Brexit : la Banque d'Angleterre sort son "bazooka monétaire"

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La Banque d'Angleterre a abaissé son taux directeur d'un quart de point, à 0,25 %.
La Banque d'Angleterre a abaissé son taux directeur d'un quart de point, à 0,25 %. (Crédits : REUTERS/Justin Tallis)
Pour la première fois depuis 2009, la banque d'Angleterre a abaissé son taux directeur afin de soutenir l'activité britannique, en berne depuis le Brexit. Elle accompagne cette baisse de plusieurs mesures de soutien.

Comme attendu, la Banque d'Angleterre (BoE) a donc abaissé d'un quart de point son taux de refinancement à 0,25 % - une première depuis 2009 - afin de soutenir l'activité britannique, en berne depuis le Brexit voté le 23 juin dernier. Elle accompagnera par ailleurs cette baisse de plusieurs mesures de soutien. Cette annonce est tout sauf une surprise car lors de la dernière réunion du Comité de politique monétaire (MPC) de la Banque d'Angleterre, le 14 juillet dernier, il avait été décidé de ne rien faire dans l'attente de données sûres concernant un ralentissement britannique. Mais ce ralentissement ne faisait déjà aucun doute, et la publication récente de l'indice des directeurs d'achat « PMI » en chute vertigineuse dans les services, l'industrie et la construction, et qui s'est affiché à son plus bas niveau depuis avril 2009, a fini de convaincre l'institution gouvernée par Mark Carney. D'autant qu'en parallèle, le moral des consommateurs et des industriels est en berne et l'activité immobilière ralentit.

Mesures de complément

En guise de politique contra-cyclique, la « Vieille Dame de Threadneedle Street » actionne donc le levier monétaire, et de manière prononcée. La BoE ne s'est en effet pas limitée à la baisse de son taux directeur. Elle a accompagné son action de trois mesures de soutien supplémentaires, attendues par les analystes. Dans le détail, le MPC a en fait relevé le plafond du programme de rachats d'actifs - dits d'assouplissement quantitatif - lancé en 2009 (qui a atteint en juillet 2012 375 milliards de livres), à 435 milliards de livres. Ce nouveau plafond a notamment pour but d'acheter de nouveaux titres jugés « sûrs» auprès de fonds de pension ou compagnies d'assurance, par exemple, afin de les pousser à investir en échange dans des actifs plus risqués, comme les obligations d'entreprise ou les actions. La Banque d'Angleterre a aussi annoncé l'achat direct de 10 milliards de livres d'obligations d'entreprises britanniques. Enfin, le MPC a décidé de muscler son programme de crédit bon marché aux banques visant à leur faire prêter davantage aux ménages et aux entreprises. Il s'agit concrètement d'un accès à un total de 100 milliards de livres mis à disposition par la BoE pour permettre aux institutions financières de bénéficier au plus vite de l'abaissement du taux directeur.

hLes marchés financiers ont bien accueilli ces annonces : à 17H10, le Footsie, l'indice boursier phare de la place londonienne, gagnait 1,68 % à 6.745 points. Au même moment, la livre sterling était en repli. L'euro gagnait en effet 1,25 % à 0,8475 pence, et le dollar 1,38 % à 0,7611 pence.

Objectif de 2 % d'inflation

Ainsi, la BoE compte atteindre son objectif de 2 % d'inflation, qui s'établit pour l'instant à 0,5 %. Cette relance monétaire inédite outre-manche interroge, du reste, dans un contexte économique actuel qui rend la fuite en avant monétaire des banques centrales relativement inefficace. On le voit notamment avec la Banque centrale européenne qui éprouve les pires difficultés à transmettre sa politique monétaire expansionniste à l'économie réelle. En effet, s'il est toujours possible de donner des facilités de liquidités aux banques, il est dans le contexte actuel, bien plus ardu de stimuler la demande des entreprises et des ménages. Ainsi la BoE ne peut, seule, « libérer le potentiel enfoui de l'économie britannique, ou même obtenir des entreprises qu'elles investissent davantage qu'elles ne le font déjà », notait l'analyste de ETX Capital Neil Wilson.

