Les excédents allemands n'expliquent pas nos déficits publics

L'égoïsme économique de l'Allemagne serait responsable des problèmes rencontrés par certains pays européens notamment la France. Décryptage d'un mythe. Par Nicolas Marques, Institut économique Molinari.
(Crédits : Reuters)

Il est une croyance fort répandue : la rigueur financière serait exclusivement allemande au contraire du reste de l'Europe. La chancelière Allemande, au pouvoir depuis 13 ans, serait la digne héritière de ses prédécesseurs ordo-libéraux, défenseurs de principe de l'orthodoxie financière. Sa recherche effrénée de l'équilibre budgétaire complexifierait la donne, que ce soit lorsqu'il s'agit de mener des politiques contra-cycliques ou de développer plus encore la construction européenne. Cette façon de voir, malencontreusement alimentée par un discours récent du Président de la République, relève du mythe. Décryptage.

Théorie des stabilisateurs automatiques

Premier aspect, il n'existe pas de différence de vue théorique entre les corpus théoriques allemands et français en termes de dépenses publiques. De part et d'autre du Rhin, nous sommes adeptes, en pensée ou en pratique, de la théorie des stabilisateurs automatiques. Les périodes de crise doivent permettre aux déficits contra-cycliques de se développer, afin de favoriser la reprise économique. Inversement les périodes d'embellies sont censées être mises à profit pour rééquilibrer les comptes. D'où l'intégration d'une marge de manœuvre de 3% des déficit publics dans les critères de Maastricht. D'où, aussi, l'intégration dans le traité d'un seuil de dette publique à ne pas dépasser (60 % du PIB). La dette, obérant nos marges de manœuvre et celles des générations futures, est censée toujours rester sous contrôle. Ces règles communes ne tombent pas du ciel. Loin d'avoir été imposées aux Français, elles ont été proposées et défendues par notre plus haute administration. Je me souviens, jeune étudiant, de mes professeurs d'économies et de finances publiques expliquant avec fierté comment la France avait réussi à imposer au reste de l'Europe des critères que nous n'aurions aucun mal à respecter, contrairement à nos voisins...

L'Allemagne n'est pas isolée

Deuxième aspect, cet engagement commun est respecté par une proportion non négligeable de pays de l'Union. Il y a bien sûr l'Allemagne qui a connu 7 ans d'excédents publics en 20 ans. Au global, sa dette est sous contrôle. Elle est aujourd'hui du même montant qu'avant la dernière crise économique. Une situation radicalement différente en France, avec des dérapages publics depuis 1975 de l'ordre de 3,3% du PIB par an. Dans un discours récent à Cologne, le Président de la République français invitait la chancelière allemande à se défaire d'un « fétichisme perpétuel pour les excédents », accréditant en creux l'idée d'une Allemagne isolée.

Or, la réalité est bien différente. Les derniers chiffres montrent que 12 autres pays arrivent à équilibrer leurs comptes publics. Des excédents notables sont, par exemple, enregistrés en Suède (+1,3%), aux Pays-Bas (+1,1%) ou au Danemark (+1%). Passer sous silence cette tendance n'aide pas à faire la nécessaire pédagogie autour de l'importance du retour à l'équilibre budgétaire en France. Elle introduit de l'ambiguïté dans un discours présidentiel montrant par ailleurs l'attachement à une baisse des dépenses publiques. Une ambivalence regrettable, car notre inaptitude à rééquilibrer les comptes en période de reprise économique nous expose en cas de retournement conjoncturel.

Les excédents publics des uns n'empêchent pas les autres d'équilibrer leurs comptes

Troisième aspect, veillons à ne pas véhiculer des visions économiques clivantes et sans fondements. Dans son allocution à Cologne, le Président a invité l'Allemagne à se défaire de ses excédents budgétaires et commerciaux au motif qu'ils seraient faits « aux dépens » d'autres pays. Un amalgame sans fondement. Si les excédents commerciaux des uns sont les déficits commerciaux des autres, cette logique ne s'applique pas aux finances publiques. Il n'y a aucune raison que les excédents publics des uns empêchent les autres d'équilibrer leurs comptes. Ce sophisme, contre-productif au regard du travail de pédagogie à faire en France, est aussi inutilement clivant vis-à-vis de voisins dont nous sommes dépendants. Nous avons en permanence besoin d'eux en tant qu'acheteurs de dette publique. Les statistiques officielles montrent que 55% de la dette créée par l'Etat est détenue par des non-résidents et que le volume d'émissions est significatif. La richesse et l'épargne de nos voisins nous profitent donc. Conformément à l'adage populaire, évitons d'être l'hôpital se moquant de la charité, même si nos voisins pensent, à tort ou à raison, faire un bon placement en achetant nos titres de dettes.

