Un tabou diplomatique est levé. Mercredi soir, les eurodéputés ont adopté une résolution sur le renforcement du soutien militaire et financier de l'Ukraine, avec, fait inédit, un appel clair à la saisie des avoirs russes gelés. À « forte dimension symbolique », selon l'envoyé spécial du président français en Ukraine, ce texte est la première prise de position assumée sur un sujet qui fait débat depuis longtemps chez les dirigeants, ministres et diplomates européens.
Pourtant, les paramètres de l'équation sont clairs et concrets : pour combattre les forces armées russes, l'Ukraine a des besoins militaires constants et colossaux, qui se comptent en centaines de milliards d'euros. Or, selon l'estimation de la Commission européenne, le montant des actifs bancaires russes gelés dans l'UE avoisine les 210 milliards d'euros. Ajoutés à cette enveloppe, environ 20 milliards d'euros d'avoirs privés (propriétés de milliardaires, cadres politiques et haut gradés russes) dorment dans les banques européennes.
À l'heure des incertitudes et atermoiements américains vis-à-vis du soutien à Kiev, utiliser cette manne financière apparaît comme une solution efficace et cohérente pour l'Union européenne. En décembre dernier déjà, sa cheffe de la diplomatie, l'Estonienne Kaja Kallas, a d'ailleurs déclaré au quotidien The Guardian qu'une telle opération serait légitime face à « tous les dommages que la Russie a causés à l'Ukraine ». D'autant que l'UE utilise déjà les intérêts issus de ces avoirs gelés (estimés à environ 7 milliards d'euros sur l'exercice fiscal 2024-2025) pour financer une partie de son aide actuelle à l'Ukraine.