Catalogne : les indépendantistes restent en position de force

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La défaite de la CiU d'Artur Mas est-elle la& défaite de l'indépendantisme catalan ?
La défaite de la CiU d'Artur Mas est-elle la& défaite de l'indépendantisme catalan ? (Crédits : GUSTAU NACARINO)
La défaite du centre-droit autonomiste à Barcelone devant Podemos ne signifie pas que le camp indépendantiste a perdu le 24 mai en Catalogne. En revanche, il s'ancre de plus en plus à gauche.

A quatre mois d'élections régionales cruciales pour l'avenir de la Catalogne, les élections municipales du 24 mai ont-elles enterrés les espoirs des indépendantistes ? C'est ce que laisse penser l'élection phare de cette journée, celle de la mairie de Barcelone où l'alliance menée par Ada Colau, regroupant le parti anti-austérité Podemos et l'alliance de gauche ICV-EuiA, a devancé avec 25,21 % des voix le parti régionaliste Convergencia i Unió (CiU) qui n'obtient que 22,72 % des voix. La défaite est cuisante pour Artur Mas, le président de la CiU, qui est aussi le chef du gouvernement régional, la Generalitat. Or, Artur Mas est, depuis 2010, une des grandes figures de l'indépendantisme catalan. Après avoir maintenu le 9 novembre dernier le « référendum » consultatif sur l'indépendance, il a lancé, en janvier, l'idée d'élections « plébiscitaires », autrement dit centrée sur la question de la séparation avec l'Espagne. Mais cette défaite de la CiU est-elle une défaite plus générale du camp indépendantiste ? Podemos et ses alliés sont en effet de fervents défenseurs du « droit à décider » pour les Catalans, mais ils sont opposés à l'indépendance.

Les indépendantistes en tête

Une observation détaillée des résultats permet d'y voir plus clair. L'élection de Barcelone pourrait bien être l'arbre qui cache la forêt. L'ensemble des quatre partis ouvertement indépendantistes (CiU, la gauche indépendantiste d'ERC, l'extrême-gauche de la CUP) rassemblent 1.425.447 voix, soit 46,73 % des suffrages exprimés. Les partisans de l'unité avec l'Espagne (Parti socialiste catalan, Podemos et leurs alliés, Ciudadanos et Parti populaire) rassemblent, eux, 1.330.818 voix, soit 43,7 % des suffrages exprimés. Or, en 2011, le camp indépendantiste avait recueilli &.097.717 voix, soit 40,02 % des suffrages exprimés, tandis que les partisans de l'union avec l'Espagne avaient cumulé 1.362.019 voix, soit près de 49,53 % des suffrages exprimés. Autrement dit, les partis favorables à la rupture avec Madrid ont gagné en quatre ans 338.000 voix et 4,5 points de pourcentage, tandis que les unitaristes se sont maintenus en voix et ont perdu près de 6,3 points de pourcentage.

Ces données brutes doivent cependant être prises avec précaution dans la mesure où les élections municipales ne traduisent pas forcément les sentiments des électeurs sur la question de l'indépendance. Dans certaines municipalités, seules des listes locales apolitiques se présentent. Par ailleurs, au sein de certains partis, comme ICV-EuiA, les alliés de Podemos, ou même la CiU (qui est une coalition entre le parti d'Artur Mas, franchement indépendantiste, et les démocrates-chrétiens, plus régionalistes), les sentiments vis-à-vis de l'indépendance sont contrastés. Ceci explique aussi l'écart entre les votes en faveur du camp indépendantiste et les 1,82 million de « oui » à l'indépendance du 9 novembre.

En réalité, ces élections municipales montrent une évolution dans les deux camps. La Catalogne a connu un net coup de barre à gauche, comme l'ensemble de l'Espagne. Les électeurs catalans ont aussi sanctionné les partis au pouvoir, comme les autres électeurs espagnols. Mais ces changements n'ont pas réellement affecté les rapports de force entre indépendantistes et unionistes, qui, depuis 2010, sont marqués par la poussée des premiers.

Evolution à gauche du camp indépendantiste

Ainsi, le recul de la CiU s'explique par l'usure du pouvoir, la politique d'austérité, les divisions internes et l'impact des scandales de corruption qui ont frappé l'ancien « homme fort » de la Catalogne, Jordi Pujol, ex-président de la CiU. Ce recul est cependant plus que compensé par la poussée de la gauche indépendantiste : les sociaux-démocrates d'ERC passent de 8,98 % à 16,40 % des suffrages exprimés, tandis que l'extrême-gauche de la CUP fait plus que tripler son score en passant de 2,16 % à 7,14 % des suffrages exprimés. Autrement dit, l'indépendantisme catalan s'ancre de plus en plus dans une vision « de gauche », autour notamment de la défense de l'Etat providence contre un Etat espagnol devenu de plus en plus synonyme d'austérité. ERC et CUP ont, dimanche, obtenu ensemble près de 50.000 voix de plus que la CiU. En 2011, ils en avaient 500.000 de moins ! Ceci signifie également que, le 27 septembre, les électeurs de Podemos et de lCV-EuiA pourraient être tentés également par un vote indépendantiste.