Besoin d'intelligence collective

Ajoutons que nous sommes susceptibles d'avoir encore plus besoin de la confiance et de la compréhension de nos voisins si notre situation ne s'améliorait pas significativement avant le prochain retournement conjoncturel. S'il s'avérait que la qualité de la dette française était remise en cause, à l'image des déboires rencontrés il y a quelques années par nos voisins du Sud, nous aurions besoin de bien plus d'intelligence collective qu'un remake contemporain de la fable de la cigale et la fourmi. Ce texte, publié il y a 350 ans par Jean de la Fontaine dans un recueil destiné à l'éducation du Dauphin, décrit un risque qui ne devrait pas être négligé. Il ne tient qu'à notre intelligence collective qu'il ne reste qu'une allégorie.

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Commentaires 30
à écrit le 25/05/2018 à 11:58
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la zone euro va évoluer compte tenu de l'aggravation des distorsions financières entre les pays performants ( Allemagne , Pays Bas , Autriche ,..) et ceux en difficulté (France , Espagne , Italie ,..). les choix techniques sont divers , mais il est ...

à écrit le 23/05/2018 à 10:38
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Nos amis italiens vont mettre fin à ces discussions s'ils refusent de payer leurs dettes .Dans le cas d'un effondrement de l'Euro et de l'UE je suggère que l'on revienne à une saine politique nationales en revendiquant la rive gauche du Rhin ,notre f...

à écrit le 23/05/2018 à 7:51
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Les allemands travaillent beaucoup et exportent beaucoup avec beaucoup d'effort, raison pour les éxédents. Les allemands ne peuvent pas profiter d'anciennes colonies. Les français dépensent stupidement leur argent public, raison pour les déficits.

à écrit le 23/05/2018 à 7:49
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Il faut appliquer la note n°6 du CAE. Qui le comprendra?

à écrit le 22/05/2018 à 22:40
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Les excédents allemands n'expliquent pas nos déficits publics, mais la monnaie commune le peut avec l'ouverture des frontières a tout va!

le 23/05/2018 à 14:10
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La France est en déficit depuis 1973, 25 ans avant l'Euro. Elle avait des frontières fermées aussi à l'époque... Donc si la France toute seul est si forte, pourquoi elle n'a pas été en meilleure santé économique avant l'Euro ?

à écrit le 22/05/2018 à 20:25
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Le " modèle " économique allemand selon les européistes fervents, n'est pas transposable. Déconstruire les discours officiels en bref : la fameuse règle d'or (60 % de dette, 3 % de déficit) a été imaginée en 1981 sur un coin de table en 1h par des éc...

le 23/05/2018 à 12:37
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Gus,vous me faites marrer:vous croyez qu'il n'y a pas aussi beaucoup de travailleurs pauvres en France?Et encore plus qu'en Allemagne parce que que le cout de la vie est bien supérieur ici

à écrit le 22/05/2018 à 19:07
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Les déficits publics français ne seraient pas source de croissance en Allemagne? Si tel est le cas alors l’auteur aurait raison. Malheureusement il semblerait qu'il ait a tord, et je le regrette car sinon Mélenchon avait le meilleur programme! Co...

le 22/05/2018 à 20:35
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beau charabia, encore un expert es' économie. vous êtes drôle, vos commentaires sont également . Demandez le job de l'auteur N. Marques.....trop drôle comme dhab celui là.

le 22/05/2018 à 20:37
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là, c'est vraiment simpliste comme réponse.

le 22/05/2018 à 20:38
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là, c'est vraiment simpliste comme réponse.

le 23/05/2018 à 14:08
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Super votre nouvelle idée économique, "La France fait avancer l'Europe avec ses déficits". Vaste blague. Nos déficits sont liés à une politique de redistibution généreuse, qui bénéficie à des gens modestes qui ne roulent pas en BM, mais consommetn d...

le 23/05/2018 à 16:51
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Effectivement nous avons un gros déficit bilatéral avec la Chine (30 milliards), mais celui avec l'Allemagne (14) et les pays bas (8) est presque aussi important. Nous offrons 1 point de PIB à nos deux voisins du nord! Avec 1 point de PIB en p...

