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ÉconomieUnion européenne

Grèce : ce que signifie le "non" de 1940

Photo de Romaric Godin

Romaric Godin

Publié le 04 juillet 2015 à 17:03 - Mis à jour le 05 juillet 2015 à 13:18

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Le 28 octobre 1940, le général Metaxas, dictateur grec, disait "non" à l'ultimatum de l'ambassadeur italien. Une date devenue fête nationale qui donne au "non" une valeur particulière en Grèce.

Le « non » a une signification particulière dans l'inconscient collectif grec. Ce « non » (όχι en grec moderne, prononcez « ochi ») rappelle immanquablement celui prononcé le 28 octobre 1940 par le dictateur grec Ioannis Metaxas, au pouvoir depuis 1936, à l'ambassadeur italien Emmanuele Grazzi. Un « non » qui fit entrer la Grèce dans une guerre terrible, mais redonna une fierté perdue à un peuple déchiré par la terrible défaite contre la Turquie en 1922.

La frustration du Duce

Ce « non » est d'abord le fruit d'une frustration. Celle de Benito Mussolini qui ne supportait pas de jouer les seconds rôles dans l'Europe qui a suivi la défaite de la France face à l'Allemagne en mai et juin 1940. Le Duce veut sa part de gâteau et ne se satisfait pas de l'occupation des Alpes Maritimes. Après avoir conquis l'Albanie en 1939, il lorgne sur la Grèce pour contrôler la Méditerranée orientale. Le 4 octobre 1940, il soumet son projet à Adolf Hitler qui le rejette. Le Führer nazi a déjà en tête son offensive prévue en mars contre l'URSS. Il doit arriver à Moscou avant l'hiver.

L'ultimatum du 28 octobre

Mais le Duce n'en fait qu'à sa tête, il met Berlin devant le fait accompli. Le 28 octobre à 3 heures du matin, Emmanuele Grazzi fait réveiller Ioannis Metaxas. Il lui demande alors de laisser la libre circulation aux troupes italiennes sur le territoire grec et de céder des points stratégiques. C'est alors que, dans son demi-sommeil, le dictateur répond spontanément d'un « non » qui va devenir le point de ralliement de tout un pays. Même les Communistes du KKE, pourchassés et déportés par Metaxas et liés en théorie par le pacte germano-soviétique, appellent à la résistance. Ce « non », explique le futur prix Nobel de Littérature Georges Séféris, cité par l'historien Olivier Delorme*, « signifiait que la Grèce allait livrer la guerre la plus difficile de son histoire, aux côtés de ceux qui attaqueraient les forces fascistes. »

Les Italiens repoussés

Le thème du « non » allait galvaniser la population et l'armée grecque. Les Italiens attaquent pourtant en force dès le 28 octobre, leur supériorité est incontestable. Le Duce s'attend à une promenade de santé. Mais la résistance grecque est acharnée et les Italiens font du surplace. En novembre, les troupes fascistes doivent entamer une retraite dans les montagnes de l'Epire poursuivis par les Grecs qui envahissent l'Albanie. Nul n'aurait parié sur un tel scénario. Le choc se répand jusqu'en France. A la frontière franco-italienne, raconte Olivier Delorme, les résistants français ont planté un panneau : « si vous voulez visiter l'Italie, engagez-vous dans l'armée grecque. » En mars 1941, une contre-offensive italienne échoue à nouveau lamentablement sur la résistance des troupes helléniques.

La conquête allemande

Les Grecs tiennent le front, mais leurs dirigeants hésitent à pousser l'avantage. Metaxas qui meurt en janvier 1941, son successeur Alexandros Koryzis et le roi Georges II sont plutôt germanophiles. Ils ne veulent pas rompre avec l'Allemagne et hésitent à faire de la Grèce un front allié contre l'Axe. Mais la résistance grecque pose un problème majeur à Adolf Hitler. Il ne peut lancer son offensive sur l'URSS avec un front ouvert dans les Balkans dont pourraiten profiter les Britanniques et qui pourrait prendre les forces de l'axe à revers. Pour attaquer la Russie, l'Allemagne a besoin de Balkans pacifiés. Il décide donc de mater lui-même la petite Grèce. Le 6 avril 1941, le pays est donc attaqué en même temps que la Yougoslavie. Malgré de beaux actes de bravoures, les Grecs ne peuvent résister à l'offensive allemande. Athènes est occupée le 27 avril, tandis que le gouvernement fuit vers la Crète qui résistera jusqu'au 1er juin.

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Un « non » qui a sauvé l'Europe ?

En passant, on peut souligner l'importance du « non » dans l'histoire mondiale. La résistance grecque a contraint Adolf Hitler à changer ses plans d'invasion de l'URSS. L'opération « Barberousse » ne commence que le 22 juin. Trop tard, sans doute pour atteindre Moscou avant l'hiver. L'offensive patine fin 1941 et Moscou ne sera jamais prise. Le « non » grec a-t-il sauvé l'URSS et, finalement, permis la victoire alliée ? On peut le penser, même si, évidemment, ce n'est qu'un élément parmi d'autres.

Deuxième fête nationale, celle de l'unité

Occupée par les Bulgares, les Italiens et les Allemands, la Grèce entre immédiatement en résistance. Le « non » de 1940 reste dans les mémoires et demeure un point de ralliement d'une résistance très active mais aussi très divisée. Juste après la libération, le 28 octobre devient la deuxième fête nationale du pays, le « jour du non », après le 25 mars, date de la proclamation de l'indépendance. C'est une fête à laquelle les Grecs sont très attachés et qui commémore un moment rare d'unité nationale dans une histoire marquée par les divisions.

Le refus du diktat des grandes puissances

C'est aussi le souvenir d'un moment où le peuple grec a refusé les ordres des grandes puissances. Or, dans l'histoire grecque, ceci signifie beaucoup. Le pays a été sous la « protection » après son indépendance des Puissances européennes, puis de ses créanciers après les deux faillites de 1893 et 1932. En 1915, le conflit franco-allemand a provoqué le « grand schisme » au sein du pays entre les monarchistes pro-allemands et les libéraux d'Eleftherios Venizelos, pro-français. Après la seconde guerre mondiale et la guerre civile, la Grèce était sous la surveillance des Britanniques, puis des Etats-Unis qui « protégèrent » le coup d'Etat de 1967...

En 2015, le choix du « non » n'est pas un hasard.

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Rien d'étonnant donc à ce que les dirigeants de Syriza aient choisi pour le référendum du 5 juillet une question à laquelle ils ont répondu « non. » Faire campagne pour le « non » est un avantage certain en Grèce. Du reste, face à l'offensive économique des créanciers, les partisans du rejet de leurs propositions peuvent aisément jouer sur l'esprit de résistance et de dignité nationale qu'inspire à chaque Grec le « non » de 1940.

* Pour plus de détails, llire le Tome 2 de l'Histoire de la Grèce et des Balkans d'Olivier Delorme aux éditions Folio-Gallimard.

Romaric Godin

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