Emploi des jeunes : la France à la traîne en Europe

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Le taux de chômage des jeunes en France s'élevait à 22,4% à la fin du mois de juin dernier.
Le taux de chômage des jeunes en France s'élevait à 22,4% à la fin du mois de juin dernier. (Crédits : © Regis Duvignau / Reuters)
L’indice KOF du marché de l’emploi des jeunes, élaboré par l'école polytechnique de Zurich, indique que la France a perdu deux places au classement des pays européens les plus favorables aux jeunes actifs entre 2014 et 2015. Les effets de la crise semblent encore se faire ressentir pour cette catégorie de travailleurs, même après plusieurs années.

Après avoir subi de plein de plein fouet les effets de la crise, la situation des jeunes sur le marché du travail commence à montrer des signes d'embellie en Europe. Selon l'indice KOF (*) du marché de l'emploi des jeunes, publié ce jeudi 19 octobre, leur situation s'est améliorée dans presque tous les pays européens entre 2014 et 2015.

Une situation toujours tendue en France

Si des signes d'amélioration sont visibles de manière générale, les résultats publiés par le centre de recherche (KOF) de l'école polytechnique de Zurich (EPFZ) indiquent de vrais contrastes entre les pays européens. En ce qui concerne la France, le classement indique qu'elle a perdu deux places entre 2014 et 2015, passant de la 14e place à la 16e place malgré une légère amélioration de l'indice (4,86 en 2014 contre 4,88 en 2015, sur une échelle de 1 à 7). Et depuis la crise de 2008, la situation de la France est loin de s'arranger. Après avoir connu un indice se situant à 5,09 en 2007, le pays connaît une baisse régulière de cet outil malgré cette récente hausse. Plus grave encore, l'évolution de cet indicateur depuis 1990 illustre une vraie détérioration du marché du travail pour les jeunes. Et même si le chômage des jeunes est en baisse en France ces derniers trimestres, il s'élève à 22,4% au sens du bureau international du travail à la fin du mois de juin pour cette catégorie, contre 9,2% au niveau national selon les dernières données de l'Insee.

En revanche, les dimensions "système de formation" et "facilité d'accès au marché du travail" prises en compte dans l'indice, retrouvent des couleurs. Sur les deux dernières années étudiées, les deux principales baisses pour la France concernent les catégories "état du marché du travail" et "qualité du travail". D'après les derniers résultats, l'Hexagone se place tout de même au dessus de la moyenne européenne, qui se situe à 4,82.

Le Danemark et la Suisse en tête

La dernière publication de l'école suisse a confirmé la première position du Danemark, qui affiche un score de 5,79 en 2015, en légère progression par rapport à 2014. Viennent ensuite la Suisse (5,71), l'Autriche (5,48), l'Allemagne (5,47) et les Pays-Bas (5,44). Ce classement des quatre premiers pays demeure inchangé entre 2014 et 2015. D'après les auteurs de l'étude, les principales différences entre les quatre pays leaders reposent sur "la dimension 'Système de formation', l'Autriche et l'Allemagne réalisant des scores nettement inférieurs à ceux du Danemark et de la Suisse dans ce domaine". Les Pays-Bas, qui se situent au cinquième rang avec 5,44 points, "présentent aussi une marge d'amélioration sur le plan éducatif."

Dans le sud de l'Europe, de nombreux pays ont connu une embellie du marché du travail pour les jeunes. Le KOF agrégé a progressé en Croatie, en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Italie.

"Ces améliorations sont le signe d'un léger redressement par rapport à la période difficile qui a suivi la Grande Récession, durant laquelle le KOF YLMI avait subi une chute spectaculaire dans ces mêmes pays."

Le cas particulier de l'Allemagne

La situation des jeunes Allemands a retenu l'attention de l'institut suisse. "Parmi les pays de l'UE  à 28, l'Allemagne affiche l'évolution la plus impressionnante entre 2010 et 2015, en ce qui concerne les indicateurs 'taux de chômage',  'taux NEET' (**) et 'taux d'éducation formelle'". D'après la dernière livraison du KOF, les jeunes Allemands ont connu une réelle amélioration sur le front de l'emploi. De plus en plus sont engagés dans une formation, et "sur le marché du travail, les jeunes sont nettement moins exposés au chômage ou à l'inactivité". Ces signes encourageants ne doivent pas faire oublier que les jeunes actifs allemands sont confrontés à une précarisation du marché du travail et un risque de pauvreté accru. La libéralisation du marché du travail, permise par les réformes "Hartz" mises en oeuvre en 2003 et 2005 sous Gerhard Schröder, a favorisé le développement des mini-jobs faiblement rémunérés. La montée en puissance de ces emplois, ces dernières années, a contribué à une paupérisation de certaines catégories de travailleurs et un accroissement des inégalités de revenus, comme le rappelle une étude de la direction générale du Trésor.