à écrit le 22/05/2018 à 18:08
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En fait la problématique française s’inscrit plutôt dans la culture de la dépense publique ! En effet, tous élus impliqués dans les finances publiques sont convaincus que les budgets se doivent d’être au mieux soldés et dans la normalité, dépassés. É...

à écrit le 22/05/2018 à 17:12
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La France a une surface largement supérieure à tous les autres pays de l’UE et qui coûte donc plus cher à entretenir (y compris l’Outre-Mer). De plus les dépenses pour La Défense sont largement plus élevées par la France (2 fois plus que l’Allemagne ...

le 23/05/2018 à 12:43
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La France a des handicaps (dont on se gargarise pour justifier nos faiblesses) , mais aussi de nombreux avantages : attractivités touristiques, patrimoine culturelle, espace maritime, langue, taux de natalité (qui coute en éducation mais rapport en ...

à écrit le 22/05/2018 à 16:46
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M. MARQUES comprend il un minimum l'économie ? Evidement, quand on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez, on imagine que les excédents / déficits commerciaux n'ont rien a avoir avec les excédents / déficits budgétaires.

à écrit le 22/05/2018 à 15:53
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Nous sommes vampirisés dans notre marché intérieur par nos partenaires et je ne vous parle pas du marché extérieur c'est encore pire , regarder les grosses berlines étrangères autour de vous avec des valeurs qui montent à plus de 100 000 euros . Vou...

à écrit le 22/05/2018 à 15:41
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La Cigale FR est seule responsable de ses 45 années non stop, de déficit, qui cumulées nous donnent 2260 Milliards d'eur de dette : 97% du PIB annuel.

à écrit le 22/05/2018 à 14:10
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L'Allemagne n'a pas comme la France, des départements d'Outre Mer qui ne peuvent pas donner du travail à leurs enfants, des indemnités de chômage plafonnées qui n'aident pas toujours à quitter le régime de l'indemnisation, des entreprises où l'on ne...

à écrit le 22/05/2018 à 13:46
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'''''Je me souviens, jeune étudiant, de mes professeurs d'économies et de finances publiques expliquant avec fierté comment la France avait réussi à imposer au reste de l'Europe des critères que nous n'aurions aucun mal à respecter, contrairement à n...

le 22/05/2018 à 16:28
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l'Italie est mal uniquement au niveau de sa dette. Son commerce extérieur est largement excédentaire (l'€ ne lui convient donc pas si mal...) et son budget dégage un excédent primaire. Son seul -mais considérable- problème est une dette qu'elle traîn...

le 22/05/2018 à 19:14
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Vous ignorez l'essentiel! Le principal problème économique de l'Italie est sa très faible croissance, sans doute du à une insuffisance de dépense publique (d'éducation notamment) dans une recherche absurde d’excédents budgétaires et commerciaux sous...

le 28/05/2018 à 21:57
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@[email protected] : si la dépense publique permettait de doper la croissance ça se saurait : la France, quasi championne du monde en matière de dépense publique devrait avoir un taux de croissance très élevé, or il n'en est rien (pire, en termes de PIB...

à écrit le 22/05/2018 à 12:46
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L'auteur passe sciemment sous silence les plus de 15 ans de modération salariale que l'Allemagne s'est imposée, et qui sont de facto une dévaluation compétitive CONTRE ses partenaires européens, car non concertée avec eux. Si on rajoute à cela un Eur...

le 22/05/2018 à 16:49
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Distribuer du pouvoir d'achat par des injections d'argent public issu de déficits budgétaires récurrents n'est pas une chose tenable dans la durée. C'est le modèle économique de la France, où l'on croit encore que la croissance peut être tirée par la...

à écrit le 22/05/2018 à 12:27
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"La richesse et l'épargne de nos voisins nous profitent donc" Et bien dites donc qu'est-ce que ce serait si elle ne nous profitait pas ! "Politique économique : les erreurs de l'Europe" http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2012/05/28/20002-2012...

le 22/05/2018 à 16:51
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"Et bien dites donc qu'est-ce que ce serait si elle ne nous profitait pas !" Très juste, ce serait bien pire...

le 22/05/2018 à 19:11
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Voilà, seule compétence dont est capable l'UE, aller vers toujours pire. Car pire que la situation actuelle je ne vois pas, donc au final si l'allemagne ne tenait plus l'europe sous respirateur artificiel ce serait mieux pour tout le monde non ? ...

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