Céréales ukrainiennes : Berlin et Paris refusent la prolongation des restrictions d'importation dans l'UE

La France et l'Allemagne ne veulent pas d'une prolongation des restrictions sur les importations de céréales ukrainiennes, imposées au mois d’avril par cinq pays voisins de l’Ukraine (Pologne, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Slovaquie) pour protéger leurs marchés locaux. Ce débat intervient quelques jours après le refus de la Russie de proroger l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes par la mer Noire.
Paris et Berlin expriment leur désaccord quant à la prolongation des restrictions concernant les céréales ukrainiennes.
Paris et Berlin expriment leur désaccord quant à la prolongation des restrictions concernant les céréales ukrainiennes. (Crédits : Reuters)

L'UE va-t-elle jouer les prolongations avec les restrictions concernant les céréales ukrainiennes ? Fin avril, la Commission européenne a autorisé cinq Etats voisins de l'Ukraine (Pologne, Hongrie, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie) à interdire la commercialisation de blé, maïs, colza et tournesol ukrainiens sur leur territoire, à condition qu'ils n'empêchent pas le transit vers d'autres pays. Ces restrictions « temporaires » ont pour but de permettre d'amortir l'impact de l'afflux massif des produits agricoles ukrainiens sur les marchés locaux, en endiguant la saturation des silos et l'effondrement des prix. Ces mesures devaient prendre fin à la mi-septembre mais les cinq Etats ont demandé la semaine dernière leur prolongation jusqu'à la fin de l'année.

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Les cinq pays ont déjà reçu 156 millions d'euros d'aide issue de la réserve de crise agricole de l'UE.

Des restrictions qui font débat depuis longtemps

L'éventualité d'une prolongation est jugée « inacceptable » par Kiev. « Toute extension des restrictions est absolument inacceptable et franchement anti-européenne. L'Europe a la capacité institutionnelle d'agir plus rationnellement plutôt que de fermer la frontière à une marchandise particulière », a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky lundi 24 juillet sur les réseaux sociaux.

Cette prolongation a également été vivement critiquée par plusieurs des Vingt-Sept Etats membres de l'UE, dont la moitié s'était déjà opposée au printemps à ces restrictions accordées aux 5 pays, dénonçant des distorsions au sein du marché commun.

« Nous sommes solidaires de la Pologne : nous sommes prêts à l'aider financièrement, nous disposons pour cela de mécanismes d'aide appropriés. Ce qui est inacceptable, c'est qu'on résolve des problèmes électoraux sur le dos de l'Ukraine », a estimé le ministre allemand de l'Agriculture Cem Özdemir, en référence aux élections polonaises de fin 2023. « La Commission doit maintenant dire clairement que ce n'est pas possible. Ces mesures sont limitées dans le temps, il est inacceptable que certains États membres passent outre les traités en vigueur », a poursuivi le ministre allemand.

Éviter une décision unilatérale

Mais la Pologne ne l'entend pas de cette oreille. « Soit la Commission accepte de préparer (...) des réglementations pour prolonger cette interdiction, soit nous le ferons nous-mêmes », avait insisté le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, disant défendre les agriculteurs de son pays.

« Il ne peut y avoir de mesures unilatérales, ni d'aventure individuelle, ce n'est que collectivement qu'on fera face au défi d'une déstabilisation des marchés (...), ça ne peut pas être décidé seul parce que sinon, il y a un report (des céréales) sur les autres pays », a déclaré Marc Fresneau, le ministre de l'Agriculture français.

Ce dernier appelle à une « discussion collective », même s'il a reconnu des perturbations sur les marchés français des œufs et de la volaille.

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Le refus russe

Cette demande de prolongation intervient quelques jours après que Moscou a annoncé la fin « de facto » de l'accord de la mer Noire qui permet à l'Ukraine d'exporter ses céréales par ces eaux. Depuis un an, il a permis de sortir près de 33 millions de tonnes de grains des ports ukrainiens, en dépit du conflit. Volodymyr Zelensky a quant à lui affirmé que Kiev était disposée à continuer ses exportations de céréales via la mer Noire malgré les dernières annonces russes.

« Même sans la Russie, tout doit être fait pour que nous puissions utiliser ce couloir (pour les exportations) en mer Noire. Nous n'avons pas peur », a indiqué le président ukrainien, selon des propos partagés par son porte-parole Serguiï Nykyforov sur Facebook.

La production de l'Ukraine est jugée essentielle pour empêcher une envolée des prix des denrées sur le marché mondial, qui risquerait de déclencher une crise alimentaire dans les pays les plus vulnérables.

Le marché du blé a bénéficié d'un peu de répit

Depuis la fin de cet accord, l'UE cherche à muscler les capacités logistiques de ses corridors terrestres et fluviaux permettant d'acheminer ces grains à travers l'Europe. Depuis quelques semaines, des camions et des trains transportent du grain depuis l'Ukraine via un couloir de solidarité, et des bateaux utilisent le Danube pour transporter cette marchandise, détaille le cabinet Agritel. Alors que le Danube permettait de faire transiter 20.000 tonnes de céréales par mois en mars 2022, ce chiffre s'élevait à 2 millions de tonnes en mars 2023. Et c'est grâce à ces alternatives que le marché n'a pas immédiatement réagit à l'annonce de la suspension de l'accord sur l'exportation des céréales ukrainiennes.

Ce n'est qu'à partir de la nuit du 18 au 19 juillet, et de ses frappes sur Odessa qui ont touché des silos que les prix ont augmenté, poursuit Agritel. La destruction d'une partie de la production du grain a enclenché l'escalade des tensions, qui a entraîné à son tour des incertitudes et par conséquent une hausse des prix. Cette dernière s'est accélérée dans la nuit de dimanche à lundi lorsque des frappes ont touché cette fois-ci des ports d'embranchement du Danube, remettant ainsi en cause les alternatives au corridor maritime. Le lundi 17 juillet, les prix du blé européen s'élevaient à 230 euros/tonne, tandis que quelques jours plus tard, le 24 juillet, ils avaient atteint 260 euros/tonne.

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(Avec AFP)

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Commentaires 3
à écrit le 26/07/2023 à 17:04
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Si l'UE ne parvient pas à empêcher le blocus alimentaire instauré par Poutine, alors l'inflation sur les produits alimentaires va repartir à la hausse !

à écrit le 26/07/2023 à 9:18
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En parlant d’Ukraine : Volodymyr Zelensky a dénoncé mardi "la trahison" d'un député récemment repéré en vacances dans un hôtel de luxe aux Maldives, alors que le président ukrainien évoque fréquemment le devoir d'exemplarité de la part des dirigea...

à écrit le 26/07/2023 à 1:57
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Et pendant ce temps-là, l'UE importe des céréales russes. Si tout n'est pas substituable, interdire ce qui l'est ne fait bizarrement pas parti des solutions retenues.

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