Un camp unioniste très divisé

Dans le camp unioniste, le fait marquant est la double dégringolade des partis « nationaux » par rapport à 2011 : parti socialiste (PSC) et parti populaire (PP). L'opposition féroce de ces deux partis depuis Madrid au processus d'autodétermination catalan n'est sans doute pas pour rien dans cette chute qui atteint huit points pour le PSC et cinq points pour le PP. Cette chute est en partie seulement compensée par la montée de Ciudadanos (7,43 % contre 1,22 % en 2011), une formation qui a mis beaucoup d'eau dans son vin unioniste. Mais le parti centriste peut être déçu. D'origine catalane, il ne parvient pas réellement à percer dans sa propre région. L'autre gagnant du camp unioniste, c'est la coalition électorale menée par Podemos, qui a obtenu 11,8 % des voix, mais qui regroupe les partis de gauche ICV-EuiA qui, en 2011, avait mobilisé 8,98 % des suffrages. La hausse est donc sensible, mais pas déterminante pour faire avancer le camp unioniste. Or, précisément, Podemos était un des principaux obstacles pour l'indépendance en représentant une alternative de gauche pour l'Espagne.

L'indépendance se gagne à gauche

Au final, l'indépendantisme catalan apparaît comme le vainqueur de ce scrutin municipal. Rien ne permet de dire si, le 27 septembre, il en sera de même. L'évolution interne de CiU et le comportement d'ICV-EuiA restent des éléments déterminants et encore incertains. Il faudra également savoir si ces élections seront réellement « plébiscitaires » alors qu'à Barcelone, Ada Colau a commencé des discussions pour gouverner avec l'ensemble de la gauche, ERC et CUP comprise. Mais ce scrutin du 24 mai a permis de clarifier certains éléments : l'indépendantisme demeure fort en Catalogne et prend une couleur politique de gauche de plus en plus marqué. C'est donc désormais sur la capacité des unionistes à convaincre que l'Espagne peut maintenir et développer l'Etat providence que va jouer la question de l'indépendance de la Catalogne.

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Commentaires
a écrit le 27/05/2015 à 21:56 :
Pour ceux qui on des doutes sur le caractère raciste du nationalisme catalan l'intervention un peu plus haut, bien que dans un français aproximatif en est une démonstration sans ambiguité.
Plus sérieusement ciutadan's=ciudadanos
il s'agit au départ d'un groupe d'intellectuels catalans, principalement de gauche, anciens de PSUC , et beaucoup, anti-franquistes historiques engagés, comme l'écrivain Francesc Carreras ou le dramaturge Albert Boadella, écoeurés tant par la dérive nationaliste, que par l'attitude électoraliste des deux principaux partis PP et PSOE. Ces deux partis pour obtenir des majorités au parlement, s'allient avec les nationalistes régionaux, leur concédant de plus en plus d'autonomie, les politiciens nationalistes catalans livrant le contrôle de l'éducation aux plus radicaux des séparatistes, et les gouvernements nationaux fermant les yeux sur toutes les affaires de corruption des dirigeants. Surtout le plus important, le célebre Jordi Pujol.
Ces intellectuels fondent le forum citoyen (foro ciutadan's) en 1997 nom en hommage à Josep Taradellas, le premier président de la generalitat, qui revenu d'exil prononça cette phrase lors de son premier discours à Barcelone , le 23 octobre 1977 "Ciutadan's de Catalunya ja soc aqui"(Citoyens de Catalogne me voilà ici)

En employant le terme ciutadan's (citoyens) il entendait sortir la Catalogne et l'Espagne des dérives du chauvinisme régional, et promouvoir la notion de citoyenneté au delà des régions, des tribus. Défendre la convivialité inter-territoriale, l’égalité et l’équilibre des droits et des devoirs au sein de toutes les régions espagnoles, et surtout parmi tous les citoyens espagnols. Les régions n'ont pas de droits, seuls les individus en ont.

Le forum citoyen se transforme en parti à partir de 2005, et doucement s'implante comme une force alternative à la dérive nationaliste, comme à l'hypocrisie du PPSOE. Ils subissent un nombre incalculable d'agressions physiques de la part des nationalistes déchaînés contre eux, Albert Rivera reçoit des menaces de mort.

