Droits de douane : Maros Sefcovic, le discret commissaire européen au cœur des négociations

Maros Sefcovic est allé de nombreuses fois à Washington négocier avec ses homologues américains.
Johanna Geron

Maros Sefcovic est allé de nombreuses fois à Washington négocier avec ses homologues américains.
Johanna Geron
Au sommet de l'Europe, il occupe l'un des postes les plus sensibles. Maros Sefcovic, le commissaire européen au commerce, a pour mission de garantir la sécurité économique de l'UE et de « mettre en œuvre une politique commerciale libre et équitable », d'après sa fiche de poste. Mais pensait-il que sa mission allait se révéler aussi délicate, voire impossible ?
À l'heure du deuxième mandat de Trump, le commerce mondial ne s'est jamais trouvé aussi menacé. Le locataire de la Maison-Blanche n'a qu'une idée fixe en tête : faire payer ses partenaires commerciaux qui ont « pillé » et « spolié » les États-Unis, d'après lui, depuis des années. Et cela passe par la mise en place de droits de douane réciproques et sectoriels. Si l'Europe subissait jusqu'ici 10 % de droits de douane depuis avril, le tarif pourrait passer à 30 % au 1er août si aucun accord n'est conclu d'ici là.
« Nous voulons utiliser tous les jours et tous les moyens dont nous disposons jusqu'au 1er août pour trouver une solution négociée », déclarait lors d'une conférence de presse mi-juillet le commissaire, arguant que les 30 % « sont absolument inacceptables ».
Maros Sefcovic est allé ces derniers mois de nombreuses fois à Washington négocier avec ses homologues américains, Howard Lutnick et Jamieson Greer. Dernier déplacement en date : mercredi. Les Européens espéraient parvenir à un accord autour de 10 % avec des exemptions sur des secteurs stratégiques. Mais le président américain ne lâche pas l'affaire si facilement. L'accord envisagerait in fine une taxe de 15 % sur les produits européens, ce qui n'est pas sans rappeler le deal conclut avec le Japon mercredi.
Surnommé « Big Maros », le Slovaque âgé de 58 ans est peu connu du grand public et s'exprime peu devant la presse. Pourtant, celui qui porte souvent des cravates colorés accordés aux pochettes de son veston arpente les couloirs de la Commission européenne depuis 2009. Il a commencé à Bruxelles en tant que commissaire à l'éducation, à la formation, à la culture et à la jeunesse. Dès l'année suivante, il est devenu vice-président à la Commission, chargé notamment des relations interinstitutionnelles et de l'administration. Énergie et politique spatiale, Pacte vert pour l'Europe... Maros Sefcovic a enchaîné les responsabilités au sein de la Commission. Il a ainsi travaillé sous le mandat de plusieurs présidents, avant Ursula von der Leyen, comme José Manuel Barroso et Jean-Claude Juncker.
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Il s'est également chargé de dossiers houleux comme le Brexit. Si c'est Michel Barnier qui a négocié les accords de sortie du Royaume-Uni, Sefcovic s'est chargé de sa mise en œuvre.
Diplomate durant une bonne partie de sa carrière, le Slovaque a été consul à l'ambassade fédérale tchèque et slovaque au Zimbabwe ou encore ambassadeur de Slovaquie en Israël. En plus du slovaque, il parle couramment trois langues : l'anglais, le français et le russe. S'il a occupé des postes à l'échelle européenne ces dernières années, il s'est présenté à l'élection présidentielle slovaque en 2019. Il perdra au second tour face à la candidate Zuzana Čaputová, du parti social-démocrate et populiste SMER, fondée par le nationaliste slovaque Robert Fico.
Ancien membre du parti communiste, « Big Maros » est, lui-même, proche de Robert Fico, l'actuel Premier ministre ouvertement pro-russe. Ce qui lui a valu des critiques au Parlement.
Et maintenant ? L'Europe est suspendue aux négociations menées par Maros Sefcovic avec les États-Unis. Jeudi, un porte-parole de la Commission européenne, Olof Gill, a assuré qu'« un accord ou un résultat » serait « à portée de main ».
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Mais en attendant, l'Union européenne fourbit ses armes. Elle a annoncé jeudi qu'elle taxera les produits américains à hauteur de 93 milliards d'euros dès le 7 août si les négociations n'aboutissent pas. La Commission européenne pourrait également se servir d'un « instrument anticoercition », à utiliser en dernier recours, permettant de geler l'accès aux marchés publics européens et de bloquer certains investissements. « Concernant l'instrument anti-coercition, tout est sur la table », prévenait mi-juillet Maros Sefcovic.