon l'objectif de baisse est un peu arbitraire et en vérité le bon exemple à suivre serait le Danemark. Ce qu'il faut viser surtout, c'est de la productivité administrative et une annulation du déficit. On pourrait agir en effet mais les politiques de tous bords refusent de simplifier l'organisation territoriale (par ingestion des conseils départementaux par les régions hormis le social qui doit être recentralisé, et par décentralisation complète : tout hormis la régulation, le régalien strict et le social : les profs, les routes, ....). De même avant de baisser il faut simplifier drastiquement les prélèvements et les allocations (en réduire le nombre, annuler les exceptions et niches, les planchers et plafonds,...)...ce qui permettra d'affecter les agents des impôts et des CAF à des tâches plus utiles. Enfin il faut digitaliser (et si possible automatiser) toute la relation avec l'administration.
a écrit le 26/05/2018 à 14:49 :
L’ensemble doit devenir plus adaptatif. Un système trop sclérosé devient inefficient, surtout qu’autour tout change extrêmement vite : les technologies, les économies, la géopolitique, les partenariats et accords internationaux… tout influe et on peut d’ailleurs le constater dans le premier graphique de la Note de France Stratégie, le gap de dépenses publiques/PIB de 2008/2009 est flagrant.
En dehors de ce contexte imprévu, à contrario il y a une sorte d’effet cliquet qui fait qu’une fois une dépense engagée elle le semble devenue ad vitam aeternam. Il y a tout de même des pays qui ont drastiquement réduit leurs dépenses publiques dans la foulée de la crise, par comparaison avec le graph. 8 des autres pays, le notre ressemble à celui de l’Espagne plus qu’à l’Allemagne ou à la Suède. Il faudra probablement s’adapter à d’autres soubresauts économiques, puisque malgré sa puissance théorique, l’UE ne crée pas encore de cohésion autre que commerciale et monétaire, ce qui est déjà bien vu nos déficits.
Quand aux politiques, elles sont devenues depuis longtemps normatives plus que réformatrices, émulatives, plus que restrictives et donnent dans une surenchère dépensière qui nous amène aux insupportables taux de prélèvement. Surtout au sentiment qu’on a atteint une limite et qu’il ne reste aucune de marge de manœuvre. Ce qui retire une variable au pacte de stabilité, finalement assez souple à l’origine.
Pour imager de manière caricaturale l’autre travers des « politiques publiques », on promet beaucoup et on fait « openbar ». Ceux qui peuvent dès le début se goinfrer de petits fours le font, une fois à table il ne reste que des repas frugaux à répartir. Tout le monde semble surpris lorsque quelqu’un vient présenter la note et nous voilà est déjà au gouvernement suivant.
C’est bien que le rapport propose des solutions, avec des objectifs à atteindre, un peu comme pour tout un chacun. Mais on le voit actuellement, le secteur public ne se considère pas comme tout un chacun.
a écrit le 25/05/2018 à 22:30 :
Fermez France strategie avec 800 autres agences françaises, baisser d'autant le montant des impôts, la Grance gagnera en croissance notablemment.
a écrit le 25/05/2018 à 22:30 :
Fermez France strategie avec 800 autres agences françaises, baisser d'autant le montant des impôts, la Grance gagnera en croissance notablemment.
a écrit le 25/05/2018 à 20:16 :
C'est que du connerie politique francais: dans ses campagnes prochaines, chaque candidat prometera de revoir les lois et sancions du president anterieur. Dans les autres pais tous les lois etc sont fixes pour un validite au moins de 5 ans.
a écrit le 25/05/2018 à 19:05 :
Bulshitt typiquement enarco-science-potard qui se termine en "l'avenir tranchera" , belle foutaise qui évite de froisser les nuls qui font semblant de gouverner..
a écrit le 25/05/2018 à 19:01 :
il y a des "recettes" évidentes pour contenir cette question qui devient LA raison de notre perte de compétitivité: 1. croissance zéro de le dépense et 2. stopper tout projet qui ne fait pas partie des missions régaliennes de l'état. L'état veut tout faire, et le fait MAL! et nos fonctionnaires sont aujourd'hui mal payés et peu efficaces. Il faut ouvrir les yeux.
a écrit le 25/05/2018 à 18:51 :
Du côté de certaines danseuses de la république : CESE, France Stratégies, French Tech... la liquidation de ces officines peut faire économiser un bon paquet de millions....
a écrit le 25/05/2018 à 16:42 :
organisme ratache au premier ministre donc aucune credibilite
a écrit le 25/05/2018 à 16:12 :
Va falloir un jour les réduire ces dépenses publiques, il ne reste plus que 42 % des contribuables pour payer l'IR et dans 3 ans plus de TH. Le gouvernement va encore augmenter la dette de l'état de 100 milliards cette année , plus les 35 milliards de la SNCF.
A part ça, tout va très bien madame la marquise.

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