Son courage à défendre les valeurs de la citoyenneté au delà des nationalités, leur respect des formes, sans se poser comme parti nationaliste espagnol ni centraliste, comme leur humilité, imposent le respect.

Pour le reste, économiquement, ils ne sont pas plus originaux que le PPSOE ou les nationalistes, ou l'UMPS. A l'inverse de "podemos" qui comme Syriza entends renverser la table et redémarrer sur des paradigmes économiques basés sur les "gens' et non sur les caprices des marchés.
a écrit le 27/05/2015 à 18:49 :
A.Godin nous donne la version optimiste des nationalistes, de fait dimanche soir j'ai suivi le résultat sur tv3, chaine, financé par les nationalistes, et les explications de Aymeric sont exactement celles que les nationalistes donnaient, mais la tête qu'ils faisaient en disait plus long sur leurs sentiments, que leurs explications. Ils savent que les indépendantistes sont hyper-mobilisés, et se rendent à toutes les convocations électorales, et aussi que beaucoup, le 9N, votèrent si-si car c'était pour le fun ou pour "hacer la puneta al PP" comme Ada Colau l'a dit, en précisant qu'elle n'était pas pour l'indépendance.
ni 1,4M ni 1,8M ne représentent la majorité du corps électoral qui est de 5,4M. Ce que ne précise pas Aymeric c'est la rupture entre les villes et les campagnes, ce scrutin a confirmé le caractère rural du mouvement. Les neuf plus grandes villes de Catalogne, là où se trouve l'essentiel de son économie restent "unionistes" Barcelone était l'exemption et est retourné à un mouvement dont l'indépendance est le cadet des soucis. La première grande ville avec un conseil municipal pour CiU est Reus loin devant sont Badalona, Hospitalet, Cornella en fait toute la ceinture rouge de Barcelone, plus Tarragone et Lleida qui reviennent à la gauche "unioniste"
C'est un problème beaucoup plus important pour les indépendantistes, l'"Espagne" pourrait proposer un référendum d'autodétermination comme les canadiens, par circonscriptions administratives, et se serait la fin du mouvement nationaliste.
Par ailleurs en plus d'avoir perdu Barcelone, les nationalistes perdent deux éléments de leur argumentaire
Un parti formé par un groupe d'intellectuels 100% catalans, souvent venus de l'anti-franquisme au départ mouvement appelé foro ciutadan's et plus tard transformé en parti, a fait une entrée fracassante dans toutes les régions d'Espagne, rompant le mythe selon lequel les espagnols n'aiment rien qui vienne de Catalogne.C'est ce qu'a rappelé un de ses représentants sur TV 3 aux nationalistes, dont le visage était décomposé.
De plus l'Espagne, Madrid et Barcelone en tête retrouvent leur tradition assembléaire et libertaire. l'argument nationaliste tendant à nous faire croire que l'Espagne a dans ses gènes le franquisme perd sa pertinence. Sur ils auraient préféré garder Barcelone que toute l'Espagne vote pour le PP, et que Ciutadan's se prenne une veste.
Réponse de le 27/05/2015 à 21:06 :
Valencia vous vous trompez.
CIU,Erc,Cup= 1400000 votes
PSC,PP,Ciudadanos=1000000 votes
Ciudadanos est un parti démagogue qui n'a jamais dirigé.
Il surfe sur l'anti catalanisme.Dans 10 ans,il aura disparu et la Catalogne sera indépendante.Les jeunes génération de la banlieue de Barcelone vont s'identifier de plus en plus a la Catalogne.Podemos ,ICV sont partagés sur la question.
a écrit le 27/05/2015 à 7:18 :
Je trouve cet article pour le moins loin de la réalité ou tout du moins des subtilités politiques locales. D'abord, il faudrait clairement préciser qu'il n'y a que deux élus, peut -être trois
trois, étiquetés podem sur les onze gagné par la liste Barcelona en Comú.... que l'on est donc très très loin d'une victoire de podemos comme pourtant rappelé dans le chapeau de cet article... les médias français et leur vision parigot-parisienne sont décidément en dessous de tout ! Ensuite, il serait de bon ton de rappeler les prises de position exprimées depuis dimanche par Ada Colau, comme ses initiatives politiques pour comprendre que l'enjeu du scrutin du 27 S est clairement en considération. Enfin, il faudrait peut-être souligner que parmi les électeurs de la liste Barcelona en Comú il y a des indépendantistes, des Républicains, des fédéralistes. ....
a écrit le 26/05/2015 à 23:37 :
CiU n'est pas autonomiste, mais independantiste ( de 2012 en avant), jusqu'a cette date ils veulent, pour le dire d'une maniere simple, une autonomie totale au sein de l'Espagne.

