Brexit : dans le flou, May et Corbyn tentent de convaincre

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La Première ministre Theresa May sur le plateau de Sky News et de Channel 4, lundi 29 mai.
La Première ministre Theresa May sur le plateau de Sky News et de Channel 4, lundi 29 mai. (Crédits : REUTERS/Stefan Rousseau)
Invités par Sky News et Channel 4 lundi soir, Theresa May et Jeremy Corbyn ont disposé de 40 minutes chacun pour convaincre les électeurs britanniques, à 11 jours des élections législatives au Royaume-Uni. Sur la question du Brexit, les deux prétendants au 10 Downing Street ont prudemment exposés leurs stratégie. Quitte à paraître flous.

Theresa May avait prévenu dès le 19 avril, jour officiel de la convocation des législatives anticipées : hors de question de participer à un débat télévisé au cours d'une campagne qu'elle souhaitait passer sur le terrain, au plus près des électeurs. La Première ministre était donc absente du débat entre les principaux chefs de partis, organisé par ITV le 18 mai, tout comme son principal rival, Jeremy Corbyn. Lundi soir, pourtant, les deux prétendants aux 10 Downing Street étaient tous les deux réunis au même endroit - des studios télé - et au même moment - environ 20h30. Sans jamais s'adresser la parole. Dans un format similaire à celui testé lors des dernières élections, en 2015, May et Corbyn ont, l'un après l'autre, répondu pendant une vingtaine de minutes aux questions posées par le public avant de passer sur le gril de la star (sur le déclin) de l'interview politique outre-Manche, Jeremy Paxman. L'occasion pour eux de clarifier, ou non, leur stratégie sur le Bexit et de réaffirmer leurs différences. Sans vraiment convaincre.

■ Du Remain au Leave : "Le peuple a parlé"

C'est quasiment le seul point commun entre le leader des travaillistes et la cheffe des conservateurs sur le Brexit. Tous deux ont soutenu le camp du Remain avant le référendum. Tous deux promettent aujourd'hui d'œuvrer pour faire sortir le Royaume-Uni de l'Union européenne. Interrogé par Paxman sur son changement "d'avis", Theresa May a refusé à plusieurs reprises de dire si elle croyait désormais que le Brexit était bon pour le pays, contrairement à ce qu'elle soutenait pendant la campagne l'an dernier. "Ce qui importe, c'est de respecter le choix des Britanniques et de faire du Brexit un succès", a-t-elle affirmé en substance.

Du côté de Jeremy Corbyn, même son de cloche. La position inconfortable des travaillistes, qui favorisent un "soft" Brexit pour tenter de contenter tout le monde, a été pointée du doigt par deux jeunes électrices du parti présentes dans le public. L'une partisane du Leave et inquiète du niveau de l'immigration, l'autre ayant voté Remain et attirée par la position anti-Brexit des Liberal Democrats. Pour justifier le numéro de funambule du Labour sur la question, le député d'Islington-North (Londres) a joué... au funambule, en mettant en avant le fait que les Britanniques avaient choisi et que l'important était à présent de "construire un partenariat" avec le continent.

■ Face à Bruxelles, entre attaque et coopération

La volonté de Theresa May de négocier un "hard" Brexit, une rupture nette avec l'Union européenne, n'est un secret pour personne. Dans cette optique, la Première ministre a adopté ces dernières semaines un ton défiant vis-à-vis de Bruxelles, notamment après sa rencontre à Londres avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Contrairement à Jeremy Corbyn, qui a mis l'accent lundi sur la coopération future avec l'UE, May a axé l'essentiel de son argumentaire sur les seuls intérêts du Royaume-Uni. "Pas d'accord du tout sera toujours mieux qu'un mauvais accord", a-t-elle martelé, déclenchant pour la seule fois de son intervention les applaudissements du public. "Je serai une femme difficile et ferai en sorte que nous négocions dur."

