« L’UE a besoin d’un coup de fouet » (Enrico Letta, ancien président du Conseil italien)
Propos recueillis par Antoine Malo
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Le 24 mai, à Barcelone.
LTD / DAVID ZORRAKINO/EUROPA PRESS VIA REUTERS
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LA TRIBUNE DIMANCHE - Après votre rapport au printemps sur la compétitivité de l'Europe, Mario Draghi a remis le sien cette semaine. Estimez-vous comme lui que, sans plan d'investissement massif, la survie de l'UE est menacée ?
ENRICO LETTA - Nos deux rapports poussent un même cri d'alarme qui, je l'espère, sera entendu par les décideurs. Le décrochage européen qui prévaut depuis des années nous conduit à une crise existentielle. Je termine ainsi mon rapport : l'inertie conduit au déclin. L'Europe a besoin d'un grand coup de fouet maintenant.
Les dirigeants européens ont-ils pris la mesure de cette urgence ?
Pris individuellement, ils en sont tous convaincus. Mais quand on les met ensemble revient le réflexe de défense des prérogatives nationales. Il faut pourtant dépasser cela et aller de l'avant. Une seule personne peut les y inciter : Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne.
Mais comment peut-elle les convaincre ?
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D'abord, il faut rendre visibles les dégâts de la fragmentation européenne, et évidents les avantages d'une plus grande intégration. Prenons l'exemple de notre industrie de défense : 80 % de nos dépenses pour aider l'Ukraine, soit 140 milliards d'euros, ont servi à créer des emplois dans le Michigan, en Corée du Sud ou en Turquie. Si nous arrêtons le chacun pour soi et mettons en commun nos industries de défense, on créera des emplois en France, en Italie, en Espagne... C'est la même chose pour les marchés financiers : aujourd'hui, l'argent de notre épargne part aux États-Unis pour alimenter et renforcer les entreprises américaines. Ainsi, chaque année, 300 milliards s'envolent. Retenir cet argent sur le continent permettrait d'investir dans le secteur le plus important aujourd'hui : l'aide à la transition écologique dont ont besoin les agriculteurs, l'industrie automobile, les propriétaires de maisons. Ces aides ne peuvent venir que d'un mix public-privé.
Propos recueillis par Antoine Malo