Catalogne : un pas de plus vers l'indépendance

En déposant des projets de loi pour former des structures d'Etat, la majorité sécessionniste catalane s'engage dans une vraie désobéissance avec Madrid. Un nouveau défi pour les partis politiques espagnols.

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Le parlement de Catalogne va définir quelles seront les futures structures de l'Etat catalan.
Le parlement de Catalogne va définir quelles seront les futures structures de l'Etat catalan. (Crédits : Reuters)

Un pas de plus vers l'indépendance. Les deux groupes de la majorité sécessionniste au parlement catalan ont déposé mercredi 3 février au soir trois projets de lois auprès du bureau de l'assemblée. Ces trois textes présentent des objets en apparence anodins : « loi sur la protection sociale catalane », « loi sur l'administration fiscale catalane » et « loi sur l'organisation judiciaire catalane. » mais ces objets sont des leurres visant à empêcher toute contestation en amont de leur contenu.

En réalité, ces trois lois entendent créer trois piliers de la future république catalane indépendante : la sécurité sociale, le fisc et la justice. Leur véritable objet est de créer des structures catalanes propres, indépendantes de Madrid et fonctionnelles une fois la sécession réalisée. Les projets déposés au bureau du parlement ce mercredi laissent en fait une grande latitude : ce sont des « coquilles vides » qui devront être rédigées par les commissions parlementaires et, éventuellement, par le gouvernement

Réaliser la déclaration du 9 novembre

Cette décision traduit la détermination du camp indépendantiste dans la mesure où il s'agit là de l'application de la résolution votée le 9 novembre dernier. Cette dernière, en effet, dans son cinquième paragraphe mentionne que « le parlement de Catalogne considère qu'il est pertinent de débuter dans une période de trente jours le traitement des lois sur le processus constituant la sécurité sociale et les finances publiques. »

Cet engagement était bloqué par le désaccord entre les deux partis de la majorité, Junts Pel Sí et la CUP, sur le nom du futur président. Mais, le 10 janvier dernier, un président de compromis, Carles Puigdmont, a été élu et a pu former son gouvernement. Le dépôt des projets de lois est donc dans les temps prévus par la résolution. D'autant que la semaine prochaine, le parlement a constitué une commission sur le procès constituant afin de préparer une constitution pour le futur Etat catalan.

Acte de désobéissance

Avec le dépôt de ces lois, les Indépendantistes confirment donc leur volonté de poursuivre le « processus de déconnexion » avec l'Espagne, malgré la décision du Tribunal Constitutionnel espagnol (TC) de censurer la résolution du 9 novembre 2015. Ces différentes mesures sont, en réalité, une application stricte de cette résolution qui déclarait « solennellement l'ouverture du processus » et prévoyait que le parlement ne « se soumettra pas aux décisions des institutions de l'Etat espagnol, en particulier à celles du TC. » Le TC a annulé la résolution, mais le parlement catalan poursuit son application. Autrement dit, c'est le processus de désobéissance de fait à l'Espagne, sans lequel en réalité il ne peut y avoir d'indépendance puisque le régime juridique espagnol refuse toute sécession, qui a commencé.

Profiter du vide espagnol ?

Les partis unionistes ne s'y sont pas trompés. Ce jeudi, tous étaient scandalisées par cette décision. Le responsable du groupe Ciudadanos (centre-droit) au parlement catalan, Fernando de Páramo a estimé que les Indépendantistes « veulent sortir de l'ordre démocratique. » Quant au leader régional du Parti populaire (droite) Xavier Albiol, il a demandé l'intervention du gouvernement espagnol. L'ennui, c'est évidemment que l'Espagne n'a qu'un gouvernement de transition. Selon Fernando de Páramo, les Indépendantistes entendent profiter de ce « vide de pouvoir » pour agir, ce qui a été également la une du quotidien madrilène El País. Mais, on l'a vu, la présentation des lois entre dans le cadre d'un calendrier défini par la résolution du 9 novembre.

Quelle attitude pour le gouvernement catalan ?

Reste à comprendre la position du gouvernement catalan. Une fois au pouvoir, Carles Puigdemont, que l'on pensait radicalement indépendantiste, a joué une partition fort modérée, indiquant que la Catalogne « n'était pas prête pour l'indépendance. » Une certaine cacophonie a ensuite été entendue entre les membres de la majorité. Certains centristes défendant un processus long, tandis que la gauche républicaine (ERC) du vice-président Oriol Junqueras défendait la « feuille de route » du programme électoral de Junts Pel Sí, autrement dit une séparation de l'Espagne sur dix-huit mois.

L'attitude de Carles Puigdemont peut cependant s'expliquer : les Indépendantistes comptent toujours officiellement sur l'ouverture de négociation avec l'Espagne. Dans ce cadre, il faut se montrer ouvert sur le calendrier et les modalités pour laisser de la marge à un compromis. Mais ce compromis ne semble pas devoir porter sur l'objectif : l'indépendance à laquelle le nouveau président n'a jamais prétendu renoncer. Mieux même, il a rappelé mercredi que "l'indépendance était sérieuse." Aussi le dépôt de ces projets de loi vise-t-il, en confirmant la désobéissance à l'ordre juridique espagnol, à graver dans le marbre le processus de sécession.