Pour sa part, le leader des travaillistes a attaqué l'attitude et les menaces de la Première ministre notamment sur le projet, un temps évoqué, de transformer le Royaume-Uni en paradis fiscal aux portes de l'Europe. "Il nous faut construire une relation basée sur l'absence de barrières tarifaires", a-t-il assuré. A en croire Jeremy Corbyn, "il y aura un accord". Hors de question donc, d'envisager l'éventualité d'un échec des négociations. Quand May menace de fermer la porte, le travailliste l'entre-ouvre. Et tente d'amadouer l'Union européenne.

Jeremy Corbyn

Jeremy Corbyn face au journaliste Jeremy Paxman, lundi 29 mai. (Crédits Reuters : Stefan Rousseau)

■ Le concret reste flou

En dépit de la publication dans leurs programmes respectifs des grandes lignes sur la question, les deux leaders sont restés assez flous au moment de rentrer dans les détails du futur accord et de ses conséquences. Si Jeremy Corbyn a admis que le Brexit entraînerait la fin de la liberté de mouvement des personnes, sa réponse à la question sur la réduction potentielle de l'immigration était pour le moins imprécise. "Il y aura peut-être moins d'immigrés", s'est-il contenté de répondre, avant de rappeler que les conservateurs promettent depuis de nombreuses années une baisse du solde migratoire sans jamais y parvenir.

| Lire aussi "Le Brexit est une opportunité, pas une fin en soi"

Idem sur la question de la facture à régler avant de quitter l'Union européenne. Alors que certaines estimations avancent un coût 100 milliards de livres, May et Corbyn ne se sont à aucun moment risqués à dévoiler le montant qu'ils seraient disposés à payer, malgré les relances insistantes de Jeremy Paxman. "Il faudra que le Royaume-Uni respecte ses engagements légaux et que l'Union européenne fasse de même", a prudemment déclaré Corbyn. "Ce qu'il faut voir en priorité, c'est l'argent que nous n'enverrons plus à l'UE et que nous pourrons utiliser pour notre économie", a de son côté rétorqué May à une spectatrice accusant les conservateurs d'avoir menti avant le référendum sur les 350 millions de livres potentiellement allouables chaque semaine au système de santé. Là encore, aucun montant, même approximatif, n'a été donné par la Première ministre.

Certes, le principe même d'une négociation implique une grande prudence des parties, pour ne laisser paraître aucun signe de faiblesse. Certes, aussi, la proximité des élections incite May et Corbyn à une grande prudence, pour éviter tout faux-pas. Mais les approximations des deux leaders de parti hier a aussi donné à voir un élément important : ni l'un, ni l'autre, ne sait réellement à quoi s'attendre une fois les négociations ouvertes, le 19 juin prochain.

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Commentaires
a écrit le 31/05/2017 à 9:33 :
" ... sur l'absence de barrières tarifaires" "............. ben voyons !
... le droit de cuissage sur la crémière en plus , peut-etre ?
Le culot et l'égoisme de ces anglo-saxons est sans limite !
a écrit le 31/05/2017 à 9:00 :
" Et tente d'amadouer l'Union européenne."

Voilà a défaillance majeur de nos partis sociaux démocrates (oui le programme du labour semble ancré à gauche mais bon ce ne sont que des mots...) cette espèce de naïveté béate envers l'UE, cette main tendue envers ce qu'ils prennent comme symbole de la démocratie.

L'UE c'est le rejet du choix des électeurs français en 2005 et la magouille phénoménale pour passer outre, c'est l'évasion fiscale massive des multinationales et de leurs actionnaires milliardaires favorisée par des hauts cadres de celle-ci, c'est l'austérité à perpétuité et des peuples pauvres de plus en plus pauvres et des oligarchies de plus en plus riches, c'est la dictature de l'agro-industrie c'est la destruction de nos services publics au profit de privés toujours plus cher pour un service toujours moindre, ce sont des contrôles quasiment absents concernant les différents flux économiques, du début à la fin.

Alors moi qui dans les idées serait bien plus proche de Corbyn je préfère la sincérité de May et ce qui semble être une belle détermination en elle, je fais bien plus confiance dans la volonté des gens de bien faire pour le plus grand nombre que dans tout ceux qui ne peuvent s'empêcher de se raccrocher à des dogmes foireux qui n'ont fait que prouver leur hypocrisie et leur inefficacité pour les citoyens.

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