Mieux articuler actions budgétaire et monétaire

D'autant que la BoE a aujourd'hui décidé d'agir seule sans attendre de connaître les décisions de politique économique de la première ministre, Theresa May, annoncées pour l'automne. Le but aurait été d'articuler en bonne intelligence les politiques budgétaires et monétaires.

Enfin, malgré les chiffres de la croissance britannique qui étaient bons au deuxième trimestre, en hausse 0,6 % en glissement annuel, force est de constater que les conséquences du Brexit provoquent des réactions de grande ampleur outre-manche. En actionnant le levier monétaire de la sorte, Mark Carney se garde en effet très peu de marges de manœuvre pour resserrer la vis si besoin à l'avenir. Espérons pour le Royaume-Uni que les annonces de ce jeudi 4 août produiront leurs effets, car la BoE a abattu une carte majeure.

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Commentaires
a écrit le 05/08/2016 à 12:17 :
Il est normal de se préparer a sortir d'une tutelle et de montrer que l'on en est digne!
a écrit le 05/08/2016 à 9:06 :
Finalement ils devront quand même sortir le carnet de chèque pour commercer avec l'europe comme la Norvège et la Suisse sans plus participer aux décisions, il n'ont rien gagner avec la Brexit, a part une crise économique et les ravages de la pauvreté en Angleterre avec des salaires très low costs" l'équivalent du RSA français qui diminue encore plus avec la chute de la livre !
a écrit le 04/08/2016 à 17:37 :
Quand on sait militairement ce qu'est un bazooka, on peut se demander sur le Royaume Uni n'a pas decidé encore une fois de faire chambre à part et de déicder lui même de son propre avenir. Je suis allé en Angleterre en 2008 après y être allé en 1987 au collège et là il me semblait que beaucoup de chose avait changé au pays de la Reine Elisabeth II
La sécurité tout d'abord avec des caméras à tous les coins de rue et surtout dans le métro londonien l'ambianc un peu plus difficile pour les étrangers et les ressortissants de l'UE, l'opinion des Anglais vis à vis de l'UE (en fait a quoi celà servait-il d'être dans l'UE si celà ne nous rapporte rie du tout ?), les médias très britanniques, la nostalgie du passé et de la victoire de la Seconde Guerre Mondiale : oui l'ambiance etait moins festive qu'en 1987 ou il y avait eu une très grosse tempête en octobre. J'ai découvert que le Royaume Uni etait une île à part entière avec ses propres règles, ses lois et son eurosepticisme légendaire. Alors sortir le bazooka ne changera rien à la décision des Britanniques et surtout du Brexit pour les Anglais. TOut ce qui compte c'est que l'Angleterre est une economie prospère, des nouvelles industries, une Reine qui pête la forme et une politique très british : même le Brexit ne changera pas les Anglais. Brexit or not Brexit, the bazooka is outside !
a écrit le 04/08/2016 à 15:52 :
En Gros la Banque d'Angleterre fait ce qu'elle avait déjà fait lors de l'énorme crise financière de 2007 - 2008 et heureusement qu'elle était là car si à cette époque le Royaume-Uni s'était trouvé dans la zone euro, il aurait évolué vers la situation de la Grèce ou de l'Espagne avec chômage énorme dû à une dévaluation interne comme seul moyen de sortie de crise remplaçant la dépréciation de la monnaie, le QE, et d'autres mesures. Les taux souverains britanniques baissent aujourd'hui pour atteindre quasiment des plus bas historiques. Ils monteraient en flèche si l'exit concernait un pays membre de la zone euro (tant qu'il n'en ait pas sorti et que de ce fait il ne dispose pas de sa propre banque centrale à la manœuvre). Effectivement à court et à moyen terme, le Brexit, pour le Royaume-Uni , peut avoir quelques effets négatifs même avec l'accompagnement indispensable de la Banque d'Angleterre. A long terme si le pouvoir en place sait l'utiliser intelligemment, la souveraineté pourra être profitable à l'ensemble du pays (sauf peut-être aux bénéficiaires du système d'avant Brexit).

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