Un défi pour Pedro Sánchez

Ce nouveau pas vers l'indépendance est évidemment un défi à la classe politique espagnole. Et, en passant, au nouveau « formateur » du gouvernement nommé lundi par le Roi Philippe VI, le socialiste Pedro Sánchez. Plus que jamais, la Catalogne est donc une des clés de la formation du gouvernement espagnol. Plus le processus avance, plus il est difficile de promouvoir une solution « fédérale » comme le veulent les socialistes : il faut ou accepter un référendum sur l'indépendance pour stopper ou confirmer le processus, et donc s'allier avec Podemos et les régionalistes du congrès espagnol, ou entrer dans une défense de l'unité nationale et de l'ordre constitutionnel actuel, et alors s'allier avec Ciudadanos et le PP. Mais dans ce cas, Pedro Sánchez n'est peut-être pas l'homme de la situation, le PP comptant 33 élus de plus que le PSOE. Plus que jamais, l'axe « central » Ciudadanos-PSOE-Podemos que le leader socialiste avait espéré bâtir semble impossible en raison de la situation en Catalogne.

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Commentaires 12
à écrit le 08/02/2016 à 11:14
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En Catalogne il y aurait des techniciens employés sans qualifications, n’est-ce pas empêcher de travailler en record de chômage ? On publie que nombreux sont ceux qui voudraient ouvrir un commerce, mais il n’y aurait pas d’aides, ne fait-on pas plutô...

à écrit le 07/02/2016 à 13:04
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En réponse à MCS Je persiste et signe à affirmant que Madrid veut asphyxier économiquement et culturellement la Catalogne.Bien sûr ,non de façon brutale ,comme Franco l'a fait entre 36 et 75 ,mais subtilement,peu à peu.Le rêve de Madrid c'est de re...

à écrit le 05/02/2016 à 21:23
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Il s'agit d'une question de survie culturelle et économique pour la Catalogne.Depuis 30 ans ,grâce à la financiarisation de l'économie Barcelone a perdu du terrain face à Madrid.En fait les banques ont pris du poid alors que l'industrie déclinait.Dep...

le 05/02/2016 à 23:41
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Ne parlons pas de colonie pour la Catalogne, la Catalogne faisait parti de l'Aragon. c'est la Catalogne qui dénigre la culture aragonaise en revandicant les territoire de l'Aragon. Si la Catalogne ne sait pas jouer le jeu de légalité c'est normal qu...

à écrit le 05/02/2016 à 19:56
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allons , un peu de réalisme : dejà , Pedro Sanchez ne sera pas President ; d'autre part l'independance de la Catalogne est une utopie ! que les catalans ( Mas et sont prete nom ) essaient de proffiter de la faiblesse de Sanchez , c'est sur ; mais San...

à écrit le 05/02/2016 à 12:47
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De fait, sans le soutien des banques, TOUTES s'étant mises sous le parapluie de Madrid et de la BCE. compris la Caixabank Ou comme dans les vrais colonies, le soutien d'une puissance étrangère, intéressée pour reprendre sur un mode impérialiste le ...

à écrit le 05/02/2016 à 10:33
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C'est d'abord une question économique, et les Catalans iront jusqu'au bout pour obtenir l'indépendance. On comprend bien dans ce reportage qui a été réalisé sur place, c'est par l' #AlterJT https://www.youtube.com/watch?v=mQk75kVXsbg

à écrit le 05/02/2016 à 5:54
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La Catalogne n’est-ce pas en réalité un problème de croissance et donc d’emploi dans toute la zone, une sortie de crise peu effisciente ? ZONE EURO = ZONE ZERO ! La croissance forte a-t-elle été rétablie ? Si on regarde les données de croissance publ...

à écrit le 04/02/2016 à 19:32
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Le bloc indépendantiste du parlement catalan a une courte majorité en sièges, n'a même pas atteint la majorité en voix aux élections. Il n'a donc aucune légitimité pour mener un bouleversement tel que l'indépendance. Ces élucubrations indépendantiste...

à écrit le 04/02/2016 à 17:51
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Si on parle indépendance en Espagne n’est-ce pas la traduction que la crise perdure sans traitement adéquat ? Si on regarde les données publiées à la Banque Mondiale, que constatons-nous : les USA à 2,2% ou l’Allemagne à 1,96% ont rétabli une croissa...

le 04/02/2016 à 19:35
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Grâce à la judicieuse politique du gouvernement Rajoy, l'Espagne a retrouvé un très bon niveau de croissance supérieur à 3%. Et que dire de l'Irlande qui en est à 7% ?

le 05/02/2016 à 1:58
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Tres complexe ????

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