"Cette performance sur le front de l'emploi doit pourtant être pondérée par la hausse des inégalités de revenus et de la pauvreté en Allemagne. Le taux de pauvreté a augmenté nettement entre 2000 et 2005, de 12,5% à 14,7%. La hausse est particulièrement marquée pour les personnes en emploi et plus encore pour celles au chômage."

> Lire aussi : Le bilan en demi-teinte de Merkel en cinq graphiques

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(*) L'indice KOF du marché de l'emploi des jeunes (KOF Youth Labour Market Index [KOF YLMI]) est un instrument d'analyse de la situation complexe des jeunes sur le marché du travail. L'indice adopte une approche multidimensionnelle pour comparer dans le temps les situations des jeunes dans divers pays. Hormis des indicateurs très courants tels que le taux de chômage des jeunes, le KOF YLMI tient également compte des conditions de travail, de la formation et de la facilité d'accès au marché de l'emploi. Douze indicateurs sont répartis sur quatre thèmes : "état du marché du travail ", "qualité du travail", "système de formation" et "facilité d'accès au marché du travail", et agrégés en un seul paramètre numérique, l'indice KOF YLM.

(**) Not in Education, Employment or Training: selon la définition d'Eurostat, l'indicateur des jeunes ne travaillant pas et ne suivant ni études ni formation, dont l'abréviation est NEET, correspond au pourcentage de la population d'une tranche d'âge donnée qui ne travaille pas et ne suit ni études ni formation complémentaire. Le numérateur de cet indicateur fait référence aux jeunes qui remplissent ces deux conditions: ils n'exercent pas d'activité professionnelle (c'est-à-dire qu'ils sont chômeurs ou inactifs) et n'ont reçu aucune éducation ou formation formelle ou non formelle au cours des quatre semaines précédant l'enquête.

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Commentaires
a écrit le 23/10/2017 à 11:25 :
RETRAITE EN EUROPE DE 60 ANS A 65 ANS? IL EST VRAIS QU UNE RETRAITE COUTE PLUS CHER QU UN CHOMEUR .MAIS AVEC L INPOSITION VOTEZ EN FRANCE DE LA CSG A TOUS CEUX QUI DEPASSE 1200 EUROS ET UNE SUPERBE IDEE POUR RECUPEREZ DE LARGENT DE PERSONNE QUI VIVENT TROP BIEN DE LEURS RETRAITES MIEUX QUE CEUX QUI TRAVAILLE? DONC SI CE PROCEDE EST APPLIQUE DANS TOUTE L EUROPE ONT ARRETERAS DE RECULEZ L AGE DE LA RETRAITE POUR ENFIN LAISSEZ DELA LA PLACE ET DES EMPLOIES A NOS ENFANTS ET PETIT ENFANTSEN ECONOMIE TOUS ETPOSSIBLE???
a écrit le 21/10/2017 à 9:05 :
Le titre aurait du être: "Les baby boomers français sont les plus égocentriques d'Europe, voir du monde" Les ravages de la Democratie (dictature de la majorité)...
a écrit le 20/10/2017 à 20:23 :
Mauvaise humeur.
Ce score de 22.4 % est catastrophique puisque cela hypothèque l’avenir d’une génération et aussi du pays.
Dans ce cas on ne pourra accuser les entreprises de licencier, peut être éventuellement de ne pas intégrer ou former autant d’apprentis ou de contrats alternance. Et encore, cela semble être plutôt un problème de coordination avec le système éducatif. Justement, on pourrait mettre cela sur le dos de l’enseignement, ou des élèves eux mêmes, cela voudrait dire que l’on aurait beaucoup de cancres ? Même si cela était ils auraient des excuses vu la quantité de cancres que l’on trouve aussi en politique et qui peuvent occuper des fonctions à responsabilité. Je ne parle pas du gouvernement actuel bien sur (loué soit son nom), mais des décennies de promesses et d’illusions qui on précédé.
On a tout de même eu des ministres qui préconisaient de faire travailler les seniors plus longtemps, ce qui à nombre d’emplois égal devrait mécaniquement et mathématiquement faire moins de travail pour les jeunes, sauf miracle ou découverte quantique.
La liste des erreurs et du désintérêt pour l’avenir est longue…
On ne peut que souhaiter bon courage aux nouvelles générations, surtout à ceux qui n’ont pas la chance d’être bien nés ou de faire partie de l’élite. Et à défaut de disposer la formation idéale, heureusement il y a l’outil internet qui permet aux plus motivés de se former sur les mooc et autres…

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