Quand à la victoire de Colau et si elle c'est la defaite de l'independantisme, elle est a favour du droit à l'autodetermination et a voté pour le OUI.
Réponse de le 27/05/2015 à 13:45 :
Elle vota oui pour protester, mais elle ne l'est pas, sa priorité est d'aider les personnes.
a écrit le 26/05/2015 à 19:35 :
Juste pour compléter votre article Podemos et Ciudadanos sont favorables à un référendum pour laisser les catalans s'exprimer. Podemos est contre l'indépendance de la Catalogne mais est pour une réforme constitutionnelle. Chez Ciudadanos, la tendance est aussi contre l'indépendance mais certains des membres du parti sont pour, dont la future maire de Barcelone , Ada Colau qui avait voté "oui" lors de la consultation citoyenne de septembre. L'indépendantisme catalan s'est développé depuis que le PP est arrivé au pourvoir. Mariano Rajoy est, pour moi, tout sauf un fin politique, il manque clairement de pragmatisme et ne veut visiblement pas ouvrir les yeux sur les conséquences de sa politique désastreuse qui détruit l'Espagne. Même après la raclée que le PP s'est pris lors des dernières élections, il a réussi à dire qu'il était "confiant" pour les prochaines élections en fin d'année, et qu'il ne changerait rien à sa politique alors que le PP a perdu la majorité absolue dans presque toutes les régions espagnoles et les grandes villes dont Valence et Madrid et qu'en Catalogne, les votes pour le PP qui n'ont jamais été brillants ont touché le fond ... Il a essayé d'effrayer les espagnols pour faire chuter podemos et Ciudadanos, résultat le bipartisme n'existe plus. Les espagnols et surtout les classes populaires qui ne voient pas le "redressement économique " annoncé par Rajoy ne sont plus dupes et n'hésitent plus à voter. Le chômage est toujours présent en Espagne (25%) et les personnes qui trouvent un travail ont des conditions salariales catastrophiques. Nous ne sommes vraiment pas à plaindre en France. Les mensonges de Rajoy ne marchent plus. Le peuple ouvrent les yeux sur sa politique neo franquiste. Sa mauvaise foi est insupportable.Les classes riches s'enrichissent , les classes moyennes et pauvres payent les conséquences. Pourquoi les membres du gvt ne baissent -ils pas leurs salaires exorbitants ? Ada Colau est un exemple , elle a baissé son salaire à 2 200 euros par mois, ce n'est pas la moitié du salaire de mon père qui est ingénieur. Bravo à elle, l'Espagne doit remédier aux problèmes de corruption et doit respecter les entités régionales . La majorité des catalans ne voulaient pas l'indépendance, mais ce sont les humiliations permanentes du gvt espagnol qui les poussent à bout. Le PP n'a plus de marche de manoeuvre et va sauter. Même le PSOE de Pedro Sanchez est prêt à faire des alliances politiques avec Podemos et Ciudadanos pour contrer le PP.
Réponse de le 26/05/2015 à 23:49 :
Juste une question, Ciudadanos n'est pour un referendum d'aucune maniere, ils ont eté creés en Catalogne pour representer un secteur concrete de la poblation, et cette secteur sont les nomeneés "charnegos" ils sont des gens qui, contrariement a la majorité de catalans d'origine non catalan, s'ont pas adapteé à la Catalogne, des gens qui vivent ici mais sont totalement anti-catalans, ne parlent pas catalans, ils s'en foutent tout le temps de la Catalogne, ils ont de veritable haine pour nous. Albert Rivera c'est juste un catalan fil de catalans d'origine non catalans mais qui sont adapteés, et il, concretement, c'est juste un catalan avec haine de sa proprie terre. Il est contre l'immersion linguistique en Catalan, il veut centraliser l'Espagne au style des pires temps du jacobinisme, ils ont des ex-falangistes en ses rangs.
a écrit le 26/05/2015 à 18:39 :
Romaric Godin, ou l'art de tirer la couverture à gauche dans sa conclusion.
a écrit le 26/05/2015 à 17:49 :
Brillant article!
Réponse de le 27/05/2015 à 18:51 :
Je suis français ,mon épouse catalane.Ma belle familles vit en Catalogne.L'article est très juste.Seul bémol: ICB-EUiA sont favorable à 50% pour l'indépendance .Quand à Podemos j'ai l’impression qu'ils s'enfichent:ils sont d'abord